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L’automne, voir grandir ma fille

J’ai délaissé l’écriture depuis trop longtemps (oui, je le dis encore). Maman à temps plein, je nage dans le bonheur de voir ma petite grandir. Mais avec l’automne qui s’amène, vient une vague de nostalgie, une tristesse de voir l’été se finir. L’automne est arrivé avec mon désir assumé de rester à la maison avec ma puce. Après avoir visité quelques garderies cet été, j’ai pris une décision: je reste encore à la maison avec elle à la voir grandir, à l’aider à découvrir le monde. Ma carrière sur la glace, j’assume. En revenant des visites de garderie, j’avais les yeux dans l’eau et le coeur sérré. Pourquoi retourner au travail si nous pouvons nous permettre financièrement que je reste encore avec notre petite chérie? Je n’ai pas osé dire: je reste avec elle jusqu’à ce qu’elle rentre à la pré-maternelle, mais au fond de mon coeur c’est ce que je désire.

Donc j’ai décider de faire un programme d’activités pour la stimuler et aider à sa socialisation, même si elle ne va pas encore à la garderie à 22 mois. Groupe de jeu parent-enfant, cours de natation, de danse, de musique, visites à la bibliothèque, au parc. Chaque jour, elle réclame la lecture de livres et l’écoute de musique, il faut donc se ravitailler souvent à la bibliothèque. On s’y rends à pieds, poussette, en vélo, en autobus, selon l’humeur des jours. Nos balades sont agréables, parsemées de découvertes et de détour au parc. On observe les maisons, les oiseaux, les arbres, les insectes, les fleurs, les gens, les voitures, les vélos, les rues, les couleurs, les formes, la vie, quoi. Elle absorbe tout, curieuse et stimulée. Cette enfant est mon grand bonheur, la voir grandir me comble. Je suis une Maman koala qui pratique le maternage proximal, et ma fille s’en porte très bien. Elle est heureuse et forte, et nous aussi.

Nous avons eu un été formidable, profitant de chaque moment: baignade dans les piscines, les pataugeoires et les barboteuses, escapades au parc, visites d’amis, visites familiales, fin de semaines de camping, balades en ville, au Musée, tours de vélo, promenades. Je vois sa compréhension du monde se raffiner, son humour se développer, son langage et ses aptitudes motrices se développer, son caractère qui se forge, ses goûts, sa détermination et son indépendance, elle s’épanouit et devient une petite fille. Magie… tous les jours je remercie la vie pour ce petit miracle sur 2 pattes!

L’inévitable retour des choses (et des gens)

J’adore la Californie. C’est elle qui nous a donné la chance d’enfin avoir un enfant ensemble tout naturellement, mon homme et moi. Ce cadeau de vie est arrivé il y a 8 mois, notre petite fée, née entre les montagnes de la baie de San Francisco, un matin de lumière rose éclatante qui brûlait la brume de la mer. Pour sombrer dans le plus sucrés des clichés, ma vie n’a plus jamais été la même depuis. C’est un euphémisme: mon coeur veut exploser d’amour à chaque jour, chaque heure, chaque seconde. C’est une bénédiction que d’avoir cette enfant, une joie pure, un plaisir fou à la voir grandir, apprendre, explorer, se développer. Tout ça décuplé, car vécu avec mon Grand Amour.

C’est à cause de lui si nous avons choisi San Francisco pour notre vie Californienne. Comme vous savez, mon homme est venu y travailler, je l’ai suivi, trop contente de pouvoir vivre ‘ailleurs’. J’ai toujours aimé les voyages, et vivre hors Québec a toujours été pour moi un enrichissement et une chance à ne pas manquer. J’ai eu la chance de vivre en Europe il y a 15 ans, et je savais qu’un jour je quitterai à nouveau le Québec. J’étais partie pour deux ans en 1999, et nous sommes ici depuis deux ans. Il semble que ce cycle est la limite de ce qui me ramène à Montréal.

