Ébullitions

J’ai suis très émue de voir les manifestants hier qui occupent le parc devant La Tour de la Bourse de Montréal, rebatisé Place du peuple. Un sentiment de voir se concrétiser des années de frustration, de colère, de sentiment d’impuissance. Enfin sentir que toutes mes réflexions et ma philosophie était partagée par un plus grand nombre. Je souhaite voir grandir ce mouvement, prendre en maturité, en profondeur et en sagesse (c’est déjà la voie du mouvement). Je souhaite voir éclore de nouvelles façons de faire. Je souhaite voir naître plusieurs projets issu de ces réflexions. Dans la mouvance, plusieurs documentaires sortent avec un sens du timming presque parfait: République, de Hugo Latulippe, Surviving progress de Mathieu Roy, et Trou story de Desjardins et Monderie.

Si les choses s’étaient passées autrement, j’aurais aussi un projet en ligne à propos de consience écologique. Mais voilà, la vie amène des circonstances qui changent parfois le cours des choses. Mon projet est en dormance (mais pas moi, heureusement!), il sommeille et attends de murir pour voir le jour. Faire des projets créatifs, c’est long. Faut s’armer de patience, de courage et de détermination. Il faut y croire, en dépit de tout, il faut se préserver soi-même, et savoir attendre le bon moment. Je parle de quoi déjà? De mon projet ou de la révolution en marche?

Ceci dit, je me sens en ébullition en ce moment. Je vibre de joie de voir ces mouvements sociaux s’aligner. Je suis fascinée par la scéne politique nationale et internationale qui craque de partout. Mais
à petite échelle aussi, je prépare plusieurs projets, je suis sur plusieurs comités, engagée et impliquée. Vivante.

Révolution à vos portes

Rassembler ses mots et ses idées, première arme de la révolution pacifique. Les donner aux autres, faire résonner la parole au-delà de nos murs. Prendre action, ne pas passer son tour. Tendre la main, faire autrement. Voter. Faire des projets. S’impliquer. Se reposer quand il faut. Travailler fort, au bon moment, sur les bons projets qui ont un sens pour nous. Freiner la productivité à tout prix pour ramener l’humain au coeur de nos préoccupations. Redonner. S’impliquer dans sa famille, dans son quartier, dans sa communauté, et ailleurs si on le peut. Ne pas se taire devant l’injustice. Dire. Prendre acte, puis agir. Se tenir. Croire. Partager. Ne pas fermer les yeux. Embrasser la solidarité. Être pour la coopération, la collaboration, la création et surtout la co-création. Tout faire pour être automomes et solidaires. Concrètement: ne pas gaspiller, moins consommer, éviter de jetter, choisir le vieil objet plutôt que le nouveau, garder ses choses longtemps, faire attention aux gens et aux choses, cesser l’inutile, freiner l’absurde course au côté sombre de la modernité. Respecter les vieux. Aimer les enfants. Assumer. Durer, perdurer, persister, encourager. Être généreux, envers les autres, envers soi-même. Faire face. Croire. Croire à tout prix que tout cela est possible, nécessaire, inévitable. Réinventer le monde. Respirer, encore plus profondément. Pardonner. Cesser de juger. Agir. Sentir le mouvement. Être lucide et critique. Assumer que l’argent n’achète pas tout. Redistribuer la richesse. Ne pas fermer les yeux devant l’injustice. Cesser d’abdiquer. Cesser le cynisme. Cesser la parole vaine. Embrasser la perspecive. Faire des phrases courtes, efficaces, rigoureuses, les planter là où elles trouvent écho. Se rassembler. Croire à la force du nombre. Se mobiliser pour se tenir. Garder espoir, l’ancrer dans son quotidien. Ne pas oublier l’histoire. Changer de chemin. Faire autrement. Prendre la musique au corps. Habiter son corps. Faire corps avec l’autre. Avancer. Ensemble.

(Re)trouver sa voie

Sur le fil d’une année revivre le film. Pas à pas, les mots me manquent. Je cherche, je trouve, et pas tout le temps. J’ai longtemps cherché au mauvais endroit. Tout était là, et pas moi. En laissant de vaines quêtes m’alourdir, je me suis coulée moi-même. Enlisée dans la peur, le plus grand ennemi à nous-même. De mes cendres, je peux revenir au soleil. Un peu plus usée, mais plus sûre aussi. Des certitudes, la seule possible est qu’il n’y a pas de certitudes. Les silences achettés à prix d’or. Les leçons de l’échec. La haine en vrac. De la petite haine rouillée. Comme on dit: tiens il fait frais dans mon coeur, je vais mettre une petite haine.

Des insultes murmurées, si nocives car elles consument notre intérieur. Des insultes tournées vers soi, la pire des armes sournoise et douce. L’envie de ne plus rien. Le gris qui s’abat trop longtemps sur les paupières, puis le sommeil. Les circonstances de la vie où tout le sombre vous arrive par bourrées. Les petites attentes déçues, les grandes déceptions qui se répètent encore, le moral au plus bas, l’espoir en canne, les drames quotidiens qui virent au mauve, la colère de l’insolvable. Puis la vie nous rattrappe, et les phares s’éteignent. Le phare des aïeux maternels, en souffrance et en agonie depuis trop longtemps par manque d’amour, avec un désir de mort lascinant qui l’encombrait. Sa douce lumière qui ne clignote plus, qui a cessé à l’été. La mort comme une libération pour elle. Le deuil. L’attente. L’attente du temps qui passe et qui guérit. Le réveil enfin, avec la lourdeur de savoir qu’il faut vivre ses deuils, tout ses deuils. Puis chercher la source vitale, la seule issue possible: trouver sa joie. Elle est toujours au bout du chemin, à vous attendre. Elle se trouve là où on (re)trouve sa voie. Et sa voix. Voilà où j’en suis.