Un coup de frais!

Voilà j’ai un ‘nouveau’ blogue revampé, avec tout mon ancien contenu depuis 2005. Je suis contente, et j’espère que cette nouvelle interface m’amènera à écrire plus souvent. Mon record a été 45 billets en un seul mois, en octobre 2005! Disons que mon assiduité a fondu comme peau de chagrin au fil des ans, mais je compte toujours reprendre l’écriture. Alors voilà: vent de renouveau avec l’été qui arrive!

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Donner la vie au naturel

Tout le monde fait des choix. Dans la grossesse et l’accouchement aussi. Et ceux qui me connaissent ne seront pas surpris de savoir que j’ai choisi d’avoir un accouchement totalement naturel, avec le moins d’interventions possible dans un hôpital avec des sages-femmes et une doula. Voici comment et pourquoi.

Nous vivons dans un monde sur-médicalisé et où la naissance d’un enfant est trop souvent conçu comme un acte médical. Dans les cas de problèmes, moins de 10% des accouchements, la médecine moderne fait des miracles devant lesquels je m’incline et que je respecte grandement. Mais pour la majorité des naissances, tout se déroule bien et il n’y a aucune raison de traiter l’accouchement comme une maladie. Libre choix à la mère de faire usage de péridurale ou d’analgésiques, mais je pense que l’information sur les risques de tels choix n’est pas assez diffusée, et surtout sur les énormes bébéfices de l’accouchement naturel. Les avantages sont nombreux pour la santé du bébé, et aussi pour la santé de la mère. Le bébé est affecté par les interventions médicales, et plusieurs pistes permettent d’avoir un accouchement naturel plus facile et plus rapide (l’épidurale ralenti le travail, ce qui oblige à utiliser d’autres drogues pour la poursuite l’accouchement, qui parfois se transforme en césarienne à cause de ces raisons). Le taux de césariennes monte en flèche dans plusieurs pays, et c’est surtout la diffusion d’une meilleure information qui permettrait de diminuer ces taux. Je dois vous dire qu’avant de commencer à m’informer sur le sujet, j’étais ouverte à l’idée d’avoir une péridurale. Maintenant que je me suis préparée et informée, je vais tout faire en mon pouvoir pour n’avoir aucune intervention.

Comme de très nombreuses femmes, depuis que je suis enceinte, je me prépare. Je fais du yoga à Yoga Tree avec Jane Austin et Britt Fohrman, je fais de l’aquaforme prénatal. Le yoga prénatal est fantastique car il donne de véritables outils, sur la respiration, sur les positions à adopter pour le travail et pour l’accouchement. Puis je fais des lectures; mon amie Charlotte du Transition Bus m’a donné un cadeau qui fut une révélation lors de son passage à San Francisco. Elle m’a donné le livre Childbirth preparation de Ina May. Si la grossesse vous intéresse, si vous songez à devenir mère un jour, lisez ce livre! Ce fut pour moi un moment clef. Et il se trouve qu’Ina May vient de San Francisco, même si elle pratique maintenant son métier de sage-femme au Tenesse à The Farm (qu’elle a fondé) depuis plus de 20 ans. Quand nous avons décidé de prendre un cours pré-natal, nous sommes allés vers Natural Ressources, un centre communautaire de San Francisco. Comme le centre est orienté vers les accouchements naturels, c’était normal que les cours soient basés sur les enseignements d’Ina May. Mais je suis enchantée. Tout ce que j’apprends résonne en moi, rejoint ma conception de la vie et mes convictions profondes. L’accouchement est un acte naturel et beau, un passage incroyable, pour la mère et le bébé. Il y a quelquechose de sacré pour moi dans ce moment, et une grande conscience de la vie, à vif, dans toute son intensité. Je ne pense pas que c’est facile ou sans douleur, loin de là. Mais j’ai envie de tenter de le vivre pleinement, et de la façon là plus saine possible, en faisant les choix qui selon moi s’imposent pour ma santé et celle de mon enfant.

