Vague à l’âme

Dehors la pluie. Gris septembre en mars. Tout à coup rayon de soleil qui me ramène un semblant de sourire. Un soupir pronfond comme un ravin vient me laver l’âme en même temps que la toune: Burbon, 1 Scotch, 1 Beer – 8:25 – George Thoroughgood – Blues. Respiration ample, enfin. Mais pourquoi les dimanches sonnent ma nostalgie? J’ai beau nager dans des bonheurs doux par bouffée, être comblée malgrés les houles de la vie, les difficultés passagères et les aléats de la vie, je me sens le vague à l’âme. C’est dans ma nature, point. Les angoisses passagères, les peaks hormonaux drainants, les larmes parfois, les craintes de la mort, les périodes de doutes ou les ondules de ramolissement de la confiance en moi: tout ça fait aussi partie de moi. Les riffs de guitare et mes mains qui courent sur le clavier pour me rimer de la poésie en prose me calment un peu. C’est pas tout, ça, mais j’ai un bouquin à réviser, des tas de chats à fouetter, des visites familiales à faire, une couche de peinture à donner, un aspirateur à magasiner, un amoureux à aimer. Pas besoin de vous dire quelle est ma priorité dans cette liste, puisque je suis une romantique finie, comme lui.

Poésie de pente abrupte

Une épaule insoumise
Une clavicule démise
La glace ironise
De ma chute, quelle sottise!

Bon je suis pas douée pour les vers, mais bon. Je me suis plantée la gueule en snowboard, descente en civière en prime. Une journée de perdue à regarder ma gagne dévaler les pistes sous la neige qui tombait. Je me suis donc achetée ça. Lecture au bord du feu dans le chalet de ski. On a vu pire, je dois l’admettre. Mais la Notomb me déçoit un brin dans ce bouquin. Trop acide pour moi, déprimant à souhait. Tiens, ça dois venir de là, ma déprime passagère. C’est peut-être hormonal aussi, de dire mon homme.

Aujoud’hui soleil éclatant, lavage d’auto avec la grande. Je me suis fondue dans le cliché total: fin d’après-midi de banlieue à cuisiner des petits plats, un gâteau, je ne sais quoi, alors que mon grand Amour s’affaire à terminer le plâtre de la chambre de son plus vieux au sous-sol. Je suis allée le retrouver, armée de mon mélange à gâteau pas cuit au bout de ma cuiller de bois, pour lui faire goûter, alors qu’il était vêtu de son jean de travail et couvert de poussière blanche. C’est alors que le cliché m’a saisi de plein fouet. Et fait sourire… Il m’a répondu: « c’est rassurant les clichés, des fois… ». C’est vrai, il a encore raison, tiens. Mon gâteau est cuit, le poisson à la lime aussi. Ma déprime s’éteint, je crois bien. Un verre de rouge vient de se poser près de moi, et les enfants accourent pour s’attabler.