Ferdinand Borremans 1923-2007

Récit livré pour vous, mes premières impressions après le décès. Je vais refaire une version plus structurée du récit, mais pour l’instant je vous le donne en vrac.

Mon cher grand-père n’est plus. Il s’est éteint doucement le 25 mai 2007, allongé sur son divan préféré, entourré de sa femme et de ses filles. Je suis arrivée quelques minutes après sa mort. Il était paisible, comme endormi. Je l’ai embrassé, je lui ai parlé, je lui ai chanté un mentra de l’immortalité, je lui ai dit qu’il peut maintenant reposer en paix, il a eu une belle vie. Il nous a tant donné. Je l’ai remercié pour tout, du fond de mon âme. J’ai lavé son visage tranquille, ses mains douces et fortes, ses pieds blancs et fins. Puis je suis allée dans son jardin et ses plates-bandes cueillir des fleurs qu’il avait lui-même semé. Je lui ai fait un bouquet de tulipes, de feuillage, de petites fleurs sauvages et de lilas blanc. J’ai posé le bouquet sur son coeur, et je me suis recueillis, encore. Il était très beau. J’ai pleuré à chaude larme sur sa pointrine, une dernière fois. J’ai prié, à tous les dieux, car on ne sait jamais. J’ai pas pris de chance, j’ai prié Jésus et Boudha, car ils me semblent bien sympathiques et accueillants.

Mon grand-père, ancien Maire de McMasterville (1973-1993), voyait Dieu comme ceci: « C’est un big boss d’en haut, il gère parfois mal ses affaires, mais il fait de son mieux ». Parrain avait beaucoup d’humour, avec une pointe de cynisme. C’était un résilient, après son enfance difficile, il a remonté ses manches avec un courage hors du commun, et a bâti sa vie de ses mains. À vingts ans il a rencontré l’amour de sa vie, ma Marraine, et elle lui a donné tout l’amour nécessaire pour réparer les bouts qui lui manquait. Il l’aimait plus que tout. C’était un homme très doux, calme et tendre, plein d’amour inconditionnel. Il pouvait aussi être plus dur et autoritaire, mais je n’ai jamais connu ce visage, moi son unique petite-fille. Il était toujours franc et direct, très droit et juste. Ses dernières parole furent pour son épouse, ma Marraine. Il lui a dit: « je t’aime » pour une première et une dernière fois. C’était un homme de gestes et d’action: il montrait son amour, mais n’en parlait pas tellement, comme beaucoup d’hommes de cette génération. Il était digne et très fier, mais jamais prétentieux. Il détestait cette race, il me l’a dit encore récemment.

Il est resté fort, à son image, jusqu’à la fin. Il a savouré sa vie jusqu’à la dernière goutte. J’ai pris une bonne Leffe, une bière belge, avec lui mardi après-midi. Je suis arrivé, il était assi sur sa galerie, au soleil. Il a dit: « Va chercher une bière en-bas, j’ai envie de prendre une bière avec toi. » Puis pour une dernière fois, avec un crayon pour bien noter, je lui ai fait chanter sa chanson flammande du petit oiseau rigolo, son grand classique, qu’il chantait toujours avec un sourire coquin et taquin. Il avait une belle voix, mais nous savions bien tous les deux que c’était la dernière fois qu’il poussait la note, lui qui aimait tant chanter. Quand je l’ai vu jeudi, il pouvait à peine parler, cherchant péniblement son air. Son état c’était détérioré très vite. Avec son filet de voix, il a trouvé moyen encore de me faire rire, alors que je lui ai servi son dernier repas. Nous avons mangé sur la terrasse, au soleil, avec Marraine. Il a mangé la petite assiette que je lui avais préparé, avec appétit. Je n’en croyait pas mes yeux, mais ce n’était pas la permière fois que mon Parrain m’épatait. C’est la dernière fois que je l’ai vu vivant. En partant, je l’ai laissé sur sa chaise longue se reposer, avec sa casquette vissée sur la tête, sa fille adorée à ces côtés. Je l’ai embrassé 3 fois, à la belge, plus une fois sur son front, comme je faisais toujours depuis qu’il était malade. Puis j’ai tendu ma joue qu’il a embrassé très fort, encore. Je suis partie. Maintenant lui aussi peut partir, tranquille.