Nous avons décidé de prendre une doula, une accompagnante à la naissance, pour aider à l’accouchement, avant et après. Le fait de prendre une doula réduit grandement les risques de césarienne et de complications. Simplement car le tavail de la doula est de nous accompagner, de nous rassurer, de nous donner des techniques pour gérer la douleur et pour aider notre partenaire à nous aider. J’ai rencontré Shannon Padlog, et elle est bien contente d’avoir une cliente qui veut faire un accouchement naturel et dans la joie! Je fais tout pour me préparer le mieux possible à accoucher sans épidurale, sans épisiotomie, sans pitocin, et avec des interventions minimales. Je veux pouvoir bouger à ma guise, avoir mon partenaire auprès de moi pour me masser et m’aider lors des contractions (rebatisés ‘rushes’ par Ina May) grâce au Rebonzo et à la méthode Bonapace. Je veux demander plus de temps si on me suggère l’oxytocin, et donner une chance aux méthodes naturelles qui produisent de l’oxytocin: soit embrasser son partenaire et utiliser la stimulation des seins. Je compte utiliser la visualisation et les chants, ou la musique pour m’aider à me laisser aller pendant le travail. Je veux pousser par moi-même, dans la position de mon choix, et pas sous la dictée de ma sage-femme. Dans tous les cours et tous les livres, on nous répète que la position d’accouchement naturel n’est pas sur le dos, mais à quatre pattes, sur le côté, en petit bonhomme. Ces positions favorisent la sortie du bébé par la gravité. On a adopté la position sur le dos il y a quelques centaines d’années, car c’est la meilleure position pour le médecin, pas pour la femme!

J’aimerais prendre mon bébé quand il sort, ou que mon partenaire le fasse si il en ressent l’envie. Une fois notre trésor sorti, je veux que mon bébé reste avec moi, tout contre ma peau, tout de suite après sa naissance. On ne veut pas couper le cordon immédiatement, mais bien attendre au moins 30 minutes (si possible), car cela présente plusieurs bénéfices prouvés scientifiquement pour la santé du bébé: il a le temps de faire le bon équilibre de sang dans son corps, car encore attaché avec le placenta. Je veux allaiter tout de suite, car cela aide à faire sortir le placenta. L’allaitement donne des contractions naturelles. C’est le secret des mères qui allaitent et qui retrouvent rapidement leurs formes. Je vais peut-être en choquer quelques uns, mais je veux qu’on récupére mon cordon pour en faire des capsules. La prise de ces capsules aide à la période post-partum, donne énergie et nutriments à la mère. Comme disait mon amie Annie: nous sommes les seuls mammifères à ne pas manger notre placenta après la naissance du bébé! Mais bon, je n’irais pas jusqu’à faire une bolognaise de mon placenta. Dans mon cahier de préparation à la naissance, on trouvait une liste de recettes à faire avec le placenta. Sans blagues. Je n’irais pas juste là, calmez-vous.

Je sais que tout cela est un plan idéal, et que tout peut survenir. Mais ces outils me donnent une ligne directrice, une tangente. Je sais. Je connais mes options. Je me sens prête. Et j’ai très hâte.

note: je sais bien qu’un tel billet va faire réagir des mères. Je respecte vos choix, et je ne vous juge pas! Et chacune a son histoire, avec ses plans idéaux qui ne se sont pas déroulés comme prévu. Je sais. Mais pour l’instant, je garde le cap et je vise un accouchement naturel. On verra bien. Je suis sereine, confiante. C’est le principal…

100% bio (je vais être Maman)

Je vais être Maman. En octobre prochain naîtra notre bébé. Tant attendu. Tant espéré. Joie. Bonheur. Sérénité, enfin. C’est tout naturellement, sans in-vitro, sans hormones, sans hopitaux, et surtout sans stress et dans notre nid californien que fut conçu notre enfant. Après cinq ans d’attente, trois ans et demi après un diagnostic ‘d’infertilité’, quelques in-vitros dont une fausse-couche, c’est un bébé 100% bio que nous avons fait! À 38 ans, je suis enfin enceinte.

