Les gens

Il faut aussi apprivoiser les gens. Nous vivons dans une société qui bloque ses émotions, par mécanisme de protection. Mais ce blocage a des conséquences. Il faut aussi apprivoiser le manque de tact des gens face à la mort. Le manque de tact vient de la peur, encore une fois. Vivre un deuil m’apprend énormément de choses sur les gens, sur notre société, sur le tabou entourrant la mort. Alors que la mort, au fond, n’est qu’un passage. Il faut apprivoiser l’abscence, sans contredit, mais la mort elle-même peut être belle. Et entendre « mes sympathies » ou « mes condoléances » fait beaucoup de bien à recevoir, vraiment beaucoup de bien.

Apprivoiser la mort

C’est la première fois que je perds un être cher. Je sais la chance que j’ai d’avoir eu mon cher Parrain si longtemps. Je commence doucement à apprivoiser l’idée de sa disparition. La tristesse vient par vagues. Elle est saine et belle. Aujourd’hui je vis une nouvelle étape de mon deuil, nous allons enterrer Ferdinand, avec tout l’honneur qu’il mérite. Les drapeaux de la municipalité de McMasterville sont en berne, et les pompiers seront les porteurs. J’étais très touchée de voir tous ces gens qui l’aimaient tant venir le voir une dernière fois: anciens collègues, amis, voisins, famille élargie, hommes et femmes politiques et résidants de McMasterville. Il nous quitte la tête haute, comme il a vécu.

Parrain, moi, Marraine: pique-nique à Chambly à l’occasion de leur 60e anniversaire de mariage.

Ferdinand Borremans 1923-2007

Récit livré pour vous, mes premières impressions après le décès. Je vais refaire une version plus structurée du récit, mais pour l’instant je vous le donne en vrac.

Mon cher grand-père n’est plus. Il s’est éteint doucement le 25 mai 2007, allongé sur son divan préféré, entourré de sa femme et de ses filles. Je suis arrivée quelques minutes après sa mort. Il était paisible, comme endormi. Je l’ai embrassé, je lui ai parlé, je lui ai chanté un mentra de l’immortalité, je lui ai dit qu’il peut maintenant reposer en paix, il a eu une belle vie. Il nous a tant donné. Je l’ai remercié pour tout, du fond de mon âme. J’ai lavé son visage tranquille, ses mains douces et fortes, ses pieds blancs et fins. Puis je suis allée dans son jardin et ses plates-bandes cueillir des fleurs qu’il avait lui-même semé. Je lui ai fait un bouquet de tulipes, de feuillage, de petites fleurs sauvages et de lilas blanc. J’ai posé le bouquet sur son coeur, et je me suis recueillis, encore. Il était très beau. J’ai pleuré à chaude larme sur sa pointrine, une dernière fois. J’ai prié, à tous les dieux, car on ne sait jamais. J’ai pas pris de chance, j’ai prié Jésus et Boudha, car ils me semblent bien sympathiques et accueillants.

Mon grand-père, ancien Maire de McMasterville (1973-1993), voyait Dieu comme ceci: « C’est un big boss d’en haut, il gère parfois mal ses affaires, mais il fait de son mieux ». Parrain avait beaucoup d’humour, avec une pointe de cynisme. C’était un résilient, après son enfance difficile, il a remonté ses manches avec un courage hors du commun, et a bâti sa vie de ses mains. À vingts ans il a rencontré l’amour de sa vie, ma Marraine, et elle lui a donné tout l’amour nécessaire pour réparer les bouts qui lui manquait. Il l’aimait plus que tout. C’était un homme très doux, calme et tendre, plein d’amour inconditionnel. Il pouvait aussi être plus dur et autoritaire, mais je n’ai jamais connu ce visage, moi son unique petite-fille. Il était toujours franc et direct, très droit et juste. Ses dernières parole furent pour son épouse, ma Marraine. Il lui a dit: « je t’aime » pour une première et une dernière fois. C’était un homme de gestes et d’action: il montrait son amour, mais n’en parlait pas tellement, comme beaucoup d’hommes de cette génération. Il était digne et très fier, mais jamais prétentieux. Il détestait cette race, il me l’a dit encore récemment.

Il est resté fort, à son image, jusqu’à la fin. Il a savouré sa vie jusqu’à la dernière goutte. J’ai pris une bonne Leffe, une bière belge, avec lui mardi après-midi. Je suis arrivé, il était assi sur sa galerie, au soleil. Il a dit: « Va chercher une bière en-bas, j’ai envie de prendre une bière avec toi. » Puis pour une dernière fois, avec un crayon pour bien noter, je lui ai fait chanter sa chanson flammande du petit oiseau rigolo, son grand classique, qu’il chantait toujours avec un sourire coquin et taquin. Il avait une belle voix, mais nous savions bien tous les deux que c’était la dernière fois qu’il poussait la note, lui qui aimait tant chanter. Quand je l’ai vu jeudi, il pouvait à peine parler, cherchant péniblement son air. Son état c’était détérioré très vite. Avec son filet de voix, il a trouvé moyen encore de me faire rire, alors que je lui ai servi son dernier repas. Nous avons mangé sur la terrasse, au soleil, avec Marraine. Il a mangé la petite assiette que je lui avais préparé, avec appétit. Je n’en croyait pas mes yeux, mais ce n’était pas la permière fois que mon Parrain m’épatait. C’est la dernière fois que je l’ai vu vivant. En partant, je l’ai laissé sur sa chaise longue se reposer, avec sa casquette vissée sur la tête, sa fille adorée à ces côtés. Je l’ai embrassé 3 fois, à la belge, plus une fois sur son front, comme je faisais toujours depuis qu’il était malade. Puis j’ai tendu ma joue qu’il a embrassé très fort, encore. Je suis partie. Maintenant lui aussi peut partir, tranquille.

