Civisme aux tomates

Quand je croise une personne dans la rue qui me sourit, je lui souris. Je salue mes voisins. Si une altercation survient entre deux personnes et que je peux intervenir pour ramener le calme, je le fais. J’ai la justice dans le sang. Je ne suis jamais entrée dans la police, car je suis une artiste, et que jamais je n’aurais eu ma place comme individu dans « les forces de l’ordres ». J’aurai probablement fait une bonne travailleuse sociale. Maybe.

Je viens tout juste « d’intervenir » dans un conflit social dans un lieu public, pour ramener le calme, et expliquer aux deux parties le malentendu dans lequel ils se trouvaient, et qu’ils n’avaient aucune raison de s’engueuler. Mais j’ai pris le risque d’intervenir entre deux hommes agressifs (l’un envers l’autre), au risque de me retrouver prise dans la mêlée, ce qui n’est heureusement pas arrivé. Mais je me suis quand même posé la question, après tout cela: « mais de quoi je me mèle??? ». J’ai tellement une grande gueule, parfois je devrais me taire. Mais en même temps, je suis parvenue en quelques mots brefs, en des regards francs et directs, à calmer ces deux hommes. Vous voulez que je vous raconte? La sitation est fort simple. Mais la nature des tensions sociales prends rapidement des travers complexes…

Situation: j’arrive pour attendre la livraison de mon panier de légumes bio dans une cours d’école. Première arrivée, je vois qu’un joueur de tennis est déjà là, qui frappe sa balle contre un mur. Exactement l’endroit où les paniers sont installés en temps normal. Le camion de livraison arrive, et on s’installe un peu plus loin pour laisser cet homme pratiquer son sport à son aise. Après tout, la cours est grande, et le tout se fait naturellement. Un homme arrive pour chercher son panier, quelques minutes plus tard. Cet homme pense que le joueur de tennis est venu s’installer « après les paniers », dans nos pattes de façon bien peu courtoise. Il fait alors un commentaire impatient, sur un ton cassant, au joueur de tennis qui joue dans nos plates-bandes de légumes. Le joueur de tennis réagit mal, ne sachant pas ce que cette centaine de gens vient soudainement faire dans « son » espace de jeu. Peu de sens de l’observation, Monsieur le tennisman. J’interviens. Je me dépêche de dire à l’homme-au-panier: « Monsieur était là avant nous pour jouer au tennis, nous pouvons sans problème nous mettre plus loin pour prendre nos paniers ». Et tout déboule. Je dois alors répondre du tac-au-tac au joueur de tennis (genre de bonhomme bourru, assez de mauvais poil, probablement de mauvaise foi). « Monsieur ne savait pas que vous étiez là avant. » Les deux grognent un peu, je sens des vagues d’énergie négative. En quelques secondes, leur jeu se calme dans l’atmosphère générale plus détendue et l’odeur de tomates et du basilic frais.

Petite victoire: ils ont compris (assez pour cesser les hostilités). Si je n’étais pas intervenu? Il y aurait eu une escalade de violence verbale, des insultes (elles étaient déjà là), peut être un coup de raquette sur la tête, ou une tomate bien mûre qui aurait volé. Je ne le saurai jamais.

Fin de l’épisode. Je vous dis, rien de grave, absolument rien. Simplement deux hommes vaguement agressifs, un peu cons. Et moi, petite dinde idiote, qui s’interpose pour ramener la paix. Pourquoi les 99 autres personnes n’ont rien fait? Réponse facile, c’est parce que je suis intervenue, tiens. Et parce que les tomates et le basilic frais, ça sent bon.

Deuil

Mon cher Parrain est décédé il y a quatre mois. Il était malade, atteint du cancer depuis plus d’un an. Il avait 83 ans. Il est parti dignement, comme un chef. Il est décédé un vendredi. Le mardi précédent, un après midi d’une journée très chaude de mai, nous avons pris une bonne bière belge ensemble. Une Leffe, que nous avons désaltérée et savourée dans un « aahhhh » commun. Ce moment est gravé à jamais dans ma mémoire. J’avais une grande complicité avec cet homme calme, au sens de l’humour légendaire. J’adorais discuter avec lui; parler de politique, d’actualité, d’environnement, de la sitation internationale, de l’histoire. J’adorais l’entendre me raconter ses histoires de vie, ses voyages, son enfance. J’adorais partager avec lui mes récits de vie, mes succès professionnels, dont il était fier (je le sais sans qu’il me l’ai jamais dit directement, je le sentais).

