Adieu Samuel

Un cousin de mon père s’est enlevé la vie la semaine dernière. Je ne le connaissais pas personnellement. Mais quand la mort tragique frappe, on se pose toujours des questions. Cet homme était père de 4 enfants, âgés de 8 à 22 ans. Il avait fait le tour du monde pendant un an avec sa femme, la cousine de mon père, et leurs enfants. Une expérience incroyablement riche. Ils étaient revenus depuis 2 ans. Mais cette vie passionnée n’empêchait pas cet homme d’être en proie à une nouvelle et forte vague dépressive. Il s’est pendu. Il est parti. Mais pourquoi? Nul ne peut juger son geste, révélateur de détresse. Il était suivi par un psychiatre qui n’a pu l’aider à éviter le pire. Et la vague de questions associée à de tels gestes refait surface: aurait-on pu empêcher son geste tragique? Comment effacer toute culpabilité sociale? Est-ce un geste de grand courage ? Ou serais-ce une grande lâcheté que de s’enlever ainsi la vie, laissant derrière lui sa femme et ses jeunes enfants? Selon moi, on ne peut juger quelqu’un en proie à une si grande détresse qu’il s’enlève la vie. Mais ces questions surgissent, qu’on le veuille ou non. Ma mère a parlé avec Maryse, la femme du disparu. « C’est son choix » s’est-elle contentée de dire. Je lui souhaite de tout coeur, à elle et sa famille, de trouver la paix, le pardon et un nouvel équilibre.

17 réflexions sur « Adieu Samuel »

  1. Pour moi, c’est de remettre a plus tard ce dont on aurait pu faire aujourd’hui… Mais je concède que parfois la fatigue prends le dessus. Dans le film La Neuvaine, un jeune homme dit à une femme dépressive : Votre âme est-elle dans l’angoisse? Pour moi, ça résumait totalement bien ce qui se passe dans ces moments de noirceur totale. Un film à voir en passant : belle réflexion sur le sens d’être ici.

  2. cher Pixel rouge, que veux-tu dire: « c’est de remettre à plus tard ce qu’on aurait pu faire aujourd’hui? » je ne suis pas certaine de bien comprendre ce que tu dis.

  3. Nous avons tous été surpris par cette nouvelle extrêmement tragique. Maryse nous a livré une leçon de vie à ces funérailles différentes de ce qu’on connait, plus modernes et adaptées au rytnme de vie des gens d’aujourd’hui. Si je n’avais pas entendu Maryse, j’aurais pensé que les gens évacuent les rites et coutumes ancestrales à leur dépend. Ces rites ont été mis en place pour permettre à l’individu de subir le choc et de traverser cette épreuve du deuil.Après des témoignages émouvants et sincères, Maryse a tenu à s’exprimer. Elle avait un message en 3 temps. Un message à Samuel, un message à l’assistance et un message à ses enfants. Simple et bien écrit, je ne pourrai en rapporter que l’esprit. Elle nous a d’abord expliqué pourquoi elle n’a aucune colère ou rancune au geste que Samuel a posé, il aimait profondément la vie, sa femme et ses enfants, il a fait ce geste puisque pour lui c’était le seul à poser, la seule route possible. Puis, rappelant son expérience au Honduras auprès d’enfants des plus démunis, elle nous a expliqué que tant qu’elle percevait ces enfants comme des victimes, elle ne savait les aider. À partir du moment où elle les a vus comme des héros à goûter la vie alors que tout est si noir, à rire et à s’amuser alors que la vie es si dure, alors elle a su comment faire avec eux. Elle nous a demandé d’en faire autant avec ses enfants. Enfin, c’est à ses enfants qu’elle s’est adressée pour leur rappeler chacun qu’ils avaient chacun une des qualités de Samuel, qualités qui en faisait cet homme si extraordinaire.