Courage

Il m’a appris le courage, la force et l’amour de la vie. C’est son plus bel héritage. Maintenant il est à l’hiver de sa vie et il doit partir très bientôt. Difficile à admettre, même devant l’évidence. Cet homme a toujours été un roc, une force de la nature. Il y a quelques jours, il me racontait encore son passé. À son arrivée au Québec, il a travaillé dans la construction sur les chantiers des années 50 des grands hôpitaux de Montréal. À lui seul, il vidait 4 camions de sables à la pelle.

Intensité: joie et tristesse

Je me sens terriblement égoïste de penser à mon mariage alors que mon grand-père souffre tant. Je vis la peine de le voir souffrir, mais à la fois je vis un moment de grande joie, alors que je me prépare à épouser l’homme que j’aime. Ces intensités font partie de la vie. Je tâche de composer, en prenant chaque instant pour ce qu’il est. Mais ce n’est pas chose facile. Je regarde mon grand-père péniblement chercher son souffle, impuissante. En même temps, je fais des téléphones pour finaliser les derniers préparatifs du mariage. Je me sens comme un fou du roi avec la moitié du visage affublé d’un grand sourire, et l’autre en pleurs. Mais je sais que Parrain veut me voir heureuse, complètement. Et je suis complètement heureuse, et triste à la fois.

Retour au bercail

Revenir de Vacances est toujours un petit choc. Adaptation forcée au quotidien qui nous happe. Défaire ma valise me prends toujours un temps fou, alors que je l’avais fait en un temps record pour partir. L’espace me semble trop petit, après m’être gavée de mer et de plages infinies. La température est massade et le temps froid, après avoir vu le soleil et les tropiques. Mais il faut bien reprendre la vie où je l’ai laissée. Heureusement, mes batteries sont bien chargées. Mais honnêtement, je dois me l’avouer, je suis complètement débordée de boulot. C’est indécent de perdre une seconde de plus ici pour vous l’écrire.

Costa Rica – carte postale #2

Chaleur torride qui se calme sous la pluie tropicale. J’ai vu des singes dans le Parc Manuel Antonio. Je suis contente de n’avoir pas vu de serpents. Retour a ma plage secrete et deserte. Je suis doucement triste quand meme, car je pense tous les jours a mon Grand-Pere malade, qui s’en va doucement. Ma mer lave mes larmes. J’essai de trouver inspiration dans la maree qui se retire en laissant des sillons de sagesse. Je laisse aller. Calme et serenite, sourire et paix, tout cela a donner en cadeau a mes grands-parents a mon retour. Je suis ici avec mes amies, et les trois jeunes garcons de mon amie Anna-Francia. Louis, 4 ans et demi, nous explique: « La mer donne des coquillages en cadeau pour que les petits garcons les cueillent. » Mon grand-pere a probablement dit des phrases comme ca, il y a bien longtemps. La presence des enfants me fait beaucoup de bien.

Les secrets du Pacifique – carte postale

Bien chers vous tous,

Mes Vacances au Costa Rica sont reposantes a souhait. Je fais du hammac a temps plein. Je deumeure dans une cabinas sur une plage deserte qu’on m’a fait promettre de tenir secrete. Paradis perdu, plage vide, mer superbe et sauvage, grosses vagues et soleil de plomb. Le sable brule les pieds, il faut courrir tres vite pour rejoindre la mer. Les palmiers bordent la greve, gardiens de l’ocean. Chaque jour les nuages sombres apportent une pluie qui rafraichit un peu le temps lourd et chaud. L’humidite est tres elevee, on respire de l’eau. Je joue dans les vagues en chantant et mon amie surfe sur l’ecume. Elle a pris des lecons, elle devient meilleure de jour en jour. Pour ma part, j’ai essaye, j’ai surfe sur les vagues un peu, sans en tirer grande satisfaction. Je prefere me laisser flotter en chantant, meditative. Je lis, je fais du Yoga. Je pars en excursion tout a l’heure pour voir les singes dans la jungle. Hier j’ai pris des photos d’une iguane. Je vous la partage des mon retour. La piscine cristalline est chaude comme un bain tourbillon. C’est bon pour rafraichir les coups de soleil. Ma peau est collante, mon sourire radieux.

Je vous embrasse bien fort,
Yannou

* pardon pas d’accents ici