Dans le feu roulant de l’action, il y a des bribes de temps suspendu où je médite. La vie qui s’immisce entre les interstices de quotidien, entre les miettes de pain brûlé, la vie dans l’attente du prochain métro, du prochain rendez-vous, du prochain samedi qui revient. La vie dans le sourire d’une serveuse au café du coin, la vie dans la nonchalence des passagers de l’autobus, la vie dans chaleur torride des peaux fatiguées. La vie qui s’écoule doucement sur des lacs immobiles. La vie qui se fanne sur les ombres courbées de ceux que la vie épuise. La vie grouillante et explosive de l’enfance qui se déploie. La vie entre les soupirs déraisonnables des rongeurs d’angoisse. Pouvoir ralentir son souffle pour la tenir en laisse. Laisser couler le ciel comme une source vive. Laisser rouler la rosée sur les tracés de la vitre sale où j’ai dessiné ton coeur. Ne rien attendre. Ne plus rien attendre. Devenir un murmure aux yeux mi-clos. Savourer chaque bouchée comme la première. Étendre les odeurs opiacées des soucis sur des nattes de plage. Transformer l’amertume en couleurs délavées trempées dans des musiques vives, sous un soleil gorgé d’amour. Reprendre espoir au pas de course. Halleter coeur battant et saisir ce qui doit l’être. Laisser courber le roseau au vent des déraisons. Vivre la vie.