Si nous avons réussi, c’est à cause d’un ensemble d’éléments que nous avons rassemblés. Je pense beaucoup que je dois une fière chandelle à mon acuponcteur, Dr Dave Liu. Semaine après semaine, je suis allée le voir tout l’automne dans son petit bureau du quartier Inner Sunset à San Francisco, en pédalant les côtes de San Francisco et son air salin embrumé. Il était très confiant: « You can be pregnant in 3 months, in December… maybe January ». J’ai ris. Pas de lui, mais de sa confiance, moi qui avait tout essayé depuis des années au Québec avec la très réputée acuponctrice en fertilité Aina Zang, mais aussi avec une armée de docteurs, de piqures d’hormones en quantitées assomantes, et des appareils médicaux à la fine pointe de la technologie. Suffisait de la pointe des aiguilles du Dr Lui? Je ne saurais dire, mais j’ai vu ma santé s’améliorer, probablement aussi grâce aux horribles tisanes chinoises aux odeurs étranges et au goût amer que j’ai du avaler pendant des mois. Nous avons réussi grâce à l’air de San Francisco, zéro stress, une attitude positive avec un mélange de résignation où nous avions complètement accepté la possibilité de ne jamais avoir d’enfant naturellement, et l’espoir que c’était toujours possible. Et avec beaucoup de plaisir et d’amour. Une très bonne recette pour faire un enfant.

Le calme

Je suis dans une phase très agréable et heureuse de ma vie, après quelques années plus difficiles. La vie est douce à San Francisco où je vis maintenant. Je savoure. Oui, je mijote bien des nouveaux projets d’écriture et de film. Et je m’étais jurée de reprendre plus régulièrement l’écriture de ce blogue. J’ai déjà été très prolifique ici-même, vous savez. En 2005, j’écrivais presque un nouveau billet tous les jours. Puis avec les années, la vie frénétique, le travail, la vie amoureuse, les épreuves, la maladie, les gens qu’on aime qui traversent aussi leur lot d’épreuves, les moments de bonheur, les enfants qui grandissent, le quotidien, tout cela a fini par avaler peu à peu mon temps d’écriture. Et maintenant je prends surtout le temps de vivre.Pour être parfaitement honnête, je passe beaucoup de temps qui fut jadis dédié à l’écriture sur les réseaux sociaux. J’y prends plaisir à me nourrir des nouvelles de mes ‘amis’, mais aussi de m’informer (pour vrai je vous jure). J’aime beaucoup le partage d’articles, d’information, d’images, de photos. Un peu mordue d’Instagram, je suis. Mais je me questionne sur l’impact de ce type d’activités sur ma vie. Avec un peu de recul, je constate bien que mon temps ‘créatif’ est littéralement avalé par mon activité sur le web, à parfois flaner, à regarder des vidéos politiques ou d’actualité, mais ausi parfois des vidéos de chats – à titre d’exemple (oui, je l’avoue). Bien des choses plutôt inutiles, il me semble. Aucun résultat concret de ces activités passives, où on ne construit rien, ou si peu. Pas très différent des heures trop nombreuses que les gens passaient autrefois devant leur petit écran. Le cerveau un peu apathique, les sens assoupis, le corps un peu oublié. Heureusement je fais du yoga, je me promène, je bouge dans la ville.

