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Laisser partir Ernestine

Ernestine était une femme courageuse, d’une grande douceur et d’une infinie gentillesse, mais avec dotée d’une détermination qui fut une arme pour passer à travers les épreuves de la vie. Née à Philippeville en Belgique en 1921, d’un père militaire, elle a eu la chance d’avoir une bonne éducation comme pensionnaire ‘fille de miliaire’. Elle y a vécu sept belles années, où elle appris à écrire en français d’une belle écriture soignée et artistique, elle y a appris la cuisine, l’art ménager et comment bien tenir un budget, la couture (plus tard, elle apportera de l’argent au ménage en faisant des travaux de couture, de vêtements pour enfants), elle aura aussi appris le dessin au pastel au pensionnat, – art qu’elle pratiquera toute sa vie, elle nous laisse une impressionnante collection de dessins de nature morte aux douces couleurs -. Elle nous racontait parfois des épisodes de cette vie de pensionnaire, où elle écoutait en cachette des disques de Tino Rossi en faisant de la couture. Je pense que ces dernières années en résidence lui ont probablement rappellées la période du pensionnat du début de sa vie.

Toute jeune femme, elle a vécu la 2e guerre mondiale depuis sa Belgique natale. Elle avait un peu enfoui la terreur de la guerre en elle, résignée. Elle me racontait souvent que son père Ernest avait entendu à la radio, la nuit, l’entrée en guerre de la Belgique. Il avait alors annoncé d’une voix blanche: ‘C’est la guerre les enfants, rendormez-vous’. Elle se souvenait aussi clairement du clocher de la Collégiale, l’église de Nivelle, abattu par les Allemands. Elle me disait souvent avec fierté: ‘on a jamais eu faim pendant la guerre, Maman (Adèle) marchait tous les jours des kilomètres à pieds pour aller nous chercher à manger, et nous avons mangé tout l’argent du café de mes parents pendant la guerre. (ses parents avaient un café à Nivelle)’ Des années de peur et d’angoisse, surement, qu’elle su masquer par une grande joie de vivre et un rire cristallin. Chacun sa défense, et Ernestine s’est réfugiée dans l’amour et la beauté des fleurs.

Elle a rencontré son grand amour, Ferdinand, pendant la guerre. Un pari sur la rue ou dans le tram, mon grand-père est venu l’aborder. Ce fut le coup de foudre, l’amour fou. Quand on regarde des photos de l’époque, on comprends, ils étaient si beaux tous les deux… Ils se sont mariés en 44, avec des alliances de fer blanc vu les conditions difficiles de l’époque. Ernestine a donné naissance à deux enfants les premières années de mariage: Jean-Claude et Myriam. C’est en 1952 que la petite famille prend la route du Canada, pour y trouver des meilleures conditions de vie. Mon Grand-Père espère alors avoir une ferme, peut-être en Alberta. Ils arrêteront leur route au Québec à Saint-Joseph de la Rive, déjà bien loin de la Belgique natale et de la famille d’Ernestine.

Elle ne l’aura jamais dit car elle ne se plaignait jamais, mais l’immigration fut sans doute très difficile pour Ernestine. Loin de sa famille et des amis, c’est la rigueur de l’hiver, la glace et la neige, qui furent la plus grande épreuve. Mais Ernestine savait que la qualité de vie et les conditions de travail au Canada n’auraient pas d’égal en Belgique. Mon grand-père a trouvé une bonne situation à l’usine CIL de McMasterville, et ils ont pu s’achetter une jolie maison avec des arbres, un potager et de grands pareterres de fleurs, rue Sirois. Elle était très fière de cela. Mais c’est surtout l’arrivé de la petite Nicole en 1954 qui allait amener une grande vague de joie à Ernestine. Elle adorait les bébés, les enfants. Elle m’a d’ailleurs ensuite littéralement couverte d’amour, moi son unique petite-fille.

