Lousser le chant d’amour

Se perdre dans le temps de l’autre dans une suspension sidérale. Tant de mots, de gestes et d’utopies partagées sans retenue, dans une désinvolture touchante et profonde. Rencontrer son alter ego là où on ne l’attendait pas. Croire et rêver sur le tempo de l’autre. Trouver des résonnances insondables, dans des zones de l’âme et du corps où l’on ignorait que c’était possible. To go behond the words and more. Behond the time, behond the sky. Dans les rires et les reflets de la peau, du coeur au hara, se synchroniser du digital au charnel, de l’aurore au crépuscule. Trouver ces quelques lignes réductrices pour vous chanter tout mon amour pour lui, tout notre amour l’un dans l’autre, l’un pour l’autre, l’un avec l’autre. Me foutre éperduement des incrédules et des sceptiques qui réduisent cette force vive que je sens vibrer entre nous à une simple passion. Le temps est un merveilleux révélateur, et je veux le laisser faire naître tous nos contrastes, nos niveaux de gris, nos demi-tons, nos profondeurs, nos points de fuite, nos avant-plans, notre précision dans le grain si subtil. Et fixer tout cela. Vous verrez, vous verrez bien comme c’est beau et grand.

Relève artistique Montréalaise

Hier avait lieu le lancement du projet: Outiller la relève artistique montréalaise. Ce projet est mené par Élisa Belhache, supporté par le Conseil des Arts de Montréal et le Forum Jeunesse de l’Île de Montréal. J’y étais. Moi et plus de 200 autres artistes et intervenants du milieu artistique. Quelques politiciens, disparus bien vite une fois leurs beaux discours expédiés, aucuns journalistes. Peut-être n’ont-ils pas été formellement invités? Devant le doute, je m’abstiens de juger de cette étonnante abscence.

Après quelques présentations politiques, nous avons eu la parole. Plusieurs points ont été apportés. En voici quelques uns:
Grave problème de financement des projets / manque de ressources;
examen des modèles internationnaux / stratégies de mécénat à mettre en place (mesure incitatives gouvernementales souhaitables)
Besoin de communauté / besoin de rassemblement;
Les artistes de toutes disciplines ont besoin d’un lieu physisque pour se rassembler et obtenir des services (consultations stratégiques, avocats, comptables, soutien à la production, location à faible coups d’ateliers et de studios, mais aussi concentration de lieux culturels, salle de spectacles, cafés-théâtres). On cherche quoi faire avec le Silo #5 ces temps-ci, non? De plus, j’ajoutte que toute émergence d’un courant artistique digne de ce nom est issu de rencontres en des lieux inspirants; cafés, studios, lieux de vie communs. Que l’on pense au Saint-Germain des près des années 50, par exemple…
Sensibilisation du grand public à la culture;
Les artistes présents hier étaient grandement conscients que nous parlions entre-nous. En circuit fermé. C’est dommage. Le bouillonnement artistique d’une société est l’incubateur de la société de demain. Pour construire des utopies politiques et rêver d’un monde meilleur, c’est par l’effervescence artistique que cela arrive, j’en suis complètement convaincue. Il faut sensibiliser le public à cela, à encourager l’art de la marge, l’exploration.

Nous avons été invités ensuite à participer à différents ateliers de rélexion afin de proposer des pistes de solutions. Inscrite à l’atelier « Portail internet » je me suis enflammée, militante des nouvelles technologies pour l’avancement social. J’ai donc été mandatée au front pour résummer nos idées. Encore la scène et le micro pour moi cette semaine. En politicienne, cette fois. Voici les points amenés:

Le portail de la relève artisique montréalaise

Répertoire des ressources (pointer vers les sites clefs dans toutes les disciplines artistiques / ne pas doubler le travail déjà en place dans chaque champs)
Offrir des pistes de méthodologie (démarches) afin de faciliter le travail des artistes émergents (ex. comment monter une demande de projet, comment établir des stratégies de financement, comment se produire, etc)
Forum (mon préféré) : créer un lieu vivant à l’image des artistes, lieu virtuel communautaire où les artites se rassemblent et échangent, où des questions, des début de réponse et des débats ont lieu. Cette section est le nerf de la guerre. À l’image des artistes, il leur appartient. C’est un contenant pour y insérer leur contenu.

