Réflexion sur Montréal et ses banlieues

J’adore Montréal. Petite, j’avais des frissons de plaisirs en franchissant le pont Jacques-Cartier. Je me souviens de mon excitation en entrant dans la cité de nuit: les lumières de la ville, les gratte-ciel, les milliers de voitures, des gens partout. Je suis profondément tombée amoureuse de Montréal je devais avoir 8 ou 9 ans. La ville était pleine de trésors, de gens excentriques, de boutiques raffinées, de nourriture introuvable dans la banlieue sud d’ou je venais. Adolescente, je faisais régulièrement des « pélerinages » en ville, le plus souvent avec ma copine Li. Nous nous balladions au centre-ville, dans les boutiques, arpentant la Saint-Laurent, la Saint-Denis, avec nos frimousses d’adolescentes ravies.

Vers l’âge de 17 ans c’est à cause de mes études au collège de Maisonneuve que j’ai enfin établi mes pénates en ville. Tout d’abord dans le confortable condo de ma chère tante Lou. Douce transition pour la petite princesse de banlieue. Mais ce fut une adaptation rapide. Entre les sorties au théâtre, les lectures de poésie, les films indépendants et les bars alternatifs, je jubilais. Marcher dans les rues de la cité était pour moi une bouffée d’air frais nécéssaire à ma survie, tout autant que mes escapades dans la nature. Mes années universitaires se déroulèrent dans la joie totale, bien ancrée dans Montréal.

Une fois mes études terminées je m’envolais pour l’europe. Pour les amours, pour le travail. Ce séjour ne rendit Montréal que plus chère à mes yeux. Deux ans plus tard, je retrouvais ma ville et ses habitants avec une joie exhaltée. Je m’installais à nouveau sur le plateau, ce quartier que j’adore, bien qu’on se plaigne de sa gentrification. Ma ville n’est pas parfaite. Elle est parfois laide et sale. Elle est parfois bâtie par des propriétaires qui la développent sans égard pour l’environnement ou les humains. Ses habitants peuvent être froids, comme dans bien des grandes villes. Sa pauvreté est parfois cachée, d’autre fois s’étale sur les trottoirs pour dormir, et ça fait peine à voir. -Je connais les visages de l’itinérance de mon quartier et du centre-ville car je les vois vieillir depuis une quinzine d’années.- Mais je m’égare. Je voulais simplement dire que j’aime ma ville, et que je n’imagine pas la quitter vraiment un jour.

Mais voilà qu’il y a un an exactement j’ai rencontré le Grand Amour. Celui qui vous fait utiliser des mots comme « toujours » « éternité » « par-delà le descriptible et l’indescriptible ». Voilà que ce cher homme habite la banlieue nord, avec ses mousses. Une jolie maison, avec un terrain et des arbres. Voilà que je migre à temps partiel vers la banlieue. Stupeur. Moi l’urbaine, je passe au mode banlieusard. Étrange retour de la vie, car c’est là que j’ai poussé. Mais je ne serai jamais une véritable banlieusarde. Lui non plus d’ailleurs. Il est comme moi, fait de ville et de campagne, de béton et de forêt, de métal et d’eau. Mais nos destins liés ont posés leur pénate dans la banlieue, pour l’instant.

Mais je n’arrive pas à vraiment me sentir chez moi dans la banlieue, bien que je sois chez moi dans la maison. Je suis étrangère à toutes ces routes et ces autoroutes, ces supermarchés occupés le mercredi matin par de vaillantes petites maman à la maison. Je les salue avec respect, d’ailleurs. Mais moi je me sens déphasée ici. Pas chez moi. Un je-ne-sais-quoi d’inconfort. Je vois bien que c’est la vie pratique pour les enfants, avides d’espace et de sécurité. Mais je sais que les enfants peuvent aussi être très heureux en ville (le journal l’a dit la semaine dernière). Je n’arrive pas à dire exactement ce qui me dérange dans la banlieue. Une saveur artificielle, je crois. Une sorte de Hamburger Helper de l’habitation. Je cherche l’authentique, et la banlieue, bien que villagoise ou agréablement québécoise, reste un rêve américain en préfabriqué. La banlieue cultive la distance et les apparances, le béton et le culte de la voiture.