Je vis en ce moment des sentiments mélangés, mixed feelings, comme disent les anglais… Car nous rentrons au bercail à l’automne, juste avant le premier anniversaire de notre petite. Une occasion trop belle pour la laisser filer, Sylvain arrive là où voulait être professionnellement. Une proposition qui ne se refuse pas. Après le nécessaire saut en Californie pour ces deux merveilleuses années, c’est l’inévitable retour vers Montréal, pour les mêmes bonnes raisons. Nous savions que la Californie était une parenthèse de vie, car nos grands étaient restés là-bas, dans nos terres de neige et de froid, dans nos terres de canicules et d’orage. La petite arrivée, il était important pour nous de réunir la famille, notre petite et notre grande famille. Nous rentrons donc à Montréal pour l’automne, c’est bien vrai. Je suis un mélange de joie et de tristesse, tellement heureuse de voir notre famille réunie à nouveau, de me rapprocher des amis, de permettre à notre fille de grandir sur la terre de ses racines. Mais je suis aussi tellement triste de quitter la Californie, son soleil, ses gens easy goign, les rues et les maisons de San Francisco, les quartiers de Inner Sunset et de Cole Valley, la bouffe bio en abondance, les arbres et la verdure partout, le Golden Gate Park avec ses fleurs et ses grands arbres, la mer glacée, la côte sauvage, mon jardin-qui-donne-des-légumes-toute-l’année, l’excentricité de la ville et des gens, leur ouverture, le yoga de San Francisco, ma vie et mes amis d’ici, et même la brume. Oui, même la brume.  – Pour toujours, je vais laisser une racine d’amour qui a poussé à San Francisco, et inévitablement y revenir le plus souvent possible. –

Le mouvement de retour est tellement différent pour mon homme et pour moi, mais c’est un même mouvement, comme la voix et la musique d’une même chanson. On est toujours synchro, même si nos partitions sont différentes… Moi (comblée, dois-je dire) dans le rôle de Maman à la maison, lui à plein dans son élan de carrière, en feu. Même sans me sentir second violon, je me demande quelle sera ma route, professionnelle, on s’entends. Ici j’ai pu prendre du recul, dont j’avais pleinement besoin, je dois dire. J’ai beaucoup réfléchi à mon chemin, me demandant si je devais changer de route. Ici, j’ai presque tout mis sur la glace, ma caméra, mon ordi, mes cahiers d’écriture, je me suis donnée le droit de vivre un vrai temps d’arrêt, sans culpabilité aucune. Seulement ma tête qui voguait, remplie de bonheur, de rêves, de projets potentiels, de livres à écrire. J’ai pris une pause de tout, mais une pause pleine de vie, à créer la vie. Ma pause Californienne. Mais maintenant je rentre à Montréal, nous rentrons à la maison. Je ne vais pas reprendre la même route, mais un chemin différent, avec ma fée à mes côtés. Une chose est sûre, je veux prendre le temps là-bas à Montréal, comme je l’ai fait ici à San Francisco.

Mon premier objectif va être de reconstruire un nouveau nid propice à tous les possibles. On cherche sur l’Île. Si vous avec des pistes…

Un Gémeau pour ‘From Montréal’

Hier le documentaire ‘From Montréal’ que j’ai réalisé l’an dernier a remporté un Gémeau, prix de la télévision Québécoise. Gémeau du meilleur documentaire culturel de l’année. Je suis tellement fière! Tout cela me semble malgrès tout irréel, car je suis loin et je n’ai pas pu assister à la soirée ni prendre le fameux prix dans mes mains (encore). À un mois de mon accouchement, enceinte jusqu’aux yeux, comme on dit, je ne pouvais même pas prendre l’avion pour quitter San Francisco et aller vers Montréal cueillir le prix avec l’équipe du film. Mais je flotte quand même, pour ces deux raisons. Tant d’années de travail derrière la cravate, et tant d’années à me battre pour réussir à avoir un enfant. Le parallèle est facile à faire, et c’est sans me battre que les deux choses m’arrivent en même temps: la reconnaissance de mon travail de réalisatrice, et la réalité de la maternité. Tout cela avant le son de cloche de mes 40 chandelles l’an prochain. Je suis heureuse, comblée.

Étrange, comme tout cela me semble lointain. Je vois bien que mon ventre bouge, tout est prêt pour l’arrivée de la petite, mais je n’arrive pas vraiment à y croire. C’est comme pour le prix Gémeau, j’imagine qu’il faudra que je l’ai dans les mains pour me rendre compte que c’est bien vrai. Ah la vie, dites donc, elle en a des détours. Si 2010 fut une année difficile, avec son lot de deuils, d’échecs et de difficultés, disons que 2013 rachète tout. Donc, pour ceux qui trouvent que je tartine mon bonheur un peu trop épais, soyez patients, la roue de la chance tourne toujours, et ce qui aujourd’hui vous semble un jour sombre deviendra autre chose avec une bonne dose de patience et de persévérance. Faut seulement passer à travers, et autre chose vous attends au détour… promis!

