José Navas et la faim

Vu hier la force et la grâce se déployer des ailes du chorégraphe et danseur d’origine brésilienne José Navas. Entre lui, son corps spculté de lumière et de sueur, et les corps des trois femmes qu’il a dessiné dans l’espace pour nous, « Portable dances » entraîne dans une transe dépouillée. Première fois que je vois ce grand chorégraphe à l’oeuvre, mais au dire de Joss ce spectacle est le premier de danse pure pour Navas. Coup d’encorcellement pour moi, le show se déroule dans un souffle. Très court, presque trop, on est suspendu dans les tournoiements et la précision aquatique des gestes. Les trois danseuses me faisaient parfois presque penser à des nageuses synchronisées, sans le côté kitch. La trame sonore de voix découpées crée des onomatopées rythmiques emaballantes, en synchronicité avec les mouvements des danseurs. De l’électro par la voix. Du bonbon, du bonbon. Pleins de mouvements précis parents du ballet, sans la forme rigide, avec des tas d’histoires d’émotions humaines stylisées sauce contemporaine. J’ai encore faim, j’en prendrai une autre assiette, s’il vous plait.

Adieu Samuel

Un cousin de mon père s’est enlevé la vie la semaine dernière. Je ne le connaissais pas personnellement. Mais quand la mort tragique frappe, on se pose toujours des questions. Cet homme était père de 4 enfants, âgés de 8 à 22 ans. Il avait fait le tour du monde pendant un an avec sa femme, la cousine de mon père, et leurs enfants. Une expérience incroyablement riche. Ils étaient revenus depuis 2 ans. Mais cette vie passionnée n’empêchait pas cet homme d’être en proie à une nouvelle et forte vague dépressive. Il s’est pendu. Il est parti. Mais pourquoi? Nul ne peut juger son geste, révélateur de détresse. Il était suivi par un psychiatre qui n’a pu l’aider à éviter le pire. Et la vague de questions associée à de tels gestes refait surface: aurait-on pu empêcher son geste tragique? Comment effacer toute culpabilité sociale? Est-ce un geste de grand courage ? Ou serais-ce une grande lâcheté que de s’enlever ainsi la vie, laissant derrière lui sa femme et ses jeunes enfants? Selon moi, on ne peut juger quelqu’un en proie à une si grande détresse qu’il s’enlève la vie. Mais ces questions surgissent, qu’on le veuille ou non. Ma mère a parlé avec Maryse, la femme du disparu. « C’est son choix » s’est-elle contentée de dire. Je lui souhaite de tout coeur, à elle et sa famille, de trouver la paix, le pardon et un nouvel équilibre.

Échanges (poème)

Ici un morceau de texte inédit à paraître dans mon prochain recueil PAUSE qui sera publié chez Planète rebelle au printemps prochain. Ce texte parle de vous tous qui me lisez.

Ma bouche / mes yeux cherchent réponse
Elle veut le vrai
Ils veulent l’échange
Pour laisser naître des idées crues et belles
Pour être l’onction témoin des autres
S’offrir-offrande de désir vrai
de partage magnifique
manifestement sincère
en lien fort dans la réponse des autres sur l’écran public
sentiment de faire partie d’une communauté qui rêve encore
qui prends le pouvoir de créer l’utopie
de construire le politique de demain
profondément ancré dans notre modernité technologique
mais vrillé pour vrai aux âmes des autres
connection céleste électronique
de soucis et d’éthique nouvelle se construire pierre par pierre
et passer de l’éran à la réalité
pour mieux revenir à l’écran et souder ce partage manifeste
cette nouvelle société vibrante et moderne
qui aspire à la vie au vrai au réel à l’évolution
qui rêve et qui bâtit ce que nous sommes
tous ce que nous devons accomplir et réfléchir encore
se vriller à l’action et sceller un leg solide à nos enfants éveillés
et surtout se donner le droit de rêver encore

Film de l’ONF: Un quartier à livrer

Mardi prochain le 25 octobre à la maison de la culture Maisonneuve (4200 rue Ontario Est, Montréal) lancement du film de Feroz Medhi « Un quartier à livrer » à 19h30 (production ONF)

J’ai terminé le montage de ce film il y a plus d’un an. Je suis contente qu’il sorte enfin. Le film se penche sur le problème de pauvreté dans le quartier Hochelagua-Maisonneuve à Montréal. C’est le point de vue de Feroz Medhi, indien d’origine et militant politique, qui se questionne sur la pauvreté au Canada.

