Archives pour la catégorie Poésie

Vivante (poème)

Un vent de hasards balaye ma vie enfin
Un souffle chaud inspire chaque pas à se poser encore
Devant
Le regard plein Le ventre vibrant
J’attendais tout près d’un sentier où la mousse roule
Où j’entendais la mer et le sable les yeux fermés
Maintenant mon pas reprends
Je vois la mer la houle et même le vent chaud

En bouche un goût de printemps et de vie
La sève monte et le monde tremble
Devant la beauté sidérante
Je me tiens droite les yeux enfin ouverts
Fixant le vent brûlant (vivante)

Radio Haitienne 2 / poésie

Retour de la radio: expérience toujours enrichissante de parler aux auditeurs qui furent touchés par mes mots. Une dame de 78 ans, Cécile Deveaux, dit m’avoir écoutée les yeux fermés, les mains sur les yeux, les oreilles toutes proches de son poste de radio. Elle a particulièrement été touchée par mon poème « odeur de ruelle » qui parle de Montréal, sa ville. Elle m’a prié de faire entendre ma voix plus souvent. Avec plaisir, madame. Mon prochain recueil est en route, et je prévois une partie de textes audios seuls sur le DVD, pour le plaisir des auditeurs. Elle m’a ouvert son coeur de Grand-Maman, et m’a priée d’être persévérante pour l’amour de la poésie, au delà de ses encouragements. Décidément, comme disait McLuan, la radio est un médium chaud. J’adore.

Radio Haitienne / poésie

Tout à l’heure je serai en entrevue à la radio haitienne de Montréal (de 22 heures à minuit). Entrevue, discussions et poésie en compagnie de Arol Pinder. Si vous y êtes, vous entendrez aussi la magnifique musique composée par Jean-David Caillouet (où es-tu JD, en Thailande, en Écosse? J’ai perdu ta trace…). Cette musique fut conçue pour le spectacle solo donné en 2000 à l’institut français d’Édinburgh.

« Dire » ma poésie me manque, et c’est avec grand plaisir que je renoue ce soir avec mes mots en bouche. La dernière fois c’était il y a un an, à la maison de la culture Mont-Royal, pour la journée mondiale du livre. Je ne veux plus attendre si longtemps. Les mots vibrent tant, il ne faut pas les laisser prisionniers dans les livres ou sur des écrans.

Ma poésie?

Le temps (poème)

Le temps fascine / fait peur aussi / le temps séduit / car vieillir ancre la perspective / et c’est très beau / avec la mort au bout / qui vient aussi peut-être avant / ce passage d’infinie beauté cruelle qu’est la vie / le temps flotte / s’effrite / s’allonge parfois / gardien de tout cela / crieur public de notre éperdue absurdité / indéfinissable / insaisissable / là réside sa beauté/ croquer chaque seconde / laisser fondre en bouche les minutes / sans amertume / sans regrets / sans nostalgie / la mémoire n’est rien / l’histoire n’existe pas / ou si peu / l’humainerie oublie si vite / tout est contenu dans un seul souffle /

Action contre l’angoisse (poème)

Faire fondre l’angoisse en murmures et en souffles
en notes feutrées se rassurer
la vie bat son plein
On happe la patience paradoxe
se croisant les doigts pour ne pas manquer le train

Les yeux se ferment le sourire s’installe
conviction intime de suivre la route du droit chemin
Mais sinueuse à contre-courant
Son secret de beauté de force dans l’action
Le tempo nous emporte dans le paysage

Min Tanaka – danseur bûto

Je reviens de la performance de Min Tanaka, danseur et chorégraphe japonais, artiste du bûto de la première heure.

J’étais d’abord sceptique face à la performance, la jugeant un peu hermétique. Je crois qu’elle l’est, ce n’est pas du divertissement ni un spectacle où la poésie ou la beauté nous touche. Tanaka joue sur un autre régistre, beaucoup plus profond, beaucoup plus subtil.