Ernestine a eu une belle vie, et elle savait la savourer. Elle aimait rire, et son Pilou ne cessait de la taquiner. Elle adorait ses petits tours, ses jeux de mots, ses chatouilles, ses calins en rigolant. Mon grand-père ne pouvait pas quitter une pièce sans qu’elle réclame d’un ton faussement autoritaire, haut et fort (de fille de Militaire): ‘mon bec!’. Bonne cuisinière, elle a partagé cette passion et cette belle gourmandise. Sans faire d’excès, elle aimait les bons petits plats, les bons vins et les bonnes bières, les repas en famille. Ma mère me racontait que lorsqu’elle était petite, sa Maman amenait la friteuse en camping à la mer, où ils partaient en vélo! Ernestine a eu tellement de beaux moments, de rigolades, de traditions avec la famille et amis au fil des ans.

Mes grand-parents ont eu la chance de beaucoup voyager, ils retournaient souvent en Europe, pour visiter la famille, son frère Jean, ses soeurs Juliette et Gilberte et leur familles. Ils ont pu faire de beaux grands voyages dont Ernestine parlait parfois quand elle était encore en forme. Elle avait adoré son voyage au Portugal, où ils avaient dormi chez l’habitant. Elle parlait encore de la Grèce et de la Crête. Elle me disait parfois avec passion: il faut que tu voies le Monastère des Météores, c’est tellement beau! Elle avait la qualité de s’émerveiller devant les beautés du monde, d’être reconnaissante du bon et du beau. Encore la semaine dernière, nous nous sommes assises ensemble dehors, et en voyant les feuilles si vertes du grand érable, elle disait avec la même fraîcheur enfantine: ‘C’est beau!’.

Elle a traversé la vie avec son rire qui cascadait derrière elle, même si elle ne riait plus lors des dernières années sans son grand amour. On se souviendra d’eux ensemble, encore amoureux à un âge très avancé, marchant main dans la main, avec des regards tendres et des yeux doux l’un pour l’autre. D’elle on retiendra ce rire légendaire, cette bonne humeur et cette sociabilité incroyable malgrés ses problèmes d’audition amenés par la viellesse. Sa grande tendresse, elle paraissait dans ses gestes, dans son ouverture et sa générosité pour les autres. Ernestine était toujours auprès de son cher Ferdinand pour l’épauler sans relâche dans sa vie, elle l’a toujours encouragé dans son travail de Maire de McMasterville, et dans toute son implication communautaire dans la région de la Vallée du Richeulieu des années 70 à 90.  Ernestine partageait son homme pour qui l’engagement communautaire était un credo, même si je pense qu’elle aurait préféré l’avoir pour elle seule plus souvent! Mais je sais qu’ils ont eu tellement de bon temps, entre les soupers communautaires et dansants, les parties de golf où elle conduisait le caddy, les soupers de l’âge d’or, les activités du groupe de Bénévolat de la Vallée du Richelieu. Et leur rendez-vous hebdomadaire du samedi soir qui était sacré, le souper au restaurant. Parfois chez Dan Vito ou Au Il Martini, où ils faisaient partie de la famille. Il semble que partout où mes grands-parents passaient, ils étaient aimés.

Cette femme si douce et généreuse, cette fontaine d’amour maternel, et est train de partir. Elle aurait eu 90 ans cet automne. Mais détrompez-vous, elle n’est pas morte de vieillesse, elle est morte de chagrin d’amour. Elle aura vécu, ou survécu, 4 ans au départ de son tendre époux, Ferdinand Borremans. Son coeur pur était solide, même au chagrin, elle aura résisté 4 longues années où elle nous répétait sans cesse qu’elle s’ennuyait tant de son Pilou.

On meurt comme on a vécu. Ma belle Marraine est si douce, gentille et pure, est en train de s’éteindre tout doucement, sans bruit. Ses yeux d’amour qui s’ouvrent encore sur son bleu aquatique presque turquoise. Ce regard si pur, si chargé d’amour, elle m’a couvé avec ce regard tant de fois depuis ma naissance, avec toute la lumière de son coeur qui brillait dans ses yeux, jusqu’à son lit de mort. Elle est fatiguée, elle peut se reposer en paix. Je l’emporte avec moi, dans mon coeur et mon âme, pour toujours, jusqu’à ma propre mort.