J’ai vécu le deuil de son départ assez sereinement, avec beaucoup de peine, mais une grande paix aussi. Il est parti sastisfait de sa vie, il a vécu heureux, il a accompli de belles et grandes choses. J’étais très fière de lui, de tout ce qu’il avait fait pour sa communauté. Il est parti me sachant heureuse, avec une vie devant moi pleine de potentiel. Il a eu un bel adieu, en grande, avec les pompiers comme porteurs et le drapeau de McMasterville en berne, municipalité de la Rive-Sud de Montréal pour laquelle il a été maire pendant plus de vingts ans.

J’ai pleuré son départ. La vie a repris son cours. Je pense très souvent à lui. Et le temps passe. On intégre doucement l’idée de la mort, du départ définitif d’un être aimé. Mais c’est très étrange d’apprivoiser l’abscence. Le temps passe, et c’est avec un grand sourire que je me souviens parfois de lui, de ses blagues, de ses grimaces, de ses chansons, de son rire. Parfois des vagues de tristesse m’envahissent, comme ce soir, alors que je m’ennuie tellement de lui. J’aimerai seulement aller le voir pour lui raconter mon nouveau travail et la semaine satisfaisante que je viens de terminer. On aurait pris une Leffe ensemble, sur sa galerie arrière, avec ma Marraine chérie à nos côtés. On aurait cogné nos verres pour souligner son anniversaire.

Lundi mon Parrain aurait eu 84 ans. Ce soir j’ai bu une bonne Leffe en écrivant ce texte, et c’est avec vous que je partage ce moment. Alors tous ensemble nous pouvons lui souhaiter: Bonne fête, mon Pilou!

L’automne (la cigale et la fourmi)

Il faut laisser entrer l’automne. Ce n’est pas facile quand il faut fermer toutes les fenêtres à cause de l’air frais. Laisser entrer l’automne c’est accepter le temps qui passe, encore. Laisser filer l’été, qu’on aurait voulu plus long et plus chaud. Je suis une cigale. Je voudrai l’été éternel, languissant, sensuel. C’est difficile pour moi d’accepter que la période de sommeil à la belle étoile est terminée, moi qui est amoureuse de la nature en plein été. Je suis de cette race qui en veux toujours davantage. J’aurai voulu m’évader en forêt davantage, jouer dans les ruissaux, glisser sur les roches humides dans des tourbillons, nager dans des lacs cristallins, me lancer du haut des chutes, descendres des rivières en canot. J’ai bien goûté l’été pourtant, mais trop peu encore. Cette impression insaisissable d’insatisfaction est lassante. Et elle est bien vaine, je le sais. Je dois lâcher-prise, laisser filer l’été, pour accueillir l’automne frais et vif. Cette attitude s’applique à toute ma vie. Je dois laisser filer les peines anciennes et le vieilles blessures. Je pourrai alors accueillir le sang neuf, les nouvelles amitiés et les nouveaux projets. De toute façon la cigale s’est transformée en fourmi depuis bien longtemps déjà…

Je roule (croche)

Le temps me presse et je délaisse cet espace pour les mauvaises raisons. Je vis en ce moment avec la désagréable impression du temps qui me file entre les doigts, avec amertume. Je sais, je sais, je dois laisser filer, c’est parce que je tente de le retenir qu’il m’échappe. Mais j’accumule les petites frustrations au goût aigre, les petites déceptions qui me font broyer du noir inutilement, les rancoeur, les regrets. Conflits familiaux qui m’attristent, non-dits, silences, regards baissés. Le travail si gratifiant qui s’embourbe dans une situation délicate plutôt difficile. Je me sens incompétente, après une première vague ou tout semblait tomber en place. Suis-je à ma place? Je ne sais pas, je ne sais plus. Creu de vague de mes montagnes russes émotives. Je me fatigue, je m’essouffle. J’accumule une série d’obligations qui me rebuttent. Ma source se tari, et j’envie des vies qui ne sont pas les miennes, idées vaines. Je me déprécie, la valeur de mon lingot diminue. Faudrait que j’appelle mon coiffeur, ma massothérapeute, mon acuponcteur, mon esthéticienne à la rescousse; mais même tout cela me semble vain et superficiel. Je suis un numéro nul, et je voudrais bien m’effacer sur l’afficheur. Heureusement, il me reste l’humour et un mari merveilleux.

Ce que j’aimerais? Louer une maisonnette au fond des bois, au bord d’un lac, avec des copines…