Voilà. Maintenant il faut voir la suite. C’est bien beau des idées et des belles promesses. Nous voulons de l’action. Et pour ça il faut s’impliquer. Faut que ça bouge.

***

Ma grande amie Eza Paventi, qui animait l’activité, m’a dit qu’elle voterait pour moi. « Faut que tu fasses de la politique » qu’elle me lance. C’est drôle que je n’y ai jamais véritablement songé. Mon grand-père a été maire de municipalité pendant 30 ans. Je l’ai toujours admiré. Peut-être est-ce dans mes gènes? Tiens, je devrais ressortir la ligne du PHU, mon Parti Hautement Utopiste. Maintenant que j’ai 700 visites par semaine sur mes pages, je pourrais obtenir quelques signatures…

Toucher l’amour

Je suis sur un nuage. Je suis incandescente. Par le corps, l’esprit, la raison. Je vibre partout en moi et en lui, avec l’incroyable puissance d’une réciprocité sidérante. L’amour naissant est magnifique parce qu’il porte toutes les découvertes et les révélation à l’autre, par l’autre. Mais cet amour là est terriblement serein de force vivre. Je touche ici l’amour des racines, la qualité d’un amour qui lave toutes les blessures d’avant, qui s’ouvre sur toutes les lucidités et les possibles. Je me sens toute tranquille aussi, avec cette certitude et cette confiance en l’autre, cette confiance en ce que nous sommes déjà. Mon expérience de la vie me commande de modérer mes emportements, de voir venir la vie, de me protéger un peu contre mes vieilles erreurs de femme passionnée. Mais j’ai une telle confiance en lui, en nous, que je découvre un sens nouveau au mot certitude. Il résonne ici avec engagement, respect, sérénité. Du solide quoi. Comme si la femme en moi, avec tout ses déploiements féministes, avait trouvé son alter ego mâle, dans toute sa mâlitude et sa compréhension du monde. Je crois que c’est la simplicité, la facilité saine, de nos échanges et de tout entre nous qui nous a renversé. Nous avons été saisi par tout cet écho de nous chez l’autre, de toute cette complétude dans l’autre, de toute cette ouverture et cette écoute mutuelle. Nous avons été frappé par la sensation de venir s’insérer parfaitement dans le parcours de l’autre aussi, au bon moment. Comme si nous étions des fruits, mûrs et chauds de soleil, balafrés de nos intempéries de vies, cueillis au moment parfait. La morsure est délicieuse. L’arbre est plein et généreux. Nous avons l’amour fou, nous avons l’amour raisonnable, et la vie devant nous encore. Je me sens bien, forte, ancrée. Amoureuse et lucide. C’est tellement magique de toucher le bonheur, de se sentir sur la bonne voie. La sienne, la nôtre.

Couturière du multimédia

Ce soir lancement du documentaire dont j’ai fait le montage: Un quartier à livrer, produit par l’ONF. Discussions sur la pauvreté, brassage d’idées, mise au point politique. Montée sur scène, je réalise encore que j’adore les planches et le micro pour diffuser des idées. J’aime sentir la foule, son écoute, ses réflexions, ses rires, ses sourires. Après le film nous allons à la brasserie. Discussions encore. Je parle avec François, habitant du quartier. J’explique mon travail, ma démarche artistique, je parle d’interactivité et de cinéma. Il résume ce qu’il comprends de mon travail: « Dans le fond, tu es comme une couturière qui prends pleins de beaux tissus et un patron, et qui fait toutes sortes de vêtements magnifiques et différents avec le même matériel? ». J’adore. Je suis une couturière du multimédia. Je vais la retenir celle-là. Merci François.

