Démémagement

Je suis surprise qu’il n’existe pas une discipline olympique « Déménagement ».

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J’ai déménagé à 8 reprises dans ma vie. Mais j’étais depuis 7 ans au même endroit. J’avais donc oublié à quel point cela peut être difficile. En fait je pense que c’est faire deux déménagements pour aménager dans un seul lieu qui est exigeant. Je suis épuisée. Et fébrile. Mais je dois maintenant arriver à me concentrer sur mon boulot pour quelques heures. Faie abstraction des boîtes empilées qui crient pour être ouvertes. Elles m’appellent sans cesse pour que je découvre et range leur contenu.

Mon nouveau nid me rends très heureuse. Bientôt je vous promet des photos.

Bientôt la nouvelle vie!

Nous sommes heureux et comblés. Les enfants sont comme des petits oiseaux qui font chip-chip-chip avec des sourires dans leurs chansons. Ils sont tout-à-fait prêts pour ce déménagement en ville, dans un joli quartier familial. C’est incroyable de penser qu’il y a un an, ils proclamaient haut et fort leur mécontentement devant nos projets de déménagement urbain « éventuel »: «nous ne voulons pas quitter Bois-des-Filion, oposition totale après cocus familial» (le cocus familial, c’est leur trio). Nous avons été patients, en leur expliquant comment se déroule la vie en ville; ses avantages, ses agréments, ses parcs, ses boutiques chouettes de tous les pays, ses petits restos, ses lieux culturels, son architechture, ses quartiers si divers, les gens qu’on y rencontre, tous les amis qu’on peut s’y faire, la multitude d’activités possibles… Amoureuse de Montréal comme moi, la tâche fut sans douleur, et les arguments très faciles à comprendre (et persuasifs). Le plus gros avantage serait d’y retrouver leur papa plus tôt, car le retour à la maison se fera pour lui en 20 minutes, plutôt qu’une heure trente. Pas négligeable, quand même. Surtout quand on a un papa comme le leur, on a envie de l’avoir plus souvent avec nous…

Quand à nous (les adultes du clan), c’est le dénouement d’un chapître de notre vie, pour en débuter un nouveau. C’est en fait le chapître premier d’un nouvel épisode! Je vous écris depuis mon portable dont j’ai oublié la souris à « l’autre maison » et c’est la dernière fois que ça arrive!
[ J’ai aussi oublié les tomates pour me faire mon dîner dans « l’autre » frigo, et un papier à faxer sur « l’autre » bureau, mes vitamines sur « l’autre comptoir » et mon baume à lèvres dans « l’autre salle de bain » – j’exagère à peine]. Bientôt, tout sera dans un seul lieu; terminé les objets, les papiers, la nourriture « oubliée » à l’autre endroit. Je soupire d’aise. Il y aura une place libérée dans ma tête pour faire autre chose que de la planification domestique de gestion des déplacements des objets, des documents et des personnes. C’est comme l’abolition d’un ministère inutile pour distribuer les ressources plus efficacement.

Quitter

Je regarde les murs de mon appartement. 7 ans. Jamais de ma vie adulte je n’ai habité aussi longtemps un lieu. Mon refuge en 2001, après avoir quitté l’europe du nord où je n’étais pas aussi heureuse que je l’aurai voulu. J’y ai trouvé la paix, en habitant seule pour la première fois de ma vie. J’y ai apprivoisé la solitude, avec un grand souire. C’est devenu mon petit nid, construit à coup de poésie, de musique, de bons soupers cuisinés dans ma cuisine rose vif, puis dégustés sur ma terrasse en compagnie de famille et d’amis, d’amours. C’est dans ce lieu que je me suis trouvée aussi, après des moments plus difficiles traversés dans ma vie personnelle. C’est ici que je me suis réparée. C’est aussi ici que j’ai commencé le Yoga, les chants. Tant de livres lus près de la fenêtre de ma chambre orientale. Tant et tant de projets rêvés, pensés, réalisés, montés, écrits assise à mon grand bureau d’où je vous écris encore, face à cette magnifique porte-fenêtre qui donne sur la rue vivante. Tant de films vus, assise dans ce salon. Toute cette gamme d’émotions traversées: rires, larmes, révoltes, colères, découragements, victoires, joies. C’est ici que j’ai été amoureuse des mauvaises personnes, avant de trouver le bon. C’est ici que j’ai pris des décisions et des engagements envers moi-même. C’est ici que j’ai invité mon Grand amour à nos premiers rendez-vous doux. C’est ici que nous sommes tombés amoureux avec des pétillements dans les yeux. Tant d’heures passées dans ce lieu que je quitte bientôt.

Tout cela a peu d’importance finalement. J’emporte mon feu avec moi, ma joie, mes rêves, et je les construirai ailleurs, dans un nouvel ailleurs, plus grand et plus lumineux. Dans un lieu d’échange, que je partagerai maintenant avec lui et ses trois adorables enfants. Un lieu nous que construirons avec mon grand amour, mon meilleur ami, mon mari. Pour la première fois, j’emménage dans un nouveau lieu avec un partenaire de vie – j’ai habité avec des copains avant, mais ce fut moi qui allait vivre chez eux, ou eux chez moi, j’ai habité la maison de mon homme mais il y était déjà dans son autre vie d’avant -.

