Le bonheur est assis (dans mon salon)

Note pour débuter: Il est 19h40, je n’ai pas soupé, je rentre du travail après un trajet d’autobus absurde dans la tempête hivernale montréalaise, prisonière de l’autobus qui faisait du surplace dans la neige pendant plus d’une heure et des haleines fétides des autres passagers (et à me battre avec un journal aux pages trop grandes pour être tournées sans déranger 4 personnes dans l’autobus bondé). J’ai décidé d’écrire ce billet tout d’un trait, après des mois de disette littéraire ici. C’est comme ça, bon. Je devrais être en train de faire le souper. Mais non, j’écris ici.

On ne peut pas s’assoir sur son bonheur, c’est bien connu. Mais le bonheur peut s’assoir dans notre salon, moi je le sais. La preuve: il est bien calé dans mon divan vert (en coin). Il prend toujours le coin. Moi je prends l’autre. C’est ça qui est bien avec les divans en coins. Ils ont plusieurs coins. Donc il y a davantage de place pour le bonheur. Et il y a même de la place pour étendre ses jambes dessus, bien confortablement.

Un grand divan comme ça est parfait pour une famille. Ça tombe bien, j’en ai marié une, une famille. En fait j’ai marié un homme qui avait déjà une famille. Trois enfants en fait. Mais ils sont assez grands, ils entrent de plein fouet dans l’adolescence (en fait le petit benjamin entre au secondaire), donc ils viennent moins s’assoir sur notre divan vert. Ils sont souvent ailleurs. C’est comme ça la vie. Donc moi je me dis que maintenant que j’ai un bonheur avec un grand divan, faut bien faire une nouvelle famille pour mettre dedans.

Tiens, la voisine en haut du divan vert commence à jouer du piano. C’est drôle, moi qui ai tant demandé un piano, j’en ai un, en quelque sorte. Comme la famille. Ma voisine d’en haut joue assez bien, des choses jolies et douces, comme j’en jouerai si je savais. Mais je ne sais pas, ou pas encore, et je n’ai pas de piano. De toute façon, elle en a un, et elle joue ses choses jolies, bon. Mais je divague. Revenons à mon bonheur dans son divan.

Maintenant que mon bonheur est bien assi dans mon grand appartement d’Outremont, je suis arrivée là où je voulais être. J’ai franchis l’étape cruciale de rassembler mon énergie, éparpillée depuis longtemps dans diverses quêtes. Quête de l’accomplissement professionnel et artistique, quête de l’amour, quête de l’équilibre, quête du lieu de vie rêvé. Voilà. Maintenant je suis dans une quête où je ne peux vraiment aller chercher l’objet moi-même. La quête d’avoir un enfant. Je dois être passive (dans le sens d’attente psychologique, pas dans le sens physique de la chose, entendons-nous bien). Je dois psychologiquement ne pas attendre l’enfant. Ouf. Méchante affaire.  » Comment on fait ça docteur, ne pas attendre d’enfant quand on voudrait en attendre un, histoire de ne pas mettre de pression indue sur les chances de conception? » Ichhh. Je ne sais pas. Faut rien faire, laisser faire, et le faire (dans le sens de).

Première stratégie, glanée auprès d’amies fertiles et mères (ou enceintes jusqu’aux yeux): faut le faire aux deux jours. Conseil en prime: « tu as un thermomètre? ». Ok. Réctification du gényco, deuxième stratégie: faut le faire le plus souvent possible. Ok. Noté. Moi: « Chéri, on esssaie? » Un homme est toujours heureux de se faire demander de faire l’exercice de procréation le plus souvent possible (genre vraiment souvent, ce qui fait monter l’indice de bonheur masculin, et féminin par la bande, sans jeu de mot douteux). Mais bon, je ne suis pas une machine non plus. Troisième avis de mon ostéopathe (plein de bon sens, prône le naturel): « il faut laisser monter le désir. Et vous voulez un conseil en prime? (ben tiens, j’en manquais justement de conseils) Laissez tomber le thermomètre, ça met de la pression indue. » Ahhh. Ça j’aime bien. Donc mon termomètre s’enpoussière, et mon désir monte. Tout va bien.

Sauf que… dans la réalité, à chaque fois que l’évêque arrive en ville (pour reprendre une jolie expression d’une autre époque): déception. C’est immanquable. colère, déception, pointe de tristesse. Comment ne pas tomber dans le panneau? Je ne sais pas. Rester zen, ce n’est pas dans ma nature naturelle: il faut que je travaille fort pour y arriver. C’est plus naturel chez mon homme, fort heureusement. Disons qu’il faut que je me calme le ponpon: j’ai 34 ans, et nous essayons d’avoir un enfant depuis seulement quelques mois, suite à une délicate opération pour renverser une vaséctomie. Calme. Respirons par le nez. En attendant, je savoure mon bonheur dans mon divan.

Le bonheur

Nous sommes maintenant complètement installés dans notre nouveau nid. Et nous avons réussi notre mission de trouver un grand appartement en ville. Nous sommes maintenant à Outremont, dans un chaleureux (et grand) 8 et demi. Et cela relève du miracle, car contre tout ce que vous pouvez imaginer (et je sais que vous avez l’imagination fertile), nous avons réussi ce tour de force sans nous ruiner. Ben non. On a réussi à trouver un appartement incroyablement beau, bien isolé (fini les mitaines en hiver dans l’appart), merveilleusement bien situé, avec du cachet, des boiseries, et une rénonvation qui a su respecter le caractère ancestrale de cette maison de presque 100 ans, et abordable. En fait, nous sauvons beaucoup d’argent par rapport au mode de vie de la banlieue, avec les coûts de transports (et le stress quotidien) que nous devions assumer auparavant en habitant partiellement en banlieue nord. On gagne sur toute la ligne! De plus, nos propriétaires sont vraiment gentils. À Noël, ils nous ont offert une bûche en chocolat et des biscuits maison. J’ai toujours été chanceuse dans la vie. Mais pour y arriver, il a fallu travailler… ma liste de demande était très longue. Et nous avons presque tout obtenu de ces demandes des éléments que nous cherchions dans note nouveau lieu de vie. J’étais même prête à reconstruire un loft pour arriver à mes fins… Mais c’est après un nombre incalculable de visites lors de l’été dernier (de juin à août) que nous avons eu le bonheur de dénicher notre perle.

Le plus difficile fut ensuite d’accompagner les enfants dans leur adaptation à la ville, et à de nouvelles écoles. Et de s’installer dans des nouveaux lieux, après un double déménagement titanesque (n’attendez jamais pour donner des objets et des vêtements que vous n’utilisez pas ou que vous avez en double). Mais tout s’est bien déroulé. Et je devais aussi m’adpapter à un nouveau travail, dans un bureau, et non avec mon « bureau à la maison » comme je le faisais depuis plus de 8 ans… Maintenant, l’élan est pris. Nous avons trouvé un rythme de croisière.

Je peux réflechir à nouveau, prendre un peu de recul. Premier constat: j’ai besoin d’un nid pour être créative. Deuxième constat: la société de (sur)consommation est d’une absurdité sans nom…