Avoir des enfants, ou pas

Quand on tente d’avoir un enfant depuis plusieurs années sans succès, on traverse plusieurs phases, forcément. Je ne m’étais jamais vraiment imaginée sans enfant avant de savoir l’an dernier que j’avais un problème de fertilité. Entre les moments de tristesse, d’espoir, de bonheur et de déprime, on fait du chemin. Puis arrive ce jour, étrange, où on imagine vraiment vivre sans enfant, simplement. Ce n’est plus un choc, ce n’est plus du regret, ce n’est pas une libération non plus. C’est simplement notre réalité, rattachée à aucune émotion.

Pour la première fois maintenant, je me pose même la question, dois-je poursuivre les traitements d’in vitro? Je me pose la question de façon détachée, sereine, heureuse dans ma vie. Je me sens bien et en équilibre, complète, comme je ne me suis pas sentie depuis trop longtemps. Je suis présentement sans traitement hormonal, en pause avant de reprendre. Et je me demande même si je reprends. Point.

Il y a sans contredit l’épreuve de l’in vitro en tant que tel, mais c’est plus que ça. Je me demande maintenant même si je veux encore des enfants. Un vrai choc envers moi-même, moi qui rêve d’avoir un bébé depuis tant d’années, sans me poser de questions, dans un élan viscéral et complètement irrationnel. Et si c’était ça ma vie. Très bien merci, je suis heureuse. Un homme que j’aime / une famille avec ses enfants à lui / qui sont quand même aussi mes enfants depuis de nombreuses années / qui sont déjà des ados. Une carrière, des projets, des rêves, des voyages à faire, le monde à changer, des gens à aider.

Et la grande question, de se dire: est-ce vraiment un bon moment pour mettre un enfant au monde, dans ce monde en crise, disloqué, éventré, blessé, dont la socitété aveugle et immature refuse de prendre ses responsabilités sociales et écologiques.

Cette véritable question, on l’évite, on la repousse, on la minimise, on se traite de défaitiste d’y accorder de l’importance. Mais c’est une question de grande importance, qui demande une grande lucidité. Pourquoi mettre au monde un enfant dans ce monde malade? J’entends déjà les cris et les fous rires, mais voyons, elle capote la madame. Et bien non, je ne capote pas, je suis lucide. J’entends déjà les arguments nombreux qui fusent: toutes les périodes de l’histoires ont connu de bien sombres époques, des guerres, des destructions, des épreuves innommables, des fléaux, des épidémies, des droits humains bafoués, la torture, la prison, le mal partout qui venait de l’homme. Mais voilà bien en quoi notre époque est différente: si nous avons pu nous relever de toutes ces sombres périodes, la période que nous amorçons sera la dernière de l’humain tel que nous le connaissons, libre et naturel, ayant accès à une planète d’où il est issu.

Nous entrons bientôt dans l’ère de la fin du pétrole, doublée d’une crise des changements climatiques qui va s’emballer de façon exponentielle (ce n’est pas moi qui l’affirme, c’est 99% de la communauté scientifique), en plus de la perte des milieux naturels et d’une crise majeure de la biodiversité bien au-delà des cycles naturels de disparition des espèces. Au cas où vous ne saviez pas, en faisant griller votre steak sur le BBQ et en sirotant paisiblement votre bière, je suis désolée de vous dire cela, mais on est vraiment dans la merde. Vous vous en doutez déjà, c’est pas Stephen Harper ou Jean Charest qui vont aider à régler le problème (au contraire). Oui bien sûr, il fait beau, le soleil brille, le ciel est bleu, les oiseaux chantent (encore), cui cui, tchik tchik aye aye aye, comme disait l’autre. Mais n’empêche, vous aurez beau l’ignorer superbement, vous serez sur la ligne d’arrivée comme tout le monde, à vous demander dans 5, 10, 15 ou 30 ans, comment se fait-il que personne ne vous avait prévenu que tout serait si difficile dans ce monde post-pétrole. Ah oui, j’avais oublié les importantes crises économiques successives qui vont aller en s’accélérant, résultat de tout ce joyeux bordel.