Lisez-moi bien, j’ai beaucoup apprécié mon été banlieusard; entre les BBQ et la picsine, mon terrassement et les oiseaux, les parties de foot au parc et les marches à la rivière, le skate park et le ciné en plein-air. Je ne rejette pas tout en bloc: je questionne. En fait, il suffirait de revoir l’urbanisme des banlieues pour les strucuter en villages. Voilà qu’on retrouverait naturellement l’essence de la nature humaine et de l’autenticité que je recherche; la communauté.

7 réflexions sur « Réflexion sur Montréal et ses banlieues »

  1. Comme je me reconnais dans ta réflexion! Moi aussi je viens de la banlieue, et l’université m’a fait fondre dans Montréal. Douze ans de Plateau, entrecoupés de séjours à l’étranger, m’y ont toujours quand même ramené. Il y a un an, le Grand Amour m’a fait bouger vers le sud. Comme toi, je suis chez moi dans la maison, mais je demeure étrangère au grands boulevards. J’imagine qu’il ne faut pas aller trop loin pour avoir un choc culturel… 🙂

  2. moi je suis née sur le plateau et mes parents et maintenant je vis sur la rive sud, mais le plateau c’est mes racines et quand je suis nostalgique, un petit tour sur le plateau me fait le plus grand bien, on peut sortir la fille de du plateau mais pas le plateau de la fille :O) je vous comprends

  3. oups il manque des bouts dans mon message précèdent. ce que je voulais dire c’est que mes parents on déménagé sur la rive nord alors que j’avais 9ans…voila ce qui manquait a mon commentaire pour etre complet désolé

