Grosse

Mon grand ami Joss est en train de faire une bande-dessinée pour raconter les incroyables détour de la vie qui vont bientôt faire de lui… un Papa! C’est une merveilleuse histoire, et je suis tellement heureuse pour eux. Mais ce n’est pas l’objet de mon texte ici.

Joss m’écrit pour me dire de ne pas m’offusquer car il s’est inspiré de moi pour créer un personnage de son histoire. Et il m’écrit: ‘elle a pris beaucoup de poids pendant sa grossesse et elle ne vit pas bien ça’. Ok. Oui c’est vrai, dans la vraie vie j’ai pris beaucoup de poids pendant ma grossesse, 45 livres pour être précise. Oui c’est difficile porter 45 livres de plus, mais je voulais bien lui répondre et partager le fruit de mes réflexions. Ma première réponse: ‘C’était très étrange d’être si grosse, d’avoir de la misère à marcher comme une mince (comme avant), de marcher et de bouger ‘comme une grosse’, pour se lever, attacher ses souliers, etc. J’ai de la compassion maintenant pour les personnes en surpoids. Pour moi ça a été facile après l’accouchement de perdre du poids, j’ai perdu une livre par semaine, comme j’avais pris une livre par semaine…’

Mais voilà que je pousse un peu plus ma réponse, car ça me chicote qu’il mentionne le mot ‘problème de poids’ à côté du mot grossesse. Et surtout, je voulais lui raconter à quel point j’étais heureuse d’être grosse!

Tout d’abord petite mise au point: c’est normal de prendre du poids quand on est enceinte!!! Selon les critères ‘normaux’, il est tout à fait sain de prendre de 25 à 40 livres pendant sa grossesse. Il ne faut pas oublier qu’il y a une autre personne qui nous pousse dans le ventre, ce n’est quand même pas rien. Des tas de petites cellules se multiplient à une vitesse incroyable, et la vie pousse là, en notre sein. C’est merveilleux, presque magique et miraculeux, mais tellement naturel! Le premier trimestre j’ai pris 5 livres, ce qui est tout à fait dans la norme, puis j’ai très régulièrement pris 1 livre par semaine, avec une légère accélération à la fin. Une seule fois ma sage-femme m’a dit que je devrais surveiller mon poids, et c’est lors des dernières semaines de ma grossesse. J’ai accouché à 42 semaines. Et c’est un peu avant la fête d’un an de ma fille que j’avais presque repris mon poids d’avant la grossesse, 5 livres en plus. Naturellement, sans faire d’effort si particulier pour perdre du poids, comme la prise de poids était venue, le poids est reparti, fondues les graisses maternelles avec les efforts de la maternité et de l’allaitement.

Mais c’est comment je me sentais pendant ma grossesse que j’ai envie de t’expliquer, Joss. Je me sentais tellement bien dans ma peau, je me sentais tellement belle et pleine comme une lune un soir de pleine lune! Je me sentais comme la reine de la fertilité, je me sentais invincible, forte et tellement fière d’être enceinte et d’être grosse dans toute la splendeur du mot ‘grosse’ (autrefois voulait dire enceinte). Dès le début de ma grossesse j’ai pu relâcher mon petit ventre, alors que je tenais toujours habituellement mes abdominaux ‘engagés’ comme on dit au yoga. Je pouvais dorénavant relâcher mon ventre aussi parce que j’avais une personne qui habitait là-dedans et je sentais mon ventre chaud et habité, je voulais l’endroit sans stress, Je relâchais aussi mon ventre, parce que je n’avais plus besoin, pour une fois dans ma vie, de viser la minceur. C’était normal et beau dans mon état d’avoir un ventre, et de le montrer fièrement! J’étais aux anges les premières fois qu’une personne m’a cédé sa place dans un autobus de San Francisco. Le regard brillant, les seins fièrement pleins et hauts, déjà gonflés par les hormones qui feraient venir le lait, le ventre bien rond dès le début. C’est face aux étrangers, dans leur regard, que j’ai d’abord été enceinte, même avant de l’annoncer à mes proches, à mes parents, à mes amis et ma famille. C’est face aux étrangers qui me disaient ‘congratulations’ avec un sourire fendu jusqu’aux oreille de voir mon bonheur rayonner, par ma grosseur. Je me voyais déjà grosse, avec grande fierté.