 « A Totalitarian State, due to an interconnected web of technologies, will not be forced upon you – it will be bought in a blind desire for convienience »


C’est justement en promenade dans mon quartier, que sur le trottoir près de chez moi, j’ai trouvé cette note fort juste, qui nous force à réfléchir à l’impact des technologies sur nos vies. Tellement de zombies qui marchent accrochés à leur téléphone, tellement de têtes penchées sur leur portable dans les cafés. C’est presque troublant de voir la ville si belle, ignorée par des hordes indifférentes de badauds technologiques assoiffés de nouvelles fraîches et de divertissement, asservis au travail dans les lieux publics, et probablement dans les moindres replis de leur intimité. Je fais partie de ces consommateurs de technologie, et je vis en plein paradoxe, mais je pense que notre dépendance à la technologie est sournoise en bien des points, et qu’elle nous déconnecte trop souvent de l’essentiel, la vie. Pour parfaire le paradoxe, j’ai pris la note rebelle en photo et je l’ai postée sur Instagram.

Tout ce temps brûlé, consummé, envolé, à flairer le vide et l’air du temps… me trouble. Pour revenir à un ton plus personnel, d’un côté, je me sens incroyablement heureuse et bien, probablement une des période de ma vie avec le plus bas taux de stress, sérieusement. Ma situation ‘d’épouse à la maison’, forcée par mon status de résidente américaine sans permis de travail, m’impose un rythme où je vois la vie et les saisons se dérouler. C’est fort agréable, je dois l’avouer. Je fais toutes ces choses remises à la semaine des 4 jeudis (c’est maintenant pour moi). Mais en même temps, je suis tiraillée par une forte impression de perdre un temps où je pourrais être beaucoup plus créative et productive, à faire des projets croncrets, à tisser des liens professionnels, à rencontrer des gens en chair et en os dans le cadre de projets. Je dois m’imposer une discipline et tenter de reconstruire mon réseau de contacts, déracinée de mon Montréal depuis quelques mois. Pour l’instant, je flâne dans la ville et j’observe, et c’est un moment magique, le temps suspendu. C’est un temps beaucoup plus précieux que des heures passées à scruter un écran.

Je me demande si le temps qui passe a elimé mon désir de prendre part activement au monde, si ce temps qui passe et les désillusions de la réalité n’ont pas un peu affaibli ma fougue et ma rage de vivre. Je ne porte plus la même urgence, il faut bien l’admettre. Mais je suis beaucoup plus calme et sereine. À vouloir porter le monde sur ses épaules, on se fatigue, forcément. C’est bénéfique pour moi de flairer le vent sans arrière-pensée, de laisser le bon temps rouler puisque j’ai cette chance de vivre une période de grand bonheur. Mais je dois me remettre à construire. Renouer avec l’écriture de ce blogue me semble une très bonne idée.

Recette: sauce gombo végétarienne

Voici mon adaptation de la traditionnelle sauce gombo togolaise, qui se prépare normalement avec du poisson ou du poulet fumé. J’ai fait une version végétarienne délicieuse, je vous la partage.

  • 500g de gombo hachés en petites rondelles
  • 10g de gingembre rapé
  • 4 gousses d’ail écrasées
  • Une cuillèrée à thé de fumée liquide *(ou davantage, pour le fumet)
  • 1 gros oignon haché finement
  • Une carotte, hachée finement
  • Une cuilliérée à soupe de piment broyé (ou moins si vous le voulez pas trop piquant)
  • Une grosse tomate coupée en cubes fins
  • 2 grosses cuillièrées à soupe de pâte de tomate
  • Ail en poudre
  • Herbes de provence séchées (thym, oregano, marjolaine, basilic)
  • Un peu de sucre brun
  • Sel, poivre
  • 12 cl d’huile d’olive
  • Lanières vegan de seitan ou ‘faux poulet’ (italian vegan chik’in strips)

    Coriandre fraîche, au moment de servir
    Faites chauffer l’huile, frire les oignons et l’ail. Revenir les gombos (aussi appellés okras), les carottes et les tomates. Ajoutter le reste des ingrédients (le seitan en tout dernier). Ajoutter de l’eau bouilltante au besoin, pour obtenir la texture de sauce désirée (elle doit être un peu claire, elle va épaissir
     la cuisson). Laissez mijoter à feu doux pendant 40 min. Surveillez pour que ça ne colle pas!