  4. L’envers du décor de la vie rêvéePar Marie-Michelle Poisson L’homo urbanus a un curieux comportement reproductif. Dès que le jeune couple apprend « l’heureuse nouvelle », il migre instinctivement vers la banlieue pour y construire son nid douillet. C’est un phénomène étrange de la part d’individus qui, jusqu’alors, avaient démontré une totale adaptation au mode de vie urbain. Comportement d’autant plus étrange qu’à mes yeux, ayant moi-même vécu toute mon enfance et mon adolescence dans une banlieue-dortoir typique (Ste-Foy près de Québec), la banlieue semble être le pire endroit pour élever une progéniture. J’ai pris conscience du « malaise » lorsque j’ai dû choisir un lieu de nidification. Le simple fait de penser retourner vivre en banlieue me donnait maux de tête et nausées. Je n’aurais pas pu dire exactement pourquoi je réagissais ainsi. Nous avons quelque peu éloigné notre nid du centre-ville, du Plateau nous sommes montés vers Villeray mais nous sommes demeurés à Montréal. Je n’ai jamais regretté ce choix. Plus j’observe mes enfants grandir et plus j’arrive à identifier précisément les choses qui ont gâché ma « banlieuse » de jeunesse et je me réjouis souvent du fait qu’au moins mes enfants n’auront pas à endurer ce que j’ai dû endurer. Mes mauvais souvenirs concernent principalement l’auto. Petite, les trajets quotidiens pour aller chercher papa le soir à son travail (mes parents n’avaient qu’une voiture à cette époque) me donnaient toujours mal au coeur. Pour aller à l’école primaire et secondaire ça allait puisque je n’avais pas à prendre l’autobus scolaire. Au grand dam de ma mère, notre bungalow était toujours situé à l’extrême limite du territoire non desservi par le transport scolaire. Fiou! Mais il fallait marcher. Un kilomètre, quatre fois par jour. Toutes les distances étaient trop longues en banlieue. Pour aller chez mes amis j’ai vite pris l’habitude, dès l’âge de six ans, d’utiliser tout le temps mon bicycle, un petit mustang bleu avec des franges aux poignées. Je suis convaincue qu’une majorité de cyclistes à Montréal sont, comme moi, des rejetons de la banlieue ayant trouvé dans le vélo une solution providentielle aux problèmes de la trop faible densité de peuplement et de l’absence de transport en commun décent. J’ai conservé cet instinct du vélo et dès que la saison est ouverte, je vais travailler à bicyclette grâce à mon fidèle et courageux cinq vitesse. En banlieue, même l’obligation de faire une course au super- marché du centre d’achat (le zonage en banlieue ne permettait pas de dépanneur au coin de la rue) pouvait prendre des allures d’expéditions nordiques! L’hiver il fallait y aller à pied. Le centre d’achat tournait le dos au quartier. Il fallait le contourner au complet en passant le long de sombres compacteurs à déchets dignes d’une base militaire américaine. Laid, froid, l’horreur. Très tôt, vers 11-12 ans, je me suis demandée pourquoi ils n’avaient jamais pensé faire une façade plus souriante du côté de mon quartier. La réponse; l’auto bien sûr! Les architectes (sic) de centres d’achat s’imaginaient sans doute que tous les clients pouvaient venir en auto. Ils n’avaient pas pensé aux enfants et aux adolescents, esclaves familiaux tout désigés depuis des temps immémoriaux pour faire les courses! Et on nous dit ensuite que la banlieue est l’endroit idéal pour les enfants??! Laissez- moi vous dire qu’à partir de ces pénibles expériences j’ai déjà commencé à en douter… Ste-Foy à l’époque était une banlieue modèle qui s’ennorgueillissait d’un service des loisirs hors pair. Sauf que, curieusement, tous les équipements (aréna, bibliothèque, etc.) étaient centralisés dans un lieu totalement désertique. Conception bizarre qui s’explique encore par le char. Quand papa/maman ne pouvaient pas venir me reconduire à l’aréna en auto, je devais marcher 4 kilomètres le long d’un boulevard sans fin, totalement hideux. Les autos circulaient très, très vite en m’éclaboussant. Il y avait 3 viaducs à surmonter du haut desquels j’étais battue par tous les vents. Une fois presque arrivée à l’aréna, j’avais le choix entre faire le grand détour pour contourner la boucle de sortie de l’autoroute avoisinante ou de piquer à travers la dite boucle. Devinez ce que je faisais? Eh oui… et on maintien toujours que la banlieue est plus sécuritaire pour les jeunes?! ! Quand je repense au nombre de fois où mes amis et moi avons traversé l’autoroute qui séparaient nos quartiers respectifs au risque de nous faire tuer, j’en ai des frissons. On dirait qu’aujourd’hui je prends réellement conscience des risques insensés que nous prenions alors. Mais il est clair qu’à l’époque, comme n’importe quel ado trop pressé de vivre, je n’avais pas le temps de faire tous les détours que m’imposait le réseau d’autoroute. Au nombre des facteurs risques associées à la jeunesse impétueuse en banlieue, il faut aussi compter toutes les fois où j’ai confié ma vie à mes imbéciles de copains, obligées que j’étais de monter à bord de leurs bolides, seuls véhicules susceptibles de me permettre de rentrer chez moi « avant minuit ». A 16 ans tapant j’ai eu mon permis. Cela n’a à peu près rien réglé puisque je devais négocier la voiture avec tout le reste de la famille. Mes parents y ont trouvé vraiment leur compte; à partir de ce jour ils n’avaient plus à faire le taxi pour moi! Un autre facteur très traumatisant pour moi fut le développement effréné auquel j’ai assisisté tout au long de mon séjour en banlieue. Au début il y avait encore des boisés, des fermes pas loin, un magnifique verger. Plus que mes parents, je me suis attachée à ces endroits où j’ai vécu toutes sortes d’expéditions fantastiques avec mes amis. Tout y est passé. Tout a été détruit puis reconstruit en habitations « bas de game »; des maisons en rangée et des blocs appartements rectilignes affreusement moches. « Le cadre de vie idéal » que mes parents avaient choisi pour m’élever a été saccagé sous mes yeux. Je me souviens encore de la machinerie en train d’arracher des pommiers en fleur. Voilà pour le printemps de mes quinze ans!! Et on se surprendra ensuite que les jeunes aient des idées suicidaires. Comment peuvent-ils cultiver l’espoir d’un monde meilleur alors que tout est vide, dangeureux, saccagé autour d’eux! Plus je repense à ces gâchis, plus j’ai la conviction que le taux de suicide chez les jeunes doit avoir quelque lien avec le mal de vivre sa jeunesse dans l’arrière décor du rêve américain. Les parents se choisissent un décor qui convient parfaitement aux automobilistes qu’ils sont tous, les enfants, eux, errent à pied dans les coulisses… Jusqu’à mon arrivée à Montréal je n’avais jamais même soupçonné que la vie sans voiture fusse possible. J’habite Montréal depuis bientôt dix ans et aujourd’hui encore je m’émerveille du nombre incalculable de soucis quotidiens qui me sont évités du simple fait de ne pas avoir à utiliser une voiture et de ne même pas souhaiter en posséder une. Je n’ai pas à faire le taxi pour mon adolescent de treize ans. Il va partout quand il le veut et je le trouve beaucoup plus dégourdi que moi à son âge. C’est tant mieux! Le petit de six ans va à l’école tout seul. Il n’a que quelques centaines de mêtres à parcourir… sur des trottoirs! Ben quoi? à Ste-Foy comme dans bien des banlieues il n’y avait pas de trottoir… Mon instant de grâce quotidien c’est vers 17 heures quand j’entends le bulletin de circulation à la radio. Je suis rentrée du travail. Mes courses ont été faites à la fruiterie du coin. Je prépare tranquillement le souper. J’éprouve alors un terrible sentiment de liberté. « Dire que j’ai échappé à tout cela; le trafic, les carambolages, les accidents avec blessés, les fous du volant, la course marathonnienne pour aller chercher la livre du beurre au fin fond du maxi-magasin qui est à l’autre bout du maxi-parking, les enfants qui attendent pendant ce temps seuls à la maison, les repas de dernière minute préparés à la hâte… » Je rêvasse un peu en regardant les enfants jouer en gang dans la ruelle. Cela me rappelle encore quelques souvenirs de mon enfance de banlieue. A chaque fois que je visite des amis en banlieue ils sont toujours très fiers de me montrer leur cours; généralement un bout de gazon pas très grand entouré d’une palissade de 8 pieds de haut. Ces clôtures me mettent en colère car elles résument toute la bêtise de la mentalité de banlieue. Mes parents avaient emménagé dans un tout nouveau développement. Les terrains, partiellement aménagés, n’étaient pas encore clôturés. On se retrouvait toute une gang d’enfant au milieu de cette espèce de cour commune et c’était « ben le fun »! Or nos parents tenaient à ce que les clôtures soient posées soit disant pour notre « sécurité »… A partir de ce moment on aurait dit que plus personne n’avait le droit d’aller jouer chez personne ou en tout cas « rien qu’un ami à la fois! » Heureusement que la mode des piscines hors terre est arrivée! Ceux qui avaient la « chance » d’avoir une piscine dans leur cours n’avaient plus le droit d’y aller jouer sans surveillance et ils ont commencé à jouer devant les maisons. Finalement c’est sur la rue asphaltée, seul territoire neutre non encore partitionné, que ce sont jouées les plus mémorables parties de cachette, de kick ball et de ballon chasseur de toute ma vie. J’espère que ce témoignage aura fait réfléchir les jeunes parents en passe de migration. Méfiez-vous des vendeurs de rêves. S’ils vous parlent de « cadre de vie idéal pour les enfants », de « sécurité », de « vie communautaire intense » allez-y voir de plus près. Allez visiter l’arrière décor de la vie rêvée.

