Lin Li Che

Ma grande copine de Chine s’est mariée hier. Je lui ai lu ce mot. Je le partage ici avec vous.

Je l’ai connue quand nous avions 13 ans, elle avait le même sourire. Nous avons fait les 400 coups ensemble. Nous avons fait tout notre secondaire côte-à-côte, à rêver et parler de la vie, de nos projets futurs, des pays lointains et des langues étrangères, des angoisses adolescentes et de nos amours naissantes. Des heures au téléphone et en réalité. Nous écoutions des films français obscurs ou des classiques suédois. À 14 ans, nous faisions des « pellerinages » qui nous menaient de notre Rive-Sud natale à Montréal la Grande, dans les boutiques, les rues et les parcs de la cité. Nous partions toujours vêtues en « punkettes rebelles » avec nos cheveux rouges et nos docs marten, son khol noir sous les yeux et mon bérêt noir vissé sur la tête. Notre parcours était toujours le même, ou presque: librairie Nouvel âge, Dutchys, Scandale, Friperies sur Saint-Laurent, Rendez-vous à Rio, Le marché du livre et autres bouqinistes poussièreux. Un peu plus vieilles (à peine) nous allions à des concerts punks ou prendre un verre au Grand Café, où nous rêvions de ces beaux jeunes universitaires (beaucoup trop vieux pour nous) aux cheveux longs et aux lunettes d’intello. Nous avons traversé cinq années de secondaires sans se quitter, à vibrer au mêmes initiations de la vie en simultané (le premier amoureux, les premières sorties, les premiers différents parentaux, les premières expériences diverses). Nous avions la complicité, les rires incroyables, la marginalité, la curiosité, la culture, le développement de notre intellectualisme naissant, la gourmandise, le respect, l’écoute et l’échange. Nous avions l’amitié, la vraie. L’amitié dont les fondations solides nous resteraient pour la vie.

Au début de la vingtaine, la vie nous a un peu éloignées l’une de l’autre. Besoin de temps et d’air, probablement, puisque nous avons passées ces cinq années presque soudées l’une à l’autre. Nous devions vivre un changement de cap en solo, ce moment où on quitte réellement l’adolescence pour l’âge adulte. Puis la vie nous a ramenées sur la même rue, à Montréal, alors que nous étions à l’unversité. Pas de hasard, non. Élise me coupait les cheveux, et nous fréquentions des 5 à 7 bien arrosés et fréquentés par la faune littéraire. Nous étions de nouveau complices. Nous avons retrouvé un nouvel équilibre dans une nouvelle amitié, qui reposait sur les bases établies au sortir de l’enfance.

Aujourd’hui, nous sommes toujours complices, malgré la distance. Car Élise a définitivement mis le cap pour cette Asie qui la fascinait tant depuis toujours. Nous avons passé des heures à échanger une correspondance électronique foissonnante, et des heures à clavarder sur nos chemins de vie, nos nouvelles questions de femmes adultes. Puis, c’est avec elle que j’ai fait une partie de mon voyage en Asie l’an dernier. Je rêvais depuis tant d’années de voyager avec elle. Ce fut un véritable plaisir de se retrouver encore une fois, complices, gourmandes et coquines. Nous avons fait plus de 3000 photos de notre périple en Chine, mémorable.

Maintenant, Élise a choisi Taipei pour vivre et travailler. Depuis 6 ans, je crois. Puis elle a connu l’amour, tout d’abord l’amour du pays, puis celui d’un homme. O. J’ai eu le plaisir de connaître O. l’an dernier, lors de mon passsage dans son pays, Taiwan. O est la douceur et le calme, la sérénité et l’engagement dont rêvait Élise. Il sait calmer ses anxiétés, la rassurer. Il est généreux et ouvert, comme elle. Il aime découvrir, tout sourire. Il la suivrait jusqu’au bout du monde. Son amour est vivant, concret. Simplement à les voir ensemble, on voit.

Je suis tellement heureuse pour elle. Je leur souhaite un bonheur plein et serein, des projets et des découvertes. Je leur souhaite de construire une famille à leur image: ouverture, respect et générosité.

Ses photos sont superbes. C’est la tradition à Taiwan de faire les photos « officielles » de mariage avant l’événement lui-même. Le résultat est .