  4. Je crois que ce qu’on trouve de dur à traverser dans cette vie, doit quand même être traversé. Peu importe la difficultée. S’enlever la vie ne fera pas, malheureusement, s’évaporer l’épreuve. Si on croit à la réincarnation, ce en quoi je crois, on devra régler ce qui n’a pas été réglé. C’est dans ce sens, je crois, que je prends « Remettre à plus tard »…J’ai de la difficultée avec le suicide. J’ai essayé moi-même 3 fois, et je peux dire, je parle uniquement pour moi, que je ne voulais pas mourir.Je voulais arrêter de soufrir… Et oui, « Monsieur Happy, joy, Youppi! » a déjà vue la vie en noir foncé, très foncé… C’est pour ça que je trouve ça vraiment très triste les gens qui s’enlève la vie… Pour les gens qui prennent ce chemin.Je pense à ta famille, Yannou!

  5. intextuelle: oui je suppose, tu as raison. Notre vie est peut-etre la seule chose que nous pouvons contrôler…Claire: merci de ce beau témoignage et de ce partage.Joss: J’aime beaucoup la perspective que tu apportes. Surtout quand tu dis que tu ne voulais pas mourir mais bien arrêter de souffrir. C’est tellement révélateur. Moi aussi, adolecente, j’ai pensé au suicide. J’avais 15 ans et je vivais tous ces bouleversements intérieurs qui te font douter de la vie, douter de toi, et n’avoir aucun espoir dans cette période sombre. Heureusement j’étais bien entourée. Mais c’est comme tu dis, je ne voulais pas mourir vraiment, simplement arrêter la douleur. Je compatis grandement pour les gens tourmentés qui veulent cesser la souffrance. Je crois que c’est difficile à comprendre pour les gens qui ne se posent pas de questions sur le sens de la vie.

  6. j’aime ce que tu as écris maman.Je dois dire que je connassais pas Samuel, je me souviens simplement de l’avoir aperçue a des fêtes de famille. Bel homme avec du charisme, et qui semblait tellement « grounded ». C’est bizarre des histoires comme ça, un homme à qui on imagine a le bonheur le plus complet avec sa belle famille. Les apparences sont trompeuses, comme semble le dire Joss… Je suis déchirée entre l’idée d’une homme égoïste ou un homme qui avait une misère incommensurable. Comme le relate ma mere, sa famille le voit comme: son choix… Certains disent meme qu’il faut le voir de la meme maniere que s’il était décedé d’une mort naturelle.Peu importe la manière d’interpreter la situation, c’est tout de meme un evenement tragique qui bouleverse.

  7. Oui tout à fait juste Élise. C’est une perspective intéressante de le voir comme une mort naturelle, mais il faut faire attention à la fuite du problème que cela propose. Il faut se dégager de la culpabilité, c’est sûr, mais en même temps il faut le voir comme tous les autres types d’accident mortels qu’on veut éviter. Il faut essayer de trouver des moyens pour prévenir et réduire les risques de suicide, aider ceux qui feront face aux mêmes détresses à ne pas poser le même geste.

  8. J’ai vécu de très près la tentative de suicide de quelqu’un qui m’était très proche. Je n’ai pas grand chose à ajouter à ce qu’a dit Joss. Les suicidaires veulent davantage mettre fin à leurs souffrances que mourir. Ce n’est pas un choix; pour eux, c’est justement la seule issue possible, l’absence de choix.Je me garderai bien de juger, mais la réaction de la famille, quant à moi, ne me semble pas très saine parce qu’elle me semble… trop saine.Le suicide est tabou, et on a beaucoup de difficulté à admettre qu’on puisse en vouloir à la personne. Comment pourrait-on oser éprouver de la colère alors qu’il s’agit d’un moment de tristesse?Dans mon cas, une fois le choc initial passé, je me souviens m’être dit : « Si jamais tu recommences, je t’achève »; m’être dit qu’elle n’avait pas le droit de me faire ça. J’ai rarement osé en parler à elle ou à mes proches.C’est complexe, mais je suis convaincu qu’il ne faut pas nier toutes les émotions qui nous habitent dans des moments aussi difficiles; parce qu’on passe par toute la gamme des émotions, justement.