Je n’ai pas de réponse à savoir ce que sera ce monde de demain, mais une chose est certaine, ce n’est pas du tout celui dont vous parle votre gouvernement qui vous rassure avec un discour économique ronronnant, en parlant de profit et de croissance à tout vent. Ce n’est pas non plus celui que dépeint les médias et encore moins la publicité. Ce mode sera drastiquement différent de celui que vous connaissez. Une chose est certaine, dans 30 ans, votre préoccupation la plus grande ne sera plus le prochain voyage dans le sud (inaccessible par des prix exorbitants réservés aux plus riches des plus riches), mais bien ce que vous réussirez à mettre dans votre assiette et dans celle de votre famille. Les priorités reviendront naturellement à la bonne place, dans davantage de simplicité. Et mettre un enfant au monde maintenant, ça rime à quoi si il doit traverser cette crise sans précédent avec vous (ou pire, sans vous)?

Mettre un enfant au monde maintenant, et bien cela veux peut-être aussi dire se donner le droit de rêver. Et par le rêve, c’est l’unique moyen de réinventer le monde de demain pour s’assurer du meilleur, de bousculer l’ordre établi (qui ne convient pas du tout pour régler tous ces défis). Il faut repenser nos sociétés de fond en comble, en commençant par des projets de communautés locales. C’est déjà commencé, et le mouvement prends de l’ampleur.

*

Tout à l’heure j’ai vu la petite voisine sur le balcon arrière fleuri. Elle dansait comme une ballerine en tournoyant, vêtue d’une robe de princesse bleue. Elle portait les talons hauts de sa mère, beaucoup trop grands. Les talons claquaient sur le bois dans une musique joyeuse. Le soleil rendait une lumière douce et chaude de fin d’après-midi d’été. C’était beau, simple, touchant. Un morceau de poésie du quotidien, qui vous arrache un sourire, et vous force à l’arrêt devant la chance de saisir un tableau si charmant, comme quand on voit un oiseau rare se poser sur une branche. J’aimerais tellement avoir une fille.

Équilibre

Le plancher est sale, la maison est en désordre, mais je suis de très bonne humeur.

Les fourmis marchent un peu partout, je les laisse vivre.

Je devrais penser au souper, mais je blogue, et je planifie de prendre un verre avec les copines tout à l’heure.

Je porte une petite robe courte, avec des bottes rouges.

Demain, je passe la journée avec mon Grand Amour. Musée ou marche en montagne.

J’ai assisté à deux conférences cette semaine, rencontré plein de monde, j’ai avancé mon travail et j’ai fait du Yoga. Je retrouve l’équilibre. Je vais vraiment mieux.

Je suis bien.

Recommencer l’In vitro cet été? Il semble que je dois trouver la force. En attendant, ce soir, je suis insouciante.

De super-héro à super-zéro

Vous êtes sur le sommet de la plus haute montagne que vous aviez toujours rêvé d’escalader, la tête dans des nuages roses et bleus, si près du soleil. Soudainement, on vous annonce que vous serez sous terre dans quelques minutes, que vos longues journées d’ascension et tous vos efforts étaient illusoires, vous n’êtes pas au sommet mais sous terre. Il va falloir tout recommencer si vous trouvez le courage. Faire une fausse couche après des traitements d’In Vitro, c’est exactement ça.

Même si l’homme que j’aime a déjà trois beaux enfants, nous savions dès notre rencontre que nous voulions un enfant ensemble. Après quelques années à patienter sur les listes d’attente du système médical québécois, mon chéri avait enfin pu se faire rebrancher le canal famille. De mon côté je sentais une certaine urgence, ayant une crainte d’être ‘passée date’ après 35 ans.