    Servir sur un lit de riz brun. Comme accompagnement, une salade de concombres frais avec un peu de yogourt et des feuilles de menthe. L’équilibre est parfait entre la sauce gombo légérement épicée, et la douceur de la salade de concombre.

    Bon appétit!

    Mon histoire d’amour avec la couture

    J’ai amené ma machine à coudre avec moi en venant à San Francisco. Une grosse vieille machine italienne, lourde et un peu abîmée. Elle vient de mon arrière-grand-mère paternelle. J’y suis très attachée. Elle fonctionne à merveille. Encore à Montréal, je l’ai apprivoisée il y a deux ans pour faire des coussins avec grand plaisir. J’avais eu une expérience presque mystique (sans farce) en m’assoyant pour assembler les tissus et créer. Je découvrais le plaisir de coudre, de créer un assemblage, un mélange de plaisir artisanal, créatif et technique. C’est très méditatif, coudre. Il faut une pleine concentration, beaucoup de précision, de la patience. Mais l’intellect est au repos. Bref, l’expérience me fut si agréable, surtout à ce moment de ma vie où tout allait plutôt mal. Donc, quand nous avons décidé de venir vivre ici, j’avais déjà décidée que la machine à coudre de Grand-Mère Gélinas allait suivre. Ici, j’ai enfin le temps de faire toutes ces choses qu’on remet à demain. – Pour moi, aujourd’hui, c’est demain. Je suis en plein dans la perpétuelle semaine des quatre jeudis. –

    Donc, je me suis adonnée avec grand plaisir à plusieurs petits projets de couture. J’ai fait une housse de futon, des coussins, un cadeau de bébé pour une bonne amie qui est enceinte, et je viens de terminer ce soir mes cadeaux de Noël (je ne vous dit pas ce que c’est, car un cadeau, c’est secret). Et au fil de mon expérience de couture, j’ai tenté de comprendre d’où venais ce grand plaisir que je trouvais à coudre.

    Ma Marraine et Grand-Mère maternelle était couturière (je l’ai toujours appellée Marraine). Enseignante dans les années 1970, ma mère fut rapidement de retour au travail après ma naissance. Point de garderie si accessible à cette époque, donc Marraine s’occupa de moi jusqu’à mon entrée à la maternelle, et j’allais dîner chez elle tous les midis pendant tout mon primaire. J’ai donc grandit au son de la machine à coudre, et sous l’aile couveuse de cette femme aimante et protectrice. Entendre le doux ronron de ce moteur est encore aujourd’hui d’un grand réconfort pour moi. Comme une chanson enfouie très profondément en moi, un sentiment de sécurité et de bonheur. Je m’endormais parfois sur cette trame sonore rassurante (ce souvenir remonte à mes 3 ans, peut-être 4). Je me réveillais quand la machine arrêtait, car je savais qu’elle n’y était plus. Je me souviens clairement des heures passées à l’observer et à l’imiter. Fascinée, je la regardais mesurer les tissus avec son mètre toujours autour du cou, tailler les tissus d’une main experte avec un lame de son ciseau en biseau, coudre avec agilité, lire des patrons au papier jauni, à utiliser les aiguilles pour assembler les tissus avec son dé sur le bout du doigt, comme une bague spéciale de magicienne. Marraine faisait mes vêtements: salopettes, jupes, robes, pyjamas, chemisers, pantalons. Je me souviens des tissus; des motifs floraux, des tartans, des petits pois, du velour, du satin, des cotons.

    J’ai grandit dans un monde devenu bien technologique. Je suis devenue réalisatrice et monteuse. Mais j’éprouve un très grand plaisir à faire de la couture, similaire à mon plaisir à faire du montage. J’ai soudainement eu un éveil: la couture, c’est comme du montage! Même fonction d’assembler les pièces choisies avec minutie, de jouer avec des textures, des formes, des couleurs. Un sens esthétique doublé d’une maîtrise technique. Même soucis du détail, même importance de la maitrise des outils pour arriver à la création. Un artisanat pour construire ce qu’on imagine, ce qu’on rêve, ce qu’on offre aux autres.

