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(Re)trouver sa voie

Sur le fil d’une année revivre le film. Pas à pas, les mots me manquent. Je cherche, je trouve, et pas tout le temps. J’ai longtemps cherché au mauvais endroit. Tout était là, et pas moi. En laissant de vaines quêtes m’alourdir, je me suis coulée moi-même. Enlisée dans la peur, le plus grand ennemi à nous-même. De mes cendres, je peux revenir au soleil. Un peu plus usée, mais plus sûre aussi. Des certitudes, la seule possible est qu’il n’y a pas de certitudes. Les silences achettés à prix d’or. Les leçons de l’échec. La haine en vrac. De la petite haine rouillée. Comme on dit: tiens il fait frais dans mon coeur, je vais mettre une petite haine.

Des insultes murmurées, si nocives car elles consument notre intérieur. Des insultes tournées vers soi, la pire des armes sournoise et douce. L’envie de ne plus rien. Le gris qui s’abat trop longtemps sur les paupières, puis le sommeil. Les circonstances de la vie où tout le sombre vous arrive par bourrées. Les petites attentes déçues, les grandes déceptions qui se répètent encore, le moral au plus bas, l’espoir en canne, les drames quotidiens qui virent au mauve, la colère de l’insolvable. Puis la vie nous rattrappe, et les phares s’éteignent. Le phare des aïeux maternels, en souffrance et en agonie depuis trop longtemps par manque d’amour, avec un désir de mort lascinant qui l’encombrait. Sa douce lumière qui ne clignote plus, qui a cessé à l’été. La mort comme une libération pour elle. Le deuil. L’attente. L’attente du temps qui passe et qui guérit. Le réveil enfin, avec la lourdeur de savoir qu’il faut vivre ses deuils, tout ses deuils. Puis chercher la source vitale, la seule issue possible: trouver sa joie. Elle est toujours au bout du chemin, à vous attendre. Elle se trouve là où on (re)trouve sa voie. Et sa voix. Voilà où j’en suis.

Remise en question

Nous vivons dans une société où le droit à l’erreur n’est pas permis. Nous vivons dans un monde où il faut être fort, en contrôle de ces émotions, toujours au-dessus de ces affaires. Et moi, je suis à fleur de peau. Forte et fragile. Parfois, j’ai des moments d’égarrement où je suis un peu perdue, confuse. Je ne sais plus où est ma place. Je cherche. Pensant être au bon endroit au bon moment, je tourne en rond comme une lionne dans sa cage. Je ne suis pas heureuse, je gère mal mon stress. Ayant attendu un momentum professionnel, les difficultés m’apparaîssent maintenant impossibles à surmonter. Et si je me casse la gueule, est-ce la fin de ma carrière? De toute façon, qu’est-ce qu’une carrière? Qui suis-je au fond? Rien, nada, niet. Une sombre nobody qui tente de faire son chemin depuis trop longtemps. Mon métier de réalisatrice vient avec son lot de frustrations, de batailles perdues d’avance, de faux-pas et de non-dits. Je n’ai jamais fait face à un échec (à part de nombreux échecs amoureux, mais c’est une autre histoire). Et si je fais un 180 pour changer de direction, est-ce une fuite? Probablement. De toute façon, le ciel n’est pas plus rose chez le voisin. Mais quand je pose la question à mon acuponcteur, il me réponds qu’il aime son travail, et qu’il n’est pas stressé. C’est donc possible? Je quitte tout pour aller faire pousser des chèvres sur une côte valloneuse?

Réponse à un lecteur

Voici un mot trouvé dans ma boîte de messages. Il m’a fait sourire.
« Il est 4h30 du matin. Je ne dors plus. Il fait encore nuit, le soleil ne se lèvera que dans trois heures. Alors pour tuer le temps, je me dis, tien, je vais aller voir ce que raconte Yannou, voir si elle a retrouvé ça poésie, si elle a le cœur en fête ou quels sont ses états d’âme. Est-elle joyeuse? Est-elle mélancolique? Ou bien a-t-elle le goût de philosopher?
Non, rien de tout cela. Elle c’est égarée dans cette aventure pseudo écologique et environnementale dont un tas de gens s’occupe déjà dans une cacophonie monumentale et dans laquelle, d’autres gens se frottent les mains en spéculant sur les milliards que cela va leur procurer.
Peut-être un jour, retrouvera-t-elle la sagesse et reviendra-t-elle avec plein de belles choses dans la tête et dans le cœur.
À bientôt chère Yannou. »

Bonjour Anonyme,
Quel gentil mot, plein de sagesse et de perspective. Il me fait sourire, en ce matin de janvier 2010. Alors que je me prépare à faire enfin ce projet écologique si important à mes yeux. Oui, il est vrai, beaucoup de gens se préoccupent des problèmes écologiques, mais peut-être est-ce parce que c’est très important. Et je me promet d’y mettre de la poésie et de la beauté. Alors, tout le monde gagne au change. Je ne suis jamais loin de moi-même lorsque je fais de la création, que ce soit pour un sujet documentaire ou pour un essai. Il faut dire que je trouve le documentaire très poétique. Enfin, il peut l’être. La poésie est partout, la perspective aussi. Suffit de la voir. Et pour la voir, il faut simplement regarder vraiment, et respirer aussi. Profondément.