C’est à mes 34 ans que nous avons pu commencer nos essais pour avoir un enfant. Nous avons tout essayé: la méthode méthodique (beaucoup-beaucoup, souvent-souvent), la méthode systématique (tous les 3 jours), la méthode relaxe (petit souper, bonne bouteille), la méthode Vacances en amoureux (j’adore), la méthode obsessive (beaucoup moins plaisant, trop c’est comme pas assez), la méthode scientifique (avec tests d’ovulation, termomètre, courbe de température), la méthode spirituelle (avec prières, mentras, respirations, postures de yoga inversées, encens, gris-gris et tout le pataclan), et finalement la méthode détachée (dans le sens de: ‘on oublie ça’, qui honnêtement est bien difficile à faire). Verdict: zéro, niet, rien pantoute, à part des heures de plaisir. Après plusieurs mois d’essais, on s’est décidé à consulter une clinique de fertilité.

Il y a un an, nous avons mis les pieds au Centre de reproduction McGill de l’hopital Royal-Victoria. Une équipe efficace et très compétente. Rapidement, on a posé mon diagnostic: vieillissement prématuré des ovaires. J’avais 35 ans, et selon le médecin, je n’avais plus de temps à perdre si je désirais un enfant. J’ai donc entrepris des traitements d’acunponcture qui m’ont fait beaucoup de bien dans la clinique spécilisée Sino-Care. Mais toujours pas de bébé en vue. Nous avons fait quelques essais infructueux d’insémination, plus simple que l’in vitro. Puis avec la gratuité des traitements à notre portée nous nous sommes résolus à tenter la FIV (Fécondation In Vitro). Je me sentais en pleine forme et dans d’excellentes dispositions pour tenter le coup.

C’est avec une immense joie que j’ai appris que j’étais enceinte, dès la première FIV. J’étais très réaliste, sachant très bien que je pouvais perdre le bébé dans les trois premiers mois, le taux de fausse couche étant élevé, tous types de grossesses confondus. Mais essayez de calmer nos élans de joie et de bonheur! Et pourquoi se priver de ce plaisir? J’étais sur un nuage… Comme disait une amie, ‘vis ce que tu as à vivre, sois heureuse, si tu le perds tu verras bien’. Tous nos proches étaient avec nous dans cet élan de bonheur: famille et amis. Difficile d’attendre pour partager une si bonne nouvelle après toutes ces années d’attente et d’effort.

À l’échographie, mon coeur battait si fort que je pensais qu’il bondiriat hors de sa cage. Paradoxe infini, une sèche technicienne sans sourire m’annonçait d’un ton monocorde – en me zigonant le bidule dans mes plus sombres retranchements – qu’on n’entendait pas le coeur de l’embryon. Les hormones dans le tapis, le nid bien douillet préparé en mon sein, l’embryon bien timide mais fermement accroché. À huit semaines de grossesse, j’ai fait une fausse couche. Ma docteur s’est fait rassurante et posivite: c’est une très bonne nouvelle d’avoir été enceinte à la première FIV. Nous sommes conscient de cet aspect positif, mais nous avons quand même perdu notre bébé.

Faire une fausse couche n’est jamais agréable quand on désire un enfant. Mais faire une fausse couche dans un cycle de traitement d’In Vitro est particulier. On monte sur le ring, et on perd une rude bataille. Un traitement d’In Vitro, ce sont quelques procédures douloureuses, des jours de piqures, d’hormones, de rendez-vous à l’hopital, de traitements d’acuponcture, de repos absolu pendant quelques semaines (pas si facile). Beaucoup de compromis pour une pigiste qui n’a droit à aucun ‘congé de maladie’.