Révolution

Extrait de texte à paraître (Planète rebelle, printemps 2006)

Il se détruit, l’homme, et il le sait à peine.
Mais qui suis-je, moi, pour lui dire, lui répéter STOP arrête merde arrête
Tu ne vois pas que tu avales ce qu’il te reste de la beauté du monde comme un glouton qui fast-food le raffinement de ce que nous sommes, tu violes-absurde ce qui nous sommes.
Bordel! Mais combien de temps encore nous reste-t-il vraiment?

L’auto-destruction est amorcée, elle s’appelle capitalisme et tout le monde l’applaudit.
Quelques foules éparses
Ici et là
Essaient de dire un peu plus haut ce bordel de merde qu’on fou partout
Mais c’est comme un cri dans un salon
Une attente inutile
Pendant que les grands s’organisent
Nous organisent
En nous traitant de pacifistes – comme on dirait « inoffensifs »

Insultés?
Même pas
Les foules bigarrées de non-satisfaits que nous sommes
Sont disparates
Diluées dans les causes nombreuses
Qui nous unissent et nous séparent
Car nous sommes tous de la même chair
Et nous serons poussière bien vite ensemble.

Tropiques et polaires (extrait)

Extrait de texte à paraître dans Pause et plaisirs, Planète rebelle, printemps 2006

Mes pieds bien plantés dans mon royaume
là où mon cœur palpite à des visages, des mots et des idées
celles de mes frères, mes sœurs de sang, d’âme et de vie
Je marche, je parle, je médite, je baise, j’aime, j’oublie, je pardonne
avec mes contemporains
Ceux qui croient qui rêvent qui bougent qui dansent qui écrivent qui pensent qui aiment baisent pleurent se cachent crient détestent passionnent
vibrent au ventre

Oui je me sens vivre parmi eux
ici
maintenant
dans un retour total d’après l’exil
qui me donne dans le mile tout l’amour exubérant que j’ai pour cette société métissée superbe d’ouverture d’élan de passion d’idées folles de rêves et de commérages vivants

Oui nous sommes vivants
Fier et fragiles
Nés du passé
De ces racines
Arrimés à une géographie américaine et un climat qui balance entre le tropique et le polaire

Nous sommes tropiques et polaires

Je me faufile socialise
parfois isole
Mais même des visages de rue
de mots échangés en de brèves minutes
Me donnent la force l’espoir les yeux brillants
d’une société qui communique jusque dans les restos sombres et les arrière-boutiques
Je m’emporte pour ces sourires ces mains effleurées ces parfums exubérants
Je vibre à mon monde Montréal
ici je respire le monde entier
En 500 mètres je traverse Port-au-Prince, Singapour, Paris, Taïpei, Marakech, Gaspé, Johannesburg, Delhi, Amos, St-Pétersbourg, Buenos Aires
Tous ces visages et leur histoire
leurs langues comme une musique où s’insère quelques mots communs
Qui sont aussi mes mots

Merde quelle richesse sans limites qui vous coule par en dedans
par le nez par la bouche et les saveurs
plein les yeux dans les yeux

Révolution (poème)

Extrait de texte (L’emportement, paru chez Planète rebelle, printemps 2006)

Il se détruit, l’homme, et il le sait à peine.
Mais qui suis-je, moi, pour lui dire, lui répéter STOP arrête merde arrête
Tu ne vois pas que tu avales ce qu’il te reste de la beauté du monde comme un glouton qui fast-food le raffinement de ce que nous sommes, tu violes-absurde ce qui nous sommes.
Bordel! Mais combien de temps encore nous reste-t-il vraiment?

L’auto-destruction est amorcée, elle s’appelle capitalisme et tout le monde l’applaudit.
Quelques foules éparses
Ici et là
Essaient de dire un peu plus haut ce bordel de merde qu’on fou partout
Mais c’est comme un cri dans un salon
Une attente inutile
Pendant que les grands s’organisent
Nous organisent
En nous traitant de pacifistes – comme on dirait « inoffensifs »

Insultés?
Même pas
Les foules bigarrées de non-satisfaits que nous sommes
Sont disparates
Diluées dans les causes nombreuses
Qui nous unissent et nous séparent
Car nous sommes tous de la même chair
Et nous serons poussière bien vite ensemble.