  5. Chacun a ses raisons de choisir le centre-ville ou la banlieue mais il est un facteur qui ne ment pas: le prix des loyers.Il en coûte presque toujours moins cher (et habituellement, beaucoup, moins cher) pour s’établir en banlieue que d’essayer de se dénicher quelque chose de potable, au centre-ville.Qui plus est, au-delà des considérations économiques, l’air des banlieues semble moins lourd qu’au centre-ville.Évidemment, chaque histoire est différente, mais…

  6. J'ai connu les deux, Montréal et la banlieue (qui est plus une ville à mon avis qu'une simple banlieue).

    Montréal est bien, pour autant qu'on choisit un bon quartier, ce qui était mon cas. Mais après quelques années et un enfant, il me fallait trouver un plus grand appartement et je n'ai rien trouvé qui me convenait à Montréal, dans mes critères.

    Je suis donc retournée à Laval, là où j'ai grandi, et ça ne me déplaît pas trop. Laval est très développé, et curieusement j'utilise ma voiture moins souvent depuis que je suis là-bas car je peux quasi tout faire à pied, ce qui n'était pas toujours le cas à Ahuntsic!!

    Je reconnais que Montréal a son petit-quelque-chose qu'on ne trouve pas en banlieue. Mais bon, la ville se trouve à 2 stations de métro de mon domicile, j'estime avoir le meilleur des deux mondes.

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