Nous avons trouvé le lieu de vie idéal pour nous, après tant de mois de désir de trouver cela. Nous allons maintenant consolider nos deux lieux de vie, mon appartement urbain et sa maison de banlieue, pour habiter un grand appartement en ville. Nous quittons dans plus d’une semaine, mais je suis déjà là-bas. Je n’arrive plus à travailler, pourtant je vais devoir m’y contraindre, moi indisciplinée. Mais je suis dans les boîtes, les téléphones de planification, de changement d’adresse, les détails à régler pour que tout roule.

Comme tout grand changement ne se fait jamais seul, je commence un nouveau travail début septembre. J’ai un bureau à la maison depuis dix ans. En septembre, je partirai travailler tous les matins pour aller « au bureau », travailler avec des collègues en chair et en os. Pour faire un nouveau travail, avec une nouvelle équipe, sur un nouveau projet. Je n’ai jamais fait les choses à moitié. Tant qu’à changer un peu la vie, pourquoi pas la changer beaucoup?

Mes antennes (Écosse)

Depuis trois jours, je me demande comment va mon vieil ami David, dans son Écosse lointaine. Dans ma vie d’avant, nous avons été fiancés. J’étais jeune et naïve, il était trop vieux pour moi. Nous avons eu quelques bons moments, des voyages mémorables, et beaucoup de grandes discussions forts enrichissantes. C’est resté un bon ami avec qui j’aime parler de temps à autre. Nous nous téléphonons annuellement, pour se donner des nouvelles de nos vies, de nos connaissances communes, de nos familles et amis respectifs. Donc, je pense à lui depuis quelques jours.

Hier soir, avec mon homme, nous regardons les couleurs possibles pour notre nouvel appartement. Je jette un coup d’oeil à la palette des roses, pensive. « Tu sais chéri, rose peut-être très joli pour une chambre. J’ai déjà habité dans une chambre rose chez David en Écosse. Il avait choisi cette couleur pour sa chambre avant de me connaître. Ce n’est pas forcément une couleur de fille, tu sais. David était très masculin, et il portait du rose. Il avait une chemise rose vif qu’il aimait beaucoup. » Puis je ferme la lumière. Nous dormons sur nos couleurs.

Ce matin je prends mes courriels. Vraiment, honnêtement, sincèrement, ce n’est plus du hasard. Un mot de David (nous ne nous sommes pas écrits ou téléphonés depuis plus d’un an, il ne lit pas mon blogue).
« Dear Yannick, Comment vas-tu? Je n’ai pas des nouvelles de toi depuis très longtemps. J’espère que tu vas bien….. Regardes! The blue bedroom! love Dx »

Et il m’envoie aussi une photo. Il voulait me montrer qu’il a repeint la chambre en bleu. Hé bien, décidément.

Vous voulez une session de clairvoyance?

Discipline et détermination

J’aurais aussi pu écrire motivation et focus. Ou acharnement et concentration. Mais le résultat est le même: me concentrer pour travailler au développement d’un nouveau projet pour le web et la télévision qui me tient à coeur. Je dois rassembler mes notes pour faire un texte clair et structuré. Depuis trop longtemps, je n’arrive pas à me contraindre à cet exercice. Pourtant c’est un projet important, motivant, qui m’emballe. Et je dois le faire maintenant pour ne pas manquer le bateau. Car en septembre je commencerai un nouveau travail pour la télévision qui me laissera peu de temps pour l’écriture de nouvelles idées. Donc avec motivation et détermination, je dois me mettre sérieusement au travail. Ce matin j’ai décidé d’un objectif précis, cela devrait m’aider.

Mais, sans vouloir me donner des excuses à moi-même, je comprends mon éparpillement. Après ma quête intensive d’un nouveau logement pour ma tribu, j’ai complètement réussi ma mission. Le bail est signé pour un superbe grand appartement dans un quartier familial très joli, et le tout à prix très abordable (incroyable, mais vrai!). Après une quête de plusieurs semaines (euh… mois), un nombre incalculable de visites, nous sommes parvenu à affirmer de plus en plus clairement nos besoins et nos priorités, ce qui a aidé à trouver notre perle rare. Je suis maintenant comblée. J’ai trouvé la paix (et une grande fébrilité à l’idée de combiner enfin nos deux lieux de vie que nous occupions depuis 3 ans). Je devrais donc pouvoir me concentrer sur l’écriture de projet que j’ai à faire. Et pourtant, non.

Car maintenant nous entrons dans la phase de préparation du déménagement. Faire des boîtes, les changements d’adresse, faire du ménage, donner des trucs à gauche et à droite, préparer la vente de garage, imaginer les nouvelles couleurs, les nouveaux meubles à achetter, réserver le camion de déménagement. Je suis comme une fourmi. Mon esprit est tout à la préparation de ce grand changement dans nos vies. Je manque de focus pour penser à mon projet. Je butine sur le web à chercher le divan idéal, à visiter le site d’IKEA, à chercher le meilleur chemin pour l’école des enfants sur google map. Si mon travail était concret (comme un montage à faire, par exemple), avec une date butoir, j’y arriverai sans problème. Mais me concentrer à écrire un projet, à lui donner naissance sur papier, à le porter à bout de bras, c’est une autre histoire.

Bon, je vous laisse, je vais travailler. Pour vrai. Après publication de ce billet, je déconecte l’Internet. Discipline et détermination.