Automne

Il fait frais. Nous avons rentré les plantes qui ont passé l’été sur la galerie. Les géraniums sont contents de retrouver la chaleur. Sur Google street view, j’ai été voir notre ancienne maison de la banlieue nord. Je suis heureuse de découvrir que les nouveaux propriétaires ont fait doubler le jardin de fleurs devant la maison. Je m’ennuie de mettre mes mains en pleine terre. Notre appartement est parfait pour nos besoins, mais jardiner me manque. Mes plantes en pot et mes nombreux bacs à fleurs ne sont pas parvenu à vraiment satisfaire mon envie de verdure. J’aime voir mes plantes grandir, mes fines herbes s’épanouir, mes fleurs courir sur des folles distances, mes lierres grimper. Maintenant heureuse en ville, je rêve d’une maison de campagne!

Dans le feu roulant de l’action, il y a des bribes de temps suspendu où je médite. La vie qui s’immisce entre les interstices de quotidien, entre les miettes de pain brûlé, la vie dans l’attente du prochain métro, du prochain rendez-vous, du prochain samedi qui revient. La vie dans le sourire d’une serveuse au café du coin, la vie dans la nonchalence des passagers de l’autobus, la vie dans chaleur torride des peaux fatiguées. La vie qui s’écoule doucement sur des lacs immobiles. La vie qui se fanne sur les ombres courbées de ceux que la vie épuise. La vie grouillante et explosive de l’enfance qui se déploie. La vie entre les soupirs déraisonnables des rongeurs d’angoisse. Pouvoir ralentir son souffle pour la tenir en laisse. Laisser couler le ciel comme une source vive. Laisser rouler la rosée sur les tracés de la vitre sale où j’ai dessiné ton coeur. Ne rien attendre. Ne plus rien attendre. Devenir un murmure aux yeux mi-clos. Savourer chaque bouchée comme la première. Étendre les odeurs opiacées des soucis sur des nattes de plage. Transformer l’amertume en couleurs délavées trempées dans des musiques vives, sous un soleil gorgé d’amour. Reprendre espoir au pas de course. Halleter coeur battant et saisir ce qui doit l’être. Laisser courber le roseau au vent des déraisons. Vivre la vie.

Savourer l’été

C’est ma saison préférée. En fait, j’adore toutes les saisons, mais je me délecte des grandes chaleurs et du soleil brûlant. J’aime l’été-tropique. Au Québec, traditionnellement, la période de canicule dure deux semaines, trois, si on est chanceux. J’attends encore. Mais la saison, malgrés les pluies abondantes, est quand même belle. J’adore les fleurs partout, les enfants dans les rues, la crème glacée et les vêtements légers. J’adore ma ville quand elle est comme un petit champagne, tout pétillant de bonne humeur estivale, toute parée de ces 1001 carnavals et de sa pluie de festivals (sans jeux de mot). J’aime les fenêtres ouvertes, les chats de ruelle, les vélos nombreux. J’aime les parties de tennis, les baignades à la piscine, les escapades en campagne, les pique-nique et les appéros sur la terrasse. J’aime les hammacs et les palmiers qu’on met dehors sur la galerie. J’aime les conversations de coin de rue avec les voisins, les trotinettes, les musiques qui résonnent par les fenêtres grandes ouvertes. J’aime les fêtes de rue, les jeux d’eau, les jardins, les BBQ et les nuages d’été, roses et mauves. L’été me rappelle qu’entre mes zones grises, je suis parfois légère, très légère.

L’impermanence et l’éphémère

Un forte impression de nostalgie décalée s’est emparée de moi. Je regardais les photos d’une amie retrouvée dans les méandres du web, une amie du temps de ma vie européenne, il y a déjà plusieurs années. Elle est toujours aussi belle, le temps ne semblant pas avoir d’emprise sur elle. Son amitié était comme un vent de fraîcheur, un éclat de rire. Une belle personne, vraiment. Je suis contente que nos vies se soient croisées. Mais il est peu probable que je la revoie. Elle habite l’Amérique latine, et le cadre professionnel qui avait permis notre rencontre était bien temporaire. Nos vies trépidantes et remplies ne nous permettront sans doute pas de se rencontrer à nouveau. Et au fond, peu importe.

J’ai eu le plaisir de connaître cette femme, comme j’ai eu le plaisir de connaître tant d’humains fascinants et attachants, et comme j’aurai encore le plaisir de connaître tant d’autres belles personnes. Mais en regardant ses photos d’enfance, et d’adolescence, à une époque où je ne la connaissais pas, j’ai eu une sorte de vague à l’âme inexplicable. Un sentiment de ne pouvoir tout embrasser, de ne pouvoir véritablement atteindre une finalité complète à étreindre toutes mes aspirations. Peut-être est-ce le temps lourd de cet été humide qui ne s’affirme pas qui m’apporte cette tristesse indomptable? Toutes ces vies croisées, tous ces liens tissés, tous ces coeurs enflammés, toutes ces joies, ces rires, ces passions, ces larmes, pour vivre notre impermanence et notre éphémère dans la plus belle conscience que le moment s’arrête quand il commence.

La vie s’étire lentement, ombrage à mes doutes. J’aimerai bien avoir un chat pour le regarder ronronner au soleil et jouer avec les mirages de lumière. Il pourrait me ramener à l’essentiel, et faire taire ces angoisses inutiles.

Matin zen

Ce matin, réunion dans un petit café de mon quartier, j’y trouve de la musique live relax, en français, en anglais. Beau switch totalement montréalais. J’attends et c’est les autres qui sont en retard: j’aime. C’est très agréable pour une fille qui a l’habitude d’