    Les fauves (crise de la 40e?)

    La nuit dernière j’ai rêvé à trois fauves blessés enfermés dans une cage. La symbolique voudrait dire que j’ai besoin de recul pour observer ma vie… « Fauves: Signifie que vous devez prendre un point de vue plus large sur votre vie ».

    Je suis bien installée ici, dans notre nid Californien, à deux pas du Golden Gate Park de San Francisco. Nous avons maintenant quitté Montréal depuis quatre mois. Et je me suis donnée comme objectif de reprendre l’écriture plus sérieusement cette année, et de développer de nouveaux projets de vidéo et de création sur le web. Les projets vidéo que j’avais apportés avec moi sont maintenant terminés, livrés. Je pourrais me lancer à la recherche de contrats ici, mais je me force à faire le point (pas à cause du rêve, mais bon). Le temps passe, et les remises en question ne cessent pas, semble-t-il. Quelle est ma voie? Qu’est-ce qui est le plus important pour moi? Qu’est-ce que je veux accomplir? Dans quelle direction dois-je aller? J’entends une voix qui murmure encore faiblement, mais je sais que c’est elle que je dois écouter. Je dois foncer, être audacieuse et surtout disciplinée!

    On gaspille tellement d’énergie à penser à ce qui aurait pu être. J’observe le parcour des autres, et je les trouve inspirants. Mais c’est leur voie, et je dois trouver la mienne. J’ai souvent fait des projets vidéo à petite échelle, et cela me laisse l’impression que je n’ai rien accompli. Je me dis alors que je devrais changer de cap. Un chapelet de professions me traversent l’esprit, et je me questionne si je dois aller dans cette direction: massothérapie? enseigner le yoga? m’ouvrir un restaurant? une boutique? faire de la création d’objets à partir de matériaux recyclés? faire de la radio? travailler dans le milieu écologique? … je cherche ma place dans le monde, en mode profil bas. Je veux éviter le stress, la pression folle induite dans notre société de performance. Je me sens bien, mais j’ai l’impression d’avoir manqué ma ‘carrière’, ou de passer à côté de quelquechose. Comme si tout mon potentiel n’avait jamais vraiment été révélé. Je sens que j’ai tant à donner au monde…

    Je suis une bête étrange. J’ai toujours été solitaire dans mon travail, alors que je suis sociable à l’extrême dans la vie. J’aurais pu faire carrière dans des boîtes de multimédia ou en télévision, et je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas fait. Ce n’est pas arrivé, je ne l’ai pas cherché, trop occupée à autre chose. Mais aujourd’hui, je cherche encore ma place dans le monde. Depuis le début de mon parcour professionnel, j’ai eu de belles périodes prolifiques, des moments de ‘flow’ où je me sentais tout-à-fait à ma place. Mais ces moments sont en équilibre précaire dans mon chemin de pigiste, toujours funambule sur le fil de nouveaux projets. Des cycles de création qui s’étirent sur quelques mois ou quelques années mais qui se terminent relativement vite (par rapport à un travail dans une compagnie, par exemple). Je ne suis pas certaine d’avoir véritablement progressé…

    Paradoxale, vous dites? Je livre ici mes doutes, mais je cueille aujourd’hui le fruit de mon travail des derniers mois. Lundi à 21h sera diffusé à Télé-Québec (au Québec seulement) le documentaire From Montréal sur la scène musicale montréalaise que j’ai réalisé. Je suis vraiment fière de ce projet, un beau travail d’équipe. Je me suis follement amusée à faire ce projet, dans un contexte idéal. Mais réaliser du documentaire, ça vous tombe pas dessus tous les jours…