Mais le plus difficile ce sont les espoirs déçus et les périodes d’attente – beaucoup plus que la douleur physique -. On attends la maturité des follicules, on vous annonce qu’ils passent le test. On prélève les ococytes, on vous annonce combien sont matures et viables. On les féconde, on attends le téléphone pour savoir combien sont réellement fécondés. On vous transfère les embryons, puis vient la plus longue attente: il faut que le petiot s’accroche… survivra-t-il à ces jours fatidiques? Deux semaines interminables où on guette tous les signes: suis-je enceinte? On scrute sa propre personne comme un objet d’enquête: les humeurs, la peau, le ventre, les seins, le sommeil, l’appétit, la digestion. Tout ces éléments peuvent parler et lancer les signes qu’on attends. Et quand on a jamais été enceinte, on s’accroche à des petits riens, et on doute de tout. Et quand finalement la réponse arrive, positive, on a peine à le croire. Viennent encore des semaines d’attente avant la première échographie de viabilité. On guette encore les signes. Et on attends. Puis ce sont encore les corridors d’hopital, prises de sang, échographie, rencontre avec le médecin, rencontre avec les infirmières, attente du téléphone qui vous donne vos résultats. C’est un cycle assomant, et qui teste votre détermination sans relâche.

Enceinte, je me sentais différente, invicible, comme un super-héro avec un appétit de Ti-Jean et des seins de Wonder Woman. Alors c’est probablement normal que maintenant que je viens de faire une fausse-couche, je me sente comme un super-zéro.

Je ne suis plus un 7up

J’ai perdu ma poésie en chemin. Trop de vaisselle lavée en grognant, trop de frustrations inutiles perdues dans le vent, trop de nostalgie qui flotte dans mon air, trop de problèmes de la terre entière sur mes épaules: ça use. J’ai déjà été une jeune femme pétillante, pleine d’entrain, une réserve sans fin de bonne humeur et d’énergie. C’est fini. Je me dirige vers mes 37 ans avec le constat cruel que je ne suis plus un 7up, avec ses bulles intensément pétillantes qui semblent pétiller sans fin. Niet, fini la naïveté de la vintaine. Je ne peux même pas la feindre. La vie m’a amené des déceptions, et pour le moment, je ne vois que le verre à moitié vide. Pourtant j’ai bel et bien trouvé le Grand Amour. Je ne savais pas que c’était une option dans la vie: vous avez le Grand Amour, et bien le reste sera moche mademoiselle. On ne peut pas tout avoir. Bon, en attendant, je vais tenter de retrouver mon chemin. Et sur la route, je vais chercher les bonnes blagues, histoire de me dilater la rate un peu. Parce que c’est lourd ne pas être un 7up. Faut savoir pister le pétillant extérieur et le pasticher, peut-être. Peut-être que mes bulles peuvent revenir, même si je me dirige vers le 40?

Attentes

Je suis tellement frustrée et déçue. J’ai beaucoup de colère aussi. Nous désirons un enfant depuis plusieurs années. J’ai appris au printemps dernier que j’ai un problème de fertilité, comme tant d’autres femmes de 36 ans. J’ai commencé des traitements d’acuponcture, des traitements d’hormones. Puis, on se pose la question sur l’In-Vitro. Est-ce que cela correspond à notre éthique? J’ai écarté cette possibilité d’emblée, certaine que d’autres méthodes pourraient marcher. Face à l’échec, il me semble je n’ai pas le droit au découragement, et pourtant. Je songe maintenant à l’In-vitro, mais j’ai toujours des doutes. Suis-je prête à faire face à la possibilité très sérieuse d’avoir des jumeaux?

Et si j’abandonnais l’idée d’avoir un enfant, tout simplement? Ne pas être mère n’est pas un drame, n’est pas si grave (dis-je pour me convaincre). Pourquoi je tiens tant à avoir un enfant? Je n’ai pas de réponse. Ce n’est pas rationnel. Je ne sais pas du tout pourquoi. En fait, je pourrais sortir 36 000 raisons. Mais toutes ces photos de maman-bébé tartinées dans facebook me donnnent la nausée. Il me semble que toutes les filles autours de moi tombent enceinte. C’est tellement frustrant. La jalousie ne fait pas partie de mon vocabulaire, mais c’est quand même difficile de voir tous ces bébés autours de moi, toutes ces filles qui semblent tomber enceinte en criant ciseau.