Notre petite fille

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Nous attendons une fille. Ma joie est sans limites. J’ai l’impression de vivre un rêve. Après toutes ces années d’attente, nous allons enfin avoir un enfant. Nous vivons dans un monde tourmenté et difficile mais je vis le moment présent et l’arrivée de notre enfant empli mon coeur d’une joie difficile à décrire. Je viens d’une famille très aimante et affectueuse, et d’une lignée de femmes qui débordent d’amour. Ma mère et ma grand-mère maternelle ont été pour moi des fontaines d’amour maternel. C’est très fort pour moi au moment où je m’aprête à donner la vie à une petite fille à mon tour. J’ai l’impression d’une continuité, et je vais redonner tout cet amour à mon petit trésor qui va naître en octobre.

 

Donner la vie au naturel

Tout le monde fait des choix. Dans la grossesse et l’accouchement aussi. Et ceux qui me connaissent ne seront pas surpris de savoir que j’ai choisi d’avoir un accouchement totalement naturel, avec le moins d’interventions possible dans un hôpital avec des sages-femmes et une doula. Voici comment et pourquoi.

Nous vivons dans un monde sur-médicalisé et où la naissance d’un enfant est trop souvent conçu comme un acte médical. Dans les cas de problèmes, moins de 10% des accouchements, la médecine moderne fait des miracles devant lesquels je m’incline et que je respecte grandement. Mais pour la majorité des naissances, tout se déroule bien et il n’y a aucune raison de traiter l’accouchement comme une maladie. Libre choix à la mère de faire usage de péridurale ou d’analgésiques, mais je pense que l’information sur les risques de tels choix n’est pas assez diffusée, et surtout sur les énormes bébéfices de l’accouchement naturel. Les avantages sont nombreux pour la santé du bébé, et aussi pour la santé de la mère. Le bébé est affecté par les interventions médicales, et plusieurs pistes permettent d’avoir un accouchement naturel plus facile et plus rapide (l’épidurale ralenti le travail, ce qui oblige à utiliser d’autres drogues pour la poursuite l’accouchement, qui parfois se transforme en césarienne à cause de ces raisons). Le taux de césariennes monte en flèche dans plusieurs pays, et c’est surtout la diffusion d’une meilleure information qui permettrait de diminuer ces taux. Je dois vous dire qu’avant de commencer à m’informer sur le sujet, j’étais ouverte à l’idée d’avoir une péridurale. Maintenant que je me suis préparée et informée, je vais tout faire en mon pouvoir pour n’avoir aucune intervention.

Comme de très nombreuses femmes, depuis que je suis enceinte, je me prépare. Je fais du yoga à Yoga Tree avec Jane Austin et Britt Fohrman, je fais de l’aquaforme prénatal. Le yoga prénatal est fantastique car il donne de véritables outils, sur la respiration, sur les positions à adopter pour le travail et pour l’accouchement. Puis je fais des lectures; mon amie Charlotte du Transition Bus m’a donné un cadeau qui fut une révélation lors de son passage à San Francisco. Elle m’a donné le livre Childbirth preparation de Ina May. Si la grossesse vous intéresse, si vous songez à devenir mère un jour, lisez ce livre! Ce fut pour moi un moment clef. Et il se trouve qu’Ina May vient de San Francisco, même si elle pratique maintenant son métier de sage-femme au Tenesse à The Farm (qu’elle a fondé) depuis plus de 20 ans. Quand nous avons décidé de prendre un cours pré-natal, nous sommes allés vers Natural Ressources, un centre communautaire de San Francisco. Comme le centre est orienté vers les accouchements naturels, c’était normal que les cours soient basés sur les enseignements d’Ina May. Mais je suis enchantée. Tout ce que j’apprends résonne en moi, rejoint ma conception de la vie et mes convictions profondes. L’accouchement est un acte naturel et beau, un passage incroyable, pour la mère et le bébé. Il y a quelquechose de sacré pour moi dans ce moment, et une grande conscience de la vie, à vif, dans toute son intensité. Je ne pense pas que c’est facile ou sans douleur, loin de là. Mais j’ai envie de tenter de le vivre pleinement, et de la façon là plus saine possible, en faisant les choix qui selon moi s’imposent pour ma santé et celle de mon enfant.

