La poésie d’octobre

Hier allée voir show de danse à l’Agora, Danièle Desnoyers et le carré des Lombes, dans un délire pour piano et cinq danseurs « Play it again ». Spectacle très ludique et libre, danseurs qui s’éclatent et qui rigolent, toujours agréable en danse contemporaine. Dommage que les éclairages et les costumes ne contribuent en rien à rendre le spectacle complètement emballant. Un bon moment quand même, comme un bon film qu’on est content d’avoir vu une fois. On ne le reverra pas, on l’oubliera un peu, mais on ne s’est pas ennuyé.

Quitte l’Agora, Joss et ma copine Sophie, en visite au Québec depuis sa Normandie natale. Marche de la rue Cherrier vers chez moi, tout le plateau à traverser sous la pluie douce d’octobre, sous la lueur des réverbères oranges des petites rues de Montréal. Suis soudainement soufflée par la beauté de ma ville. Remonte la rue Saint-André et observe les arbres encore verts qui recoivent la petite pluie comme un dernier cadeau avant de mourrir. On dirait que l’automne déploie tous ces charmes avant de s’endormir pour l’hiver. Moi je suis là, à cueillir toute cette beauté forte, le mélange d’urbain doux à saveur de petit quartier et ces grands arbres là depuis plus longtemps que nos grand-pères. Touchée en marchant doucemenet sous mon parapluie aux grosses fleurs bleues (fleur bleue?!). Je m’arrête pour regarder l’arbre, la pluie, le réverbère orangé, la brume et la grande poésie qui se dégage de cette image. Sauf qu’à l’arrêt, ce n’est plus aussi magique. Étrange, non? Alors je reprends ma marche lente, et la poésie revient, puis elle passe comme je passe mon chemin. L’éphémère accentue la force des choses. Tourne à droite sur Marie-Anne, une des plus belles rues du Plateau entre Saint-André et Mentana. Les corniches, les escaliers, les petits jardins avant avec leurs fleurs survivantes dans la nouvelle froidure d’octobre, les chats mouillés qui ne prenent pas la fuite sur mon passage, tant la rue est paisible dans cette nuit douce. J’ai toujours trouvé l’automne d’une grande inspiration.

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L’image saisie en marchant, me renvoyait à une autre image, captée celle-là dans l’été de mes 10 ans, en voyage au Mexique avec mes parents, backpackers dans l’âme. Nous traversions les montagnes à bord d’un autobus chargé de poules, et je me souviens de voir la jungle sous la pluie défiler sous mes yeux, dans le précipice en amont. La même image, la même beauté, la même force poétique qui m’avait saisi aux tripes. Mes parents m’ont ainsi lègué ce goût de poésie des images, ce goût de découvertes et de voyages. Ils voyagaient avant ma naisssance, ils ont attendu mes 8 ans avant de reprendre leur rythme normal d’exploration internationales, avec un enfant en plus. Mon père répétait toujours que 7 ans étant l’âge de raison, c’était possible de voyager à nouveau, que j’en garderais des souvenirs. Il a eu raison. Grand pied de nez à tous ceux qui se demandaient pourquoi ils m’emmenaient avec eux, inutile fardeau d’un enfant qui ne conservera pas mémoire. Tant et tant m’est restée; ces voyages m’ont un peu fait moi, telle que je suis. Je me souviens de détails marquant, je me souviens de la beauté nouvelle découverte ailleurs, je me souviens des mets si différents qui ont semé le germe de ma gourmandise et de ma curiosité culinaire, je me souviens aussi de la pauvreté sans nom qui soudainement en avait un. J’apprenais la vie, dans toute sa beauté, dans toute sa laideur. Comme quoi il ne faut rien s’empêcher avec des enfants, mais rêver encore et se poser des défits. Il faut surtout rester soi-même, et ainsi leur donner le meilleur de nous-même.

Avant les grands voyages, entre 0 et 8, ils ont parcouru la côte est américaine. Vous avez déjà fait du camping avec un bébé qui fait ses dents? Ma mère se souvient encore très bien d’un été de pluies diluviennes à Virginia Beach, et tous les accessoires de bébé qui flottent dans la tente. Devenue adulte, je suis une amoureuse de camping sauvage et des difficultés (pluie, animaux sauvages, portages en canot) qui me font sourire.