Mon arbre

Il est centenaire. Très fier et droit, il se tient devant chez moi. Il me regarde bien en face, même si je suis au deuxième étage. De tous les lieux où j’ai habité, je n’ai jamais eu une si grande fenêtre. Elle est superbe, avec sa vue pleine et large sur le coeur de cet érable, avec ses feuilles toutes neuves déployées, d’un vert profond et tendre dans un printemps aux températures farfelues. J’ai laissé passer la jolie période de ses bourgeons, qui éclataient comme des brocolis timides. J’ai pris des photos de son printemps l’an dernier, des bourgeons déployés dans le ciel orange qui va vers la nuit. J’ai même raconté l’hisoire de son Grand Pic, en flagrant délis de buffet all-you-can-eat dans ses branches (c’était un signe de la fin qui approche). Mais surtout; j’ai toujous eu beaucoup de respect pour sa nudité d’hiver, avec ses branches osseuses et tordues comme un vieil homme qui souffre, dont le bois presque gris se couvrait si élégament de ses habits de neige. Ce contraste raffiné de janvier, quand le blanc de l’hiver lui moulait le corps jusqu’au confin de sa plus profonde intimité, entre le creu de ses branches, tout près de son tronc. J’adorais sa robe d’hiver, élégante et japonaise. Nous passions de longs moments à nous regarder, l’arbre et moi, mes yeux rivés sur son « cri » de Munch, là où ses branches avaient formé une cicatrice d’autrefois. J’étais éblouie par le spectacle de son automne vibrant dans le soleil, observant méditative toutes les étapes de ses feuilles qui chageaient de teinte, comme pour se parer divinement pour les plus beaux jours. Par tous les temps, l’arbre me regardait, calme et impassible, craquant parfois sous les vents violents, ployant sous la pluie qui le lavait. J’ai écouté ses feuilles, et ce qu’elle racontaient des vents sur tous les temps, murmurant un dialogue posé ou passionné avec l’air ambiant. Je lui ai si souvent chanté la pomme, en scandant des mentras paisibles face à ses feuilles doucement animées. Il m’a regardé souvent, alors que je faisais du yoga, m’unissant à lui dans la posture de l’arbre. Nous faisions partie de la même fôret.

Et maintenant, la ville l’a marqué d’un trait orange. C’est la marque de la fin. Il sera coupé. On le considère dangeureux. Devant la prudence des autorités, ce viel arbre sans voix devra s’incliner pour toujours.

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2 réflexions sur “Mon arbre

  1. Coucou Yannou!
    J'ai été très touchée par ton texte sur ce vieil arbre qu'on s'apprête à abattre!
    Déjà que ça me rend malade quand je vois comment on taille les arbres en ville!
    On dirait qu'ils ont des moignons à la place de mains!
    Lorsque je croise un arbre qui a eu la chance de pouvoir pousser comme il en avait envie, j'admire son port, et s'il m'arrive de repasser devant, je lui souris et lui dis bonjour intérieurement!
    Je t'embrasse et j'espère que tu trouveras consolation dans les bras d'un de ces frères*

    ***
    Bonne semaine et à bientôt*******

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