Je suis épuisée. Je voudrais partir en Inde, partir en Thailande, partir en Afrique, pour 2, 3, 6 mois. Je voudrais me sauver de ma vie. Retrouver ma légerté, mon insouciance. Je me sens accablée par une situation politique et écologique désastreuse, et j’aimerais pouvoir cesser d’y penser. Je me sens prisonnière d’un projet qui avance trop lentement, avec son lot de difficultés et d’embûches qui me rendent la vie impossible. Je suis tellement absorbée par mon travail et le stress qui y est associé, que mon projet d’avoir un enfant est compromis. Je voudrais prendre une décidion tranchante pour avancer et voir clair. Il me semble que tout est flou dans ma vie, que je ne peux rien planifier. J’ai perdu le contrôle sur ma vie et je voudrais crier.

Femme de coeur

Je suis au centre d’un bouillonnement de projets et d’activités. Je surfe sur cette vague avec un grand sourire. Je suis juste un peu fatiguée, mais quand je prends le temps d’un peu de repos, je récupère vite.

Mes fins de semaines où je réussis à ne pas avoir de travail, je déambule dans les rues d’Outremont et du Mile-end avec mon amoureux et les enfants. On s’arrête pour prendre un café late et une pâtisserie à la terrasse d’un café, on bouquine, on flâne dans les galeries de la rue Saint-Laurent. Sourire aux lèvres de prendre le temps de vivre.

Lundi j’ai réussi à m’échapper du feu roulant qu’est ma vie professionnelle pour visiter mes grands-mères. J’ai roulé vers la Rive-Sud, sur l’autoroute de soleil, avec une vielle cassette qui chantait des airs d’une autre époque: « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle… non je n’ai pas ouuuuublié ». Je me sentais bien, heureuse de prendre un peu de temps pour visiter ces deux femmes que j’aime et que je vois trop peu souvent.

J’ai kidnapé ma chère Marraine pour une grande balade en voiture, comme elle les aime. Je suis arrivée à sa chambre, et sa surprise s’est transformée en joie de petite fille aux yeux brillants quand j’ai annoncé: « On va faire une promenade, ensuite je t’amène dîner. » C’est si simple de faire tellement plaisir à ceux qu’on aime. On a roulé le long de la Rivière Richelieu, on a vu les oies qui rentrent pour le printemps, et le soleil éclatant qui frisait la surface de l’eau en millions de cristaux. J’ai monté le son de la musique, et on a chanté ensemble. On est passé devant des maisons qu’elle a habité autrefois, à son arrivée au Canada. Après un dîner chez mes parents, je l’ai ramenée chez elle, moi aussi le coeur content de la savoir en paix.

Ensuite, visite de Grand-Maman Georgette. Encore un accueil de sourire et d’yeux brillants. Elle avait des coupures de journaux pour moi, comme d’habitude. Des articles intéressants, des nouvelles qui la touchent, un magasine de cuisine pour la ménagère modèle de 1959. Elle m’a confié sa recette secrète de sucre à la crème. Elle en avait une copie imprimée, glânée par ma tante Louise qui l’avait observé à l’oeuvre à une vieille de Noël.

Elle m’a ensuite montré de vieilles photos d’elle avant son mariage. Une photo de groupe, où elle pose auprès d’un cavalier. « On était pas obligés de jouer au Papa et à la Maman pour sortir ensemble dans ce temps-là », me confie-t-elle. Je réponds: « Oui mais il était très collé sur toi, ce beau grand Monsieur sur la photo ». Elle marque un pause. « oui, mais je préférais ton Grand-Père. » Je remarque un autre homme, à l’arrière, qui la regarde avec insistance, et un sourire qui ne ment pas. « Et lui, Grand-Maman? ». « Ah, c’est le notaire. Je ne voulais pas sortir avec lui, c’était un vieux garçon »- lire: un homme célibataire dans la trentaine, alors qu’elle avait le début de la vingtaine.- J’adore les conversations avec cette femme solide, à l’attitude si inconditionnellement positive. Je suis repartie, le coeur content de porter l’héritage de ces femmes de coeur, d’engagement et de convictions.