Nous avons décidé de prendre une doula, une accompagnante à la naissance, pour aider à l’accouchement, avant et après. Le fait de prendre une doula réduit grandement les risques de césarienne et de complications. Simplement car le tavail de la doula est de nous accompagner, de nous rassurer, de nous donner des techniques pour gérer la douleur et pour aider notre partenaire à nous aider. J’ai rencontré Shannon Padlog, et elle est bien contente d’avoir une cliente qui veut faire un accouchement naturel et dans la joie! Je fais tout pour me préparer le mieux possible à accoucher sans épidurale, sans épisiotomie, sans pitocin, et avec des interventions minimales. Je veux pouvoir bouger à ma guise, avoir mon partenaire auprès de moi pour me masser et m’aider lors des contractions (rebatisés ‘rushes’ par Ina May) grâce au Rebonzo et à la méthode Bonapace. Je veux demander plus de temps si on me suggère l’oxytocin, et donner une chance aux méthodes naturelles qui produisent de l’oxytocin: soit embrasser son partenaire et utiliser la stimulation des seins. Je compte utiliser la visualisation et les chants, ou la musique pour m’aider à me laisser aller pendant le travail. Je veux pousser par moi-même, dans la position de mon choix, et pas sous la dictée de ma sage-femme. Dans tous les cours et tous les livres, on nous répète que la position d’accouchement naturel n’est pas sur le dos, mais à quatre pattes, sur le côté, en petit bonhomme. Ces positions favorisent la sortie du bébé par la gravité. On a adopté la position sur le dos il y a quelques centaines d’années, car c’est la meilleure position pour le médecin, pas pour la femme!

J’aimerais prendre mon bébé quand il sort, ou que mon partenaire le fasse si il en ressent l’envie. Une fois notre trésor sorti, je veux que mon bébé reste avec moi, tout contre ma peau, tout de suite après sa naissance. On ne veut pas couper le cordon immédiatement, mais bien attendre au moins 30 minutes (si possible), car cela présente plusieurs bénéfices prouvés scientifiquement pour la santé du bébé: il a le temps de faire le bon équilibre de sang dans son corps, car encore attaché avec le placenta. Je veux allaiter tout de suite, car cela aide à faire sortir le placenta. L’allaitement donne des contractions naturelles. C’est le secret des mères qui allaitent et qui retrouvent rapidement leurs formes. Je vais peut-être en choquer quelques uns, mais je veux qu’on récupére mon cordon pour en faire des capsules. La prise de ces capsules aide à la période post-partum, donne énergie et nutriments à la mère. Comme disait mon amie Annie: nous sommes les seuls mammifères à ne pas manger notre placenta après la naissance du bébé! Mais bon, je n’irais pas jusqu’à faire une bolognaise de mon placenta. Dans mon cahier de préparation à la naissance, on trouvait une liste de recettes à faire avec le placenta. Sans blagues. Je n’irais pas juste là, calmez-vous.

Je sais que tout cela est un plan idéal, et que tout peut survenir. Mais ces outils me donnent une ligne directrice, une tangente. Je sais. Je connais mes options. Je me sens prête. Et j’ai très hâte.

note: je sais bien qu’un tel billet va faire réagir des mères. Je respecte vos choix, et je ne vous juge pas! Et chacune a son histoire, avec ses plans idéaux qui ne se sont pas déroulés comme prévu. Je sais. Mais pour l’instant, je garde le cap et je vise un accouchement naturel. On verra bien. Je suis sereine, confiante. C’est le principal…

100% bio (je vais être Maman)

Je vais être Maman. En octobre prochain naîtra notre bébé. Tant attendu. Tant espéré. Joie. Bonheur. Sérénité, enfin. C’est tout naturellement, sans in-vitro, sans hormones, sans hopitaux, et surtout sans stress et dans notre nid californien que fut conçu notre enfant. Après cinq ans d’attente, trois ans et demi après un diagnostic ‘d’infertilité’, quelques in-vitros dont une fausse-couche, c’est un bébé 100% bio que nous avons fait! À 38 ans, je suis enfin enceinte.