  9. Cher Benoit votre commentaire est bien éclairant. Il apporte une perspective qui ouvre le débat, ce qui est sain en soit.(Et par la même occasion, merci de me permettre de découvrir votre carnet, vous écrivez très bien)

  10. Parce que c’est un acte posé dans des moments de détresse intense que le suicide prend cette conotation, le suicide devrait exister aussi dans la joie puisque la mort fait partie de nous et est inséparable, devrait être un choix de sortir à un moment défini par le concerné, rien de plus.La culpabilité est encore responsable de sa définition.

  11. Je m’explique : je crois que le mal être se transfert avec nous lors du passage de la vie à trépas. Pour moi, le suicide est un peu à l’image d’un dépressif qui noie son chagrin dans la dope ou l’alcool. Nous devons un jour ou l’autre confronter nos démons pour évoluer, c’est obligé. Dans cette vie-ci ou dans une autre… nous devons le faire tôt ou tard. Mais oui, on peut avoir besoin d’un break : se doper, boire ou… dormir.

  12. Grégoire: j’avoue ne pas être d’accord du tout avec ton point de vue, qui me semble une théorie intellectuelle déconnectée de discernement spirituel. (sans offense, seulement pas d’accord, c’est ton point de vue) Si il y a joie et connection au coeur, jamais on ne voudra mettre fin à ce merveilleux cadeau qu’est la vie. Impossible. C’est la perte de joie qui provoque le désir de mort.Pixelrouge: tout à fait d’accord, j’abonde en ce sens.

  13. Moi aussi, je trouve le commentaire de Benoit pertinent. – J’ajoute avant de continuer que je ne juge vraiment pas la famille ou les proches, au contraire -En Amérique, il y a une extrème pudeur à exprimer sa douleur… Si vous allez une fois en Italie et assister à des funérailles, vous allez voir comment on exprime sa douleur là-bas… Moi, j’en ai été même gêné pour les femmes qui criaient et pleuraient lourdement… De la colère, contre Dieu, contre le disparu, contre la terre entière… C’était triste, et c,en était presque théâtral… Il faut dire que cette famille Italienne au sein de laquelle j,ai évolué pendant deux ans vivait ses émotions avec force et voluptée…La mère pouvait se mettre à nous crier après parce qu’on avait fini le café le matin… Mais je m’éloigne du sujet. Ce que je voulais dire, c’est qu’autour du deuil, il y a tout un côté « pollitically correct » ici qui, je trouve, n’est pas tout à fait vrai.

  14. Benoît: « la réaction de la famille, quant à moi, ne me semble pas très saine parce qu’elle me semble… trop saine. »Dans des moments comme ça, on a des éclairs de lucidité. Non, pas de la lucidité. Plus quelque chose comme la seule vision possible pour pouvoir continuer. Et on vit tous un deuil comme celui-là (et les autres) à notre rythme, avec ces hauts (eh oui), ces bas, ces colères, ces nombreux effondrement. Pour moi, ça va faire un an que ça dure.Ma fiancée se débattait depuis plusieurs mois dans un dédale de souffrance. Un peu comme si elle était dans un labyrinthe, on pouvait la voir évoluer, voir qu’elle allait un peu mieux, qu’elle se dirigeait vers la sortie. On la voyait de l’extérieur. Elle, ne voyait que des murs, et toujours des murs.

  15. Je suis présentement dans ce dédale de souffrances, et c’est vrai que l’on ne voit que des murs. L’idée de suicide n’est qu’une solution à trop de mal, trop de souffrances. Je crois que personne ne veut mourir, mais seulement arrêter de souffrir jour après jour. Dommage que l’on ne trouve pas toujours la bonne solution, le bon médecin. Ne vous en faites pas, je ne suis pas suicidaire, mais je comprends très bien l’idée d’arrêter d’avoir mal, d’être seule à comprendre son mal dans le monde. Je suis désolée pour la perte du cousin de ton père, cela dit.

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