Les éclairage faibles et le kimono noir sur fond noir n’aidant pas, le spectacle peut avoir un côté soporifique. Mais je me souviens du commentaire d’une amie que j’avais invitée à voir Bras de plombs, de Paul-André Fortier, et qui s’était assoupie durant la performance: « si je me suis endormie, c’est que le spectacle m’a amené à un état de calme, de détente et de relaxation comlet. Ce n’est pas négatif, au contraire ».

Et bien ce soir j’ai dû lutter contre mes paupières lourdes, car la lenteur des mouvements appellent à un ralentissement, un grand calme. Mais tout le corps et le visage de Min Tanaka est sollicité, cripé, tordu, en souffrance lascinante. C’est la douleur pure exprimée par le corps. Et entre les lenteurs des mouvements, c’est un appel à l’introspection, un douce transe qui s’installe entre le corps du performeur et le public. Car oui, c’est finalement en transe que le chorégraphe nous amène aussi, tout comme lui.

Armé de son poignard il avance péniblement, se traîne, et porte son agonie sous les projecteurs, et sur un petit promontoire situé au centre de la scène. Il s’expose à nous sans pudeur, dans une grande vulnérabilité. C’est cette franchise humaine qui m’a portée, emportée. Je me suis sentie appellée, interpellée, directement comme créatrice. Min Tanaka m’a parlé, à travers sa performance et m’a dit clairement deux choses; il faut avoir confiance, et ma place ici est de créer beauté et conscience.

Parfois le doute nous assaille, sur notre place dans le monde, notre rôle, face à la folie humaine et à la destruction qu’elle entraîne. Pour moi, le chemin se situe clairement dans l’art, dans l’art résolument contemporain, dans l’art qui questionne, touche et bouscule mes semblables. Si je pouvais, par mes créations, toucher et secouer les gens comme Min Tanaka l’a fait pour moi, alors mon but serait atteint.


Min Tanaka

Le temps de travail

Le temps me file encore entre les doigts, brûlé, consummé, déchiquetté par le travail.

Ces jours-çi l’écran m’avale complètement, et je disparais sournoisement entre les secondes pixélisées. Mon oeil rougit, et moi je persiste, acharnée, obsédée par le détail.

Étrange comme notre regard se fatigue différemment quand l’on crée pour soi et quand l’on crée pour les autres.

Carnet d’odeur: le café (extrait)

Extrait d’une série de textes sur les odeurs, à paraître en 2005 chez Planète rebelle

Les petits dimanche
où le matin m’appelle dans un rythme sans souffle
pour ponctuer ma semaine froide

Je plonge ma tête ultimement dans l’oreiller
diable que re-dormir est foutrement bon
Je fuis le petit matin et sa grisaille
pour ronfler à l’ombre des abat-jour

Merde les rabat-joie qui me crieront paresse!
Vous ne connaissez pas le plaisir délectable
d’une bonne farniente bien en règle
dans la pleine conscience du sommeil
après un petit déjeuné trop copieux
la vaisselle sale abandonnée
le journal-tempête répandu sur les draps
le café délicieux abandonné en chemin
pas trop loin du lit
ses effluves refroidies qui cernent notre territoire-sommeil
la musique qui résonne comme un piano feutré dans un ravin tropical
la pluie sur la vitre qui rythme le souffle
doucement
très très doucement

Réflexion sur les plaisirs

Oui je travaille toujours à ce projet interminable. Depuis trop longtemps j’y ai pensé, ce qui m’a fait considérablement tourner en rond. Après avoir obtenu le go pour me lancer, je me suis retrouvée pétrifiée (par le travail aussi, mais bon) sans pouvoir amorcer ce nouveau projet multimédia.

Pourtant au moment où je terminais Parenthèse en 1999 je portais déjà Plaisirs en moi. C’est un projet plein de lumière et de vie.

Les plaisirs? Au départ c’était pour s’arrêter et prendre le temps de regarder la vie et toute sa force. Puis je me suis personnellement un peu embourbée dans la vie elle-même. Maintenant le temps a passé sur tout cela, et le recul me donne une force nouvelle.

Après le tournage qui eu lieu l’été dernier, et une première version de montage en décembre, me voici bientôt repartie pour un tour! Dès la semaine prochaine, je me remets à temps plein sur le projet.