J’ai eu un premier trimestre difficile, avec beaucoup de maux de coeur, mais un corps assez semblable finalement. Mais je me voyais déjà énorme! Je voyais mon ventre que j’imaginais déjà gros, alors qu’il n’était pas apparent, mais j’étais si fière d’être enfin enceinte après des années d’espoir et d’attente. J’ai pleinement profité de ma grossesse, dans le sens plein: je me suis laisser le droit d’être aussi grosse que mon corps le réclamait, que ma fille le réclamait: je lui laissais toute la place qu’elle voulait prendre. Une fois mon premier trimestre passé, les maux de coeurs terminés, je me sentais tellement bien! Mais j’avais une faim de loup, de louve! J’avais toujours faim, et à la fin des repas je n’étais jamais rassasiée. Les hormones me creusaient l’estomac à un niveau fou! J’aurais mangé un camion à chaque repas. Heureusement, mes fringales étaient pour des bonnes choses: je mangeais tellement de fruits! La nuit, je devais garder une banane sur ma table de nuit car la faim me réveillait de façon aigüe. Je ne pouvais quitter mon appartement sans emporter une collation et de l’eau, toujours une barre-énergie et une pomme dans le sac, sinon c’était les étourdissements tellement j’avais faim et soif. Pendant mes cours de yoga, je devais prendre une bouchée de pomme en vitesse, sinon je me sentais mal, comme un trou-creu de plusieurs kilomètres dans mon estomac, à en faire mal. Très étrange comme sensation de faim puissante, je n’avais jamais vécu une telle faim de ma vie. Normal de prendre du poids en ces cas-là, et encore chanceux que je mangeais toujours bien, car c’est vrai que j’aurais pu devenir encore plus grosse. Je me souviens avoir pensé aux mère africaines en situation de famine, et leur douleur m’est apparue encore plus dramatique.

Pour moi, ce qui était drôle était mon appétit pour des repas très simples et très traditionnels: patates, viande, légume, sans chi-chi. J’avais faim pour les plats cuisinés par ma mère et mes grands-mères. Alors que ma cuisine est normalement assez élaborée, avec beaucoup d’épices, une grande variété de plats de toutes origines, beaucoup de plats végétariens, alors que j’étais enceinte: niet, rien, pantoute! La simplicité, un point, c’est tout (mais avec de la viande impérativement!). Moi qui débute toute préparation de repas en faisant griller de l’ail ou de l’oignon ou les deux, au moment où j’étais enceinte c’était purement impossible. L’odeur de l’ail me levait le coeur, même après le 1er trimestre. Donc, une alimentation saine, mais vraiment différente de ma diète normale. Au moment de tomber enceinte, j’étais strictement végétarienne depuis un mois. Dès le moment où j’ai été enceinte, j’avais faim pour de la viande et mon corps voulait des protéines! Ma grande sensation de faim était parfois désagréable, j’en ai parlé à mon médecin, qui m’avait recommandé de prendre des boissons protéinés au whey (petit lait), comme les athlètes qui s’entraînent. C’est ce qu’on est des athlètes, quand on est enceinte, non?

Puis au fil des semaines j’ai grossi, grossi, grossi. Pleine, ronde, je devenais très grosse! J’ai continuer à faire du yoga, de la natation et à pratiquer la marche jusqu’à la dernière semaine (bon j’avoue, je marchais difficilement à la fin). Je me sentais toujours belle même si me sentais lourde, je me sentais même très sexy auprès de mon homme même si je ne pouvais plus bouger aussi facilement et rapidement, ni même me pencher comme avant. Tellement heureuse et bien, ‘resplendissante’ qu’on me disait, avec cette lueur dans les yeux et ce ‘glow’ spécial qu’on attribue aux femmes enceintes. Pour provoquer mon accouchement (car je ne voulais pas me faire provoquer) la veille du jour J, j’ai annoncé à Sylvain: on va prendre une marche après le souper. Il était habitué à mon pas lent, dû à mon poids et mon ventre énorme et aussi à mon souffle court. Il fut très surpris de ma cadence ce soir-là, j’avais décidé que ça y était, fini le niaisage. Avec ma détermination, j’ai eu un regain d’énergie tel que je n’avais pas eu depuis des semaines, et je savais que je n’avais plus besoin de faire attention pour éviter de provoquer des contractions. J’ai entrepris de monter une rue très abrupte tout près de notre appartement San Franciscain: Hill Way, tel que le nom l’indique, est une côte à 45 degrés. Debout, tu peux presque toucher la côte en allongeant le bras. Et bien, la grosse madame enceinte avec ses grandes bottes rouges s’est mise à monter Hill Way à pleine vapeur: le mari avait de la misère à suivre!

Le jour de mon accouchement je pensais que j’allais exploser tellement la peau de mon ventre était tendue (mon nombril avait totalement disparu depuis le 6e mois, mais n’est pas ressorti, heureusement). Dans la salle d’accouchement, quand je me suis tenue en équilibre sur une jambe pour enlever mon pantalon, l’infirmière était impressionnée par mon grand équilibre et mon agilité. ‘Are you a dancer?’ m’a-t-elle demandé. Ça m’a fait vraiment plaisir. Elle pouvait deviner que la grosse madame enceinte que j’étais était en temps normal une femme plutôt athlétique et agile…

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