Au pied du mur

Ma chère maman fume depuis plus de 30 ans. Je souhaite qu’elle arrête de fumer depuis que je suis en âge de comprendre. On pouvait lui dire sur tous les temps, rien n’y faisait. Elle a toujours dit en rigolant que c’était son seul défaut. Je pense que maintenant j’aurai donc une maman parfaite…

Elle a attendu d’être au pied du mur, comme trop de fumeurs. Elle a fait un infarctus. Une crise cardiaque! Wow, c’est sérieux. Elle a eu un malaise cette semaine, sans réaliser qu’elle venait d’avoir une attaque cardiaque! Et ce n’est qu’après une série de tests poussés que le personnel de l’hopital a déclaré: infarctus! On vous garde, on vous soigne. Elle est branchée sur une multitude de machines qui font bip! bip! Son coeur est sous écoute.

Son cardiologue lui a dit: « c’est finit la cigarette madame! »
Et elle: « même pas une? »
Doc: « Non, pas une. Et je vais vous le répéter tous les jours. »

Choc. Coup à encaisser. Dur pour une fumeuse de se faire mettre au pied du mur. Mais elle ne s’est donnée aucune chance. On a eu beau lui répéter depuis des années, la supplier, tempêter, blaguer, faire tous les temps: rien à faire. Maintenant, c’est à elle de jouer. C’est sa vie, après tout. Heureusement, elle a eu un signal d’alarme à temps, et elle se porte bien. Son malaise cardique n’était pas d’une grande amplitude. Elle devra prendre du repos, mais elle va bien. Elle a seulement eu peur, très peur. Dans cette peur se cache probablement la force nécessaire pour l’aider dans la prochaine étape: arrêter de fumer. Courage, Maman!

Reprendre la plume

Ça fait du bien de pouvoir écrire. Simplement des mots simples et petits. Ou des longs textes si ça me chante. J’ai tellement de poèmes en tête que ça sort en onomatopées. Woup woup. Ce soir, je suis comme ça. Parce que. C’est tout. Je suis contente car j’ai une impression de calme après la tempête de la fin de l’été et du début de l’automne. C’est fou, j’ai même l’impression d’avoir vieilli. Comme ça, ça nous tombe dessus. Bagn! On me demande mon âge, et j’hésite à répondre. Et non, pas pour le cacher, non. Parce que je ne sais plus. Tout va trop vite, et je perds le compte. Il faut que j’arrête, que je réfléchisse. 1974. J’ai 34 ans. Ben oui. Hey! Ho! Commence à être tant que tu aies un enfant, ma vieille.

J’y pense depuis plusieurs années, mais la conjoncture n’avait jamais été bonne. Tandis que là… Mais j’hésite à en parler. C’est comme un ultime tabou à partager sur un blogue pour moi. Je n’en ai jamais fait mention ici. Mais pourtant, je voudrais tellement avoir un enfant. Je suis mariée avec un homme qui en a 3, mais ils sont à lui. Et il en veut encore avec moi. Ses enfants sont grands, mon homme est encore jeune, donc tout est possible. Mais mon ultime tabou est de parler ici de mon désir d’avoir un enfant. Est-ce que d’en parler diminue les chances d’en avoir un? Est-ce que de partager ce désir provoque une pression indue sur la future mère? J’ai décidé de plonger, car je parle maintenant pour la première fois ici de cet enfant que je voudrais. En même temps, si cela ne m’arrive pas, ce ne sera pas un drame. Faut bien accepter ce que la vie apporte.