Si nous avons réussi, c’est à cause d’un ensemble d’éléments que nous avons rassemblés. Je pense beaucoup que je dois une fière chandelle à mon acuponcteur, Dr Dave Liu. Semaine après semaine, je suis allée le voir tout l’automne dans son petit bureau du quartier Inner Sunset à San Francisco, en pédalant les côtes de San Francisco et son air salin embrumé. Il était très confiant: « You can be pregnant in 3 months, in December… maybe January ». J’ai ris. Pas de lui, mais de sa confiance, moi qui avait tout essayé depuis des années au Québec avec la très réputée acuponctrice en fertilité Aina Zang, mais aussi avec une armée de docteurs, de piqures d’hormones en quantitées assomantes, et des appareils médicaux à la fine pointe de la technologie. Suffisait de la pointe des aiguilles du Dr Lui? Je ne saurais dire, mais j’ai vu ma santé s’améliorer, probablement aussi grâce aux horribles tisanes chinoises aux odeurs étranges et au goût amer que j’ai du avaler pendant des mois. Nous avons réussi grâce à l’air de San Francisco, zéro stress, une attitude positive avec un mélange de résignation où nous avions complètement accepté la possibilité de ne jamais avoir d’enfant naturellement, et l’espoir que c’était toujours possible. Et avec beaucoup de plaisir et d’amour. Une très bonne recette pour faire un enfant.

Mon histoire d’amour avec la couture

J’ai amené ma machine à coudre avec moi en venant à San Francisco. Une grosse vieille machine italienne, lourde et un peu abîmée. Elle vient de mon arrière-grand-mère paternelle. J’y suis très attachée. Elle fonctionne à merveille. Encore à Montréal, je l’ai apprivoisée il y a deux ans pour faire des coussins avec grand plaisir. J’avais eu une expérience presque mystique (sans farce) en m’assoyant pour assembler les tissus et créer. Je découvrais le plaisir de coudre, de créer un assemblage, un mélange de plaisir artisanal, créatif et technique. C’est très méditatif, coudre. Il faut une pleine concentration, beaucoup de précision, de la patience. Mais l’intellect est au repos. Bref, l’expérience me fut si agréable, surtout à ce moment de ma vie où tout allait plutôt mal. Donc, quand nous avons décidé de venir vivre ici, j’avais déjà décidée que la machine à coudre de Grand-Mère Gélinas allait suivre. Ici, j’ai enfin le temps de faire toutes ces choses qu’on remet à demain. – Pour moi, aujourd’hui, c’est demain. Je suis en plein dans la perpétuelle semaine des quatre jeudis. –

Donc, je me suis adonnée avec grand plaisir à plusieurs petits projets de couture. J’ai fait une housse de futon, des coussins, un cadeau de bébé pour une bonne amie qui est enceinte, et je viens de terminer ce soir mes cadeaux de Noël (je ne vous dit pas ce que c’est, car un cadeau, c’est secret). Et au fil de mon expérience de couture, j’ai tenté de comprendre d’où venais ce grand plaisir que je trouvais à coudre.

Ma Marraine et Grand-Mère maternelle était couturière (je l’ai toujours appellée Marraine). Enseignante dans les années 1970, ma mère fut rapidement de retour au travail après ma naissance. Point de garderie si accessible à cette époque, donc Marraine s’occupa de moi jusqu’à mon entrée à la maternelle, et j’allais dîner chez elle tous les midis pendant tout mon primaire. J’ai donc grandit au son de la machine à coudre, et sous l’aile couveuse de cette femme aimante et protectrice. Entendre le doux ronron de ce moteur est encore aujourd’hui d’un grand réconfort pour moi. Comme une chanson enfouie très profondément en moi, un sentiment de sécurité et de bonheur. Je m’endormais parfois sur cette trame sonore rassurante (ce souvenir remonte à mes 3 ans, peut-être 4). Je me réveillais quand la machine arrêtait, car je savais qu’elle n’y était plus. Je me souviens clairement des heures passées à l’observer et à l’imiter. Fascinée, je la regardais mesurer les tissus avec son mètre toujours autour du cou, tailler les tissus d’une main experte avec un lame de son ciseau en biseau, coudre avec agilité, lire des patrons au papier jauni, à utiliser les aiguilles pour assembler les tissus avec son dé sur le bout du doigt, comme une bague spéciale de magicienne. Marraine faisait mes vêtements: salopettes, jupes, robes, pyjamas, chemisers, pantalons. Je me souviens des tissus; des motifs floraux, des tartans, des petits pois, du velour, du satin, des cotons.

J’ai grandit dans un monde devenu bien technologique. Je suis devenue réalisatrice et monteuse. Mais j’éprouve un très grand plaisir à faire de la couture, similaire à mon plaisir à faire du montage. J’ai soudainement eu un éveil: la couture, c’est comme du montage! Même fonction d’assembler les pièces choisies avec minutie, de jouer avec des textures, des formes, des couleurs. Un sens esthétique doublé d’une maîtrise technique. Même soucis du détail, même importance de la maitrise des outils pour arriver à la création. Un artisanat pour construire ce qu’on imagine, ce qu’on rêve, ce qu’on offre aux autres.

Les fauves (crise de la 40e?)

La nuit dernière j’ai rêvé à trois fauves blessés enfermés dans une cage. La symbolique voudrait dire que j’ai besoin de recul pour observer ma vie… « Fauves: Signifie que vous devez prendre un point de vue plus large sur votre vie ».

Je suis bien installée ici, dans notre nid Californien, à deux pas du Golden Gate Park de San Francisco. Nous avons maintenant quitté Montréal depuis quatre mois. Et je me suis donnée comme objectif de reprendre l’écriture plus sérieusement cette année, et de développer de nouveaux projets de vidéo et de création sur le web. Les projets vidéo que j’avais apportés avec moi sont maintenant terminés, livrés. Je pourrais me lancer à la recherche de contrats ici, mais je me force à faire le point (pas à cause du rêve, mais bon). Le temps passe, et les remises en question ne cessent pas, semble-t-il. Quelle est ma voie? Qu’est-ce qui est le plus important pour moi? Qu’est-ce que je veux accomplir? Dans quelle direction dois-je aller? J’entends une voix qui murmure encore faiblement, mais je sais que c’est elle que je dois écouter. Je dois foncer, être audacieuse et surtout disciplinée!

On gaspille tellement d’énergie à penser à ce qui aurait pu être. J’observe le parcour des autres, et je les trouve inspirants. Mais c’est leur voie, et je dois trouver la mienne. J’ai souvent fait des projets vidéo à petite échelle, et cela me laisse l’impression que je n’ai rien accompli. Je me dis alors que je devrais changer de cap. Un chapelet de professions me traversent l’esprit, et je me questionne si je dois aller dans cette direction: massothérapie? enseigner le yoga? m’ouvrir un restaurant? une boutique? faire de la création d’objets à partir de matériaux recyclés? faire de la radio? travailler dans le milieu écologique? … je cherche ma place dans le monde, en mode profil bas. Je veux éviter le stress, la pression folle induite dans notre société de performance. Je me sens bien, mais j’ai l’impression d’avoir manqué ma ‘carrière’, ou de passer à côté de quelquechose. Comme si tout mon potentiel n’avait jamais vraiment été révélé. Je sens que j’ai tant à donner au monde…

Je suis une bête étrange. J’ai toujours été solitaire dans mon travail, alors que je suis sociable à l’extrême dans la vie. J’aurais pu faire carrière dans des boîtes de multimédia ou en télévision, et je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas fait. Ce n’est pas arrivé, je ne l’ai pas cherché, trop occupée à autre chose. Mais aujourd’hui, je cherche encore ma place dans le monde. Depuis le début de mon parcour professionnel, j’ai eu de belles périodes prolifiques, des moments de ‘flow’ où je me sentais tout-à-fait à ma place. Mais ces moments sont en équilibre précaire dans mon chemin de pigiste, toujours funambule sur le fil de nouveaux projets. Des cycles de création qui s’étirent sur quelques mois ou quelques années mais qui se terminent relativement vite (par rapport à un travail dans une compagnie, par exemple). Je ne suis pas certaine d’avoir véritablement progressé…

Paradoxale, vous dites? Je livre ici mes doutes, mais je cueille aujourd’hui le fruit de mon travail des derniers mois. Lundi à 21h sera diffusé à Télé-Québec (au Québec seulement) le documentaire From Montréal sur la scène musicale montréalaise que j’ai réalisé. Je suis vraiment fière de ce projet, un beau travail d’équipe. Je me suis follement amusée à faire ce projet, dans un contexte idéal. Mais réaliser du documentaire, ça vous tombe pas dessus tous les jours…

Finir la bouteille

Aujourd’hui j’ai terminé la grosse bouteille… de vitamines pré-natales! Je prends ces vitamines depuis des années, avec le plan de tomber enceinte… éventuellement. La date d’expiration de mes multi-vitamines roses, avec une (absurde) grosse face de bébé sur le pot? Juillet 2010! Ceci donne une perspective sur le temps qui passe. Par les réseaux sociaux, je vois s’agrandir des familles et je vois grandir des bébés qui sont maintenant des petits enfants. Je me rappelle très bien l’annonce de ces ‘enfants à venir’ par la future maman. Je m’en souviens car je me suis dit à l’époque ‘ça pourrait être moi’. Je n’y pense même plus. J’ai une belle vie, tranquille et sans enfants à moi. Je suis sereine et heureuse. Ce serait une belle nouvelle que cela nous arrive ‘naturellement’, bien sûr. Nous prenons la vie comme elle vient. N’empêche que ça fait drôle, des couples qui se sont formés après nous ont des enfants, des couples sans enfants ont des familles nombreuses, des femmes dans la quarantaine ont réussi leur projet d’avoir un enfant. Et nous… rien n’a changé! Ah oui quand même, on a décidé de profiter de notre souplesse d’action pour quitter Montréal pour San Francisco.

Changement de cap

Nous avons décidé de laisser de côté tous traitements ‘in vitro’, après une fausse couche et deux échecs de transfers d’embryon. Pour ceux qui décident de tenter leur chance dans la quête de la maternité pour les couples ‘infertiles’, je vous souhaite bonne chance, une bonne dose de courage (et beaucoup de temps à attendre; dans les corridors d’hôpitaux; attendre que le corps soit prêt; attendre que les traitements agissent; puis attendre les appels téléphoniques pour les angoissants résultats). J’opte en ce moment pour une approche naturelle, une attitude positive et une ouverture à ce qui se présente. Pas d’enfants, c’est la vie. Si un enfant arrive, ce sera la vie. L’important est d’être bien. C’est fou la pression qu’on peut se mettre pour obtenir quelquechose. Avec un peu de perspective, je me rends compte que c’est un peu malsain tout ce processus.

Acupuncture et fertilité

J’ai opté pendant longtemps pour une approche combinée, en faisant des traitements d’acupuncture tout en faisant mes traitements d’in-vitro. Les résultats de bien-être se sont fait rapidement sentir grâce à l’acupuncture, où on se préoccupe de la santé générale de la patiente, de son aptitude à porter la vie. On questionne et on régule tout: le sommeil, le moral, l’irritabilité, l’appétit, le niveau d’énergie (vous sentez-vous fatiguée?), la digestion, les divers problèmes de santé et les troubles menstruels. J’ai toujours eu des douleurs menstruelles qui m’empêchaient de fonctionner quelques jours par mois. L’acupuncture m’aide depuis des années à contrôler ces problèmes. J’ai suivi près de deux ans de traitements au Québec avec Aina Zhan, la médecin-acupunctrice qui a traité Céline Dion et Julie Snyder lors de leurs processus avec l’in-vitro. Ici en Californie, je poursuis uniquement des traitements d’acupuncture avec le Dr Lui, avec des herbes traditionnelles chinoises.

Des preuves?

Je sais maintenant que mes traitements de médecine chinoise m’ont grandement aidée à améliorer mon état de fertilité potentielle grâce à des tests sanguins. En 2010, au moment où j’ai appris mon ‘problème’ de fertilité, on a posé le dagnostic grâce à un test sur le niveau homonal. Mon niveau de FSH était alors de 12 (FSH: hormone responsable de la production des follicules, qui deviennent les ovules), alors que la moyenne doit se situer sous 10. Un niveau trop élevé signifie que le corps compense pour tenter de combler le manque de follicules. Quelle ne fut pas ma surprise il y a quelques semaines, lorsque j’ai refait ces tests deux ans plus tard… mon résultat de niveau de FSH est de 5,9! Mes autres niveau hormonaux aussi ont changés et sont revenus à la normale. C’est un très bon résultat, qui signifie que je peux tomber enceinte… en principe. Seul le temps le dira. En attendant, je profite de la vie… et de la Californie!