Entrevue avec Feroz à Macadam Tribus

Outiller la relève artistique

La semaine prochaine (jeudi 26) se tiendra à la maison de la culture maisonneuve (4200 Ontario est) le lancement du projet de réflexion « outiller la relève artistique montréalaise ». Projet du Forum Jeunesse de l’Île de Montréal et du Conseil des arts de Montréal. L’objectif du projet est de réfléchir au soutien et au développement de la relève artistique à Montréal. Je sais, c’est aussi (sinon plus) un besoin criand en région, mais le taux d’artistes au mètre carré est si élévé à Montréal, et la moyenne salariale si basse, que cette réflexion est diantrement appropriée. J’y serai. Pour info et pour vous inscrire

Recette de Grog pour grippe

Tout le monde a eu la grippe. Je pensais y échapper, eh non! Alors voilà j’ai essayé de me soigner avec cette recette de Grog (aussi nommé vin de noël) que j’ai improvisée selon mon souvenir du goût. J’avais bu un très bon Grog lors d’une fête d’hiver allemande à Édinbourg il y a quelques années. Mais ma recette était encore meilleure! À répéter c’est sûr, grippe ou non! Dans une cassorole:

– 3/4 bouteille de vin rouge
– 3 tasses de jus d’orange (j’avais sous la main un jus orange-mangue, délicieux)
– Clou de girofle (5)
– Anis étoilé (2)
– Cardamone
– Muscade
– Cannelle en poudre (ou en bâton)
– Une demie orange en fine tranches
– Zest d’orange
– Zest de citron
– Miel au goût

Faire frémir la mixture pendant 30 minutes. Servir avec morceaux qui flottent dans la tasse. À consommer sous les couvertures devant un bon film, en bonne compagnie préférablement. Dégustez.

La poésie d’octobre

Hier allée voir show de danse à l’Agora, Danièle Desnoyers et le carré des Lombes, dans un délire pour piano et cinq danseurs « Play it again ». Spectacle très ludique et libre, danseurs qui s’éclatent et qui rigolent, toujours agréable en danse contemporaine. Dommage que les éclairages et les costumes ne contribuent en rien à rendre le spectacle complètement emballant. Un bon moment quand même, comme un bon film qu’on est content d’avoir vu une fois. On ne le reverra pas, on l’oubliera un peu, mais on ne s’est pas ennuyé.

Quitte l’Agora, Joss et ma copine Sophie, en visite au Québec depuis sa Normandie natale. Marche de la rue Cherrier vers chez moi, tout le plateau à traverser sous la pluie douce d’octobre, sous la lueur des réverbères oranges des petites rues de Montréal. Suis soudainement soufflée par la beauté de ma ville. Remonte la rue Saint-André et observe les arbres encore verts qui recoivent la petite pluie comme un dernier cadeau avant de mourrir. On dirait que l’automne déploie tous ces charmes avant de s’endormir pour l’hiver. Moi je suis là, à cueillir toute cette beauté forte, le mélange d’urbain doux à saveur de petit quartier et ces grands arbres là depuis plus longtemps que nos grand-pères. Touchée en marchant doucemenet sous mon parapluie aux grosses fleurs bleues (fleur bleue?!). Je m’arrête pour regarder l’arbre, la pluie, le réverbère orangé, la brume et la grande poésie qui se dégage de cette image. Sauf qu’à l’arrêt, ce n’est plus aussi magique. Étrange, non? Alors je reprends ma marche lente, et la poésie revient, puis elle passe comme je passe mon chemin. L’éphémère accentue la force des choses. Tourne à droite sur Marie-Anne, une des plus belles rues du Plateau entre Saint-André et Mentana. Les corniches, les escaliers, les petits jardins avant avec leurs fleurs survivantes dans la nouvelle froidure d’octobre, les chats mouillés qui ne prenent pas la fuite sur mon passage, tant la rue est paisible dans cette nuit douce. J’ai toujours trouvé l’automne d’une grande inspiration.

*

L’image saisie en marchant, me renvoyait à une autre image, captée celle-là dans l’été de mes 10 ans, en voyage au Mexique avec mes parents, backpackers dans l’âme. Nous traversions les montagnes à bord d’un autobus chargé de poules, et je me souviens de voir la jungle sous la pluie défiler sous mes yeux, dans le précipice en amont. La même image, la même beauté, la même force poétique qui m’avait saisi aux tripes. Mes parents m’ont ainsi lègué ce goût de poésie des images, ce goût de découvertes et de voyages. Ils voyagaient avant ma naisssance, ils ont attendu mes 8 ans avant de reprendre leur rythme normal d’exploration internationales, avec un enfant en plus. Mon père répétait toujours que 7 ans étant l’âge de raison, c’était possible de voyager à nouveau, que j’en garderais des souvenirs. Il a eu raison. Grand pied de nez à tous ceux qui se demandaient pourquoi ils m’emmenaient avec eux, inutile fardeau d’un enfant qui ne conservera pas mémoire. Tant et tant m’est restée; ces voyages m’ont un peu fait moi, telle que je suis. Je me souviens de détails marquant, je me souviens de la beauté nouvelle découverte ailleurs, je me souviens des mets si différents qui ont semé le germe de ma gourmandise et de ma curiosité culinaire, je me souviens aussi de la pauvreté sans nom qui soudainement en avait un. J’apprenais la vie, dans toute sa beauté, dans toute sa laideur. Comme quoi il ne faut rien s’empêcher avec des enfants, mais rêver encore et se poser des défits. Il faut surtout rester soi-même, et ainsi leur donner le meilleur de nous-même.

Avant les grands voyages, entre 0 et 8, ils ont parcouru la côte est américaine. Vous avez déjà fait du camping avec un bébé qui fait ses dents? Ma mère se souvient encore très bien d’un été de pluies diluviennes à Virginia Beach, et tous les accessoires de bébé qui flottent dans la tente. Devenue adulte, je suis une amoureuse de camping sauvage et des difficultés (pluie, animaux sauvages, portages en canot) qui me font sourire.

L’espoir de la jeunesse

Bon voilà un cliché, me direz vous. Mais quand même, il faut remettre les pendules à l’heure. Les jeunes ont tellement mauvaise presse. On dit des adolescents qu’ils sont paresseux, démotivés, ingrats, mal informés, passifs. Mais quand on les écoute on voit la vérité: ils sont bouillonnants, pleins de projets et de rêves, et courageux. Je prépare un reportage sur un festival de courts métrages dans les écoles secondaires: le Festifilm. Ces jeunes ont soif de reconnaissance, ils sont pleins de talent. Il faut simplement leur donner l’occasion de se dépasser.

Révolution!

Dans le journal La Presse de cette semaine, deux nouvelles, un lien trop choquant:
1) La mission Old Brewery, refuge pour sans-abris, risque de fermer ses portes pour manque d’argent. Un déficit prévu de 800 000$ pour l’année à venir l’empêchera d’offrir les quelques 170 lits au plus froid de l’hiver aux hommes démunis.
2) The Wrold, un paquebot de grand luxe pour gens riches, offre des chambres à 4000$ par jour. L’achat d’un appartement sur ce navire en coûte 2M$ (pour 2 personnes). Probablement en US$.

L’absurdité des inégalités me laisse sans souffle. À quand la révolution?