Interpréter les signes

Je reviens d’une semaine de repos avec mon amoureux à Barcelone. Pause mérité après un automne intense où j’ai retrouvé le goût du travail, avec passion. Après une année difficile l’an dernier, nous avons décidé de prendre une pause d’in-vitro. Cette semaine à Barcelone nous a donné l’occasion de penser un peu à notre projet d’avoir un enfant. Nous aimons bien cette période sans soucis, et je n’ai pas encore envie de reprendre les cycles d’in-vitro, si éprouvants. J’ai retrouvé une vie active et heureuse où je me consacre entièrement à mon travail et mes implications, sans brûler de l’énergie à vide sur des espoirs et des déceptions -et la douleur physique- causés par les aléats des tentatives de fécondation in-vitro. Savourer son bonheur quotidien à partager la vie avec l’homme que j’aime, à faire des projets stimulants et rêver à de nouveaux projets, tout cela me ressemble. Je n’ai aucune envie pour l’instant de forcer les choses pour avoir un enfant. Si cela arriverait naturellement, je prendrais le cadeau et j’adapterais ma vie. Mais si cela n’arrive pas, c’est comme ça, et c’est très bien ainsi.

Nous avons été au Monastère de Monserrat, dans les montagnes tout près de Barcelone. Bien que l’endroit fut touristique et trop achalandé, nous avons trouvé un endroit tranquille dans une petite chapelle où nous avons pu nous recueillir. J’avais besoin de me centrer, de faire le point en moi et autours, dans ma vie où la spiritualité prends moins de place qu’elle n’en a déjà eu. Assise dans cette chapelle silencieuse, j’ai demandé à avoir un signe de ce que je devais faire par rapport à mon projet d’enfant. Je suis comme ça, intuitive et ésotérique. J’assume.

Au retour de Monserrat, notre train a été stoppé à une gare d’un village espagnol pendant une heure car un homme dans le train s’est effondré. Il gisait sur le sol, victime d’un malaise. Il aurait eu un malaise cardiaque, et en tombant il s’est heurté la tête. Les secours devaient prendre le temps d’évaluer la situation avant de le déplacer. Tout s’est fait dans le calme, on a sorti l’homme du train sur une civière une heure plus tard, et nettoyé le sang dans le wagon tout près du nôtre. C’est une situation banale -pour nous du moins- qui ne nous retardait pas, car nous n’étions attendu nulle part. J’étais surtout émue car une femme pleurait. Et parce que je ne parle pas Catalan, je ne pouvais la réconforter comme j’aurais voulu le faire. Une jeune fille est venue lui parler pour la calmer. Je ne sais pas ce qu’il est advenu de cet homme, mais il s’en est tiré sans grand mal.

Je n’aurais pas vraiment porté attention à cet événement si la situation ne s’était pas répétée de lendemain, variante du même scénario joué par un autre acteur. Nous étions en transit depuis Barcelone, dans l’avion à Londres qui nous ramenait à Montréal. Juste avant le décolage, un jeune homme s’est effondré à l’arrière de l’avion, victime d’un malaise cardiaque. L’avion n’a pu décoler avant une heure et demie, car les secours sont venus évaluer la situation. Je voyais ses pieds qui dépassaient sous le rideau à quelques sièges de moi, sans voir son visage. Exactement comme l’homme du train, où j’avais seulement pu voir ses pieds allongés sur le sol. En voyant cet homme pris d’un malaise, qui nous immobilisait encore une fois, m’empêchant d’aller de l’avant, je me suis soudainement souvenu que j’avais demandé un signe. Voilà qu’on m’en servait deux, pour qui veut croire en ces égarements ésotétiques. Le jeune homme s’est senti mieux, et ne voulait pas quitter l’avion, malgrés l’ordre des médecins qui refusaient qu’il reste à bord pour sa propre sécurité. On a dû faire venir la police pour l’expulser vers un hôpital.

Je suis restée dubitative devant ces événements. Comment dois-je les interpréter? Je joue à JoJo Savard: avoir un enfant serait un fardeau pour moi, cela m’apporterait des problèmes de santé et m’immobiliserait dans ma vie? Ou puis-je trouver une piste positive d’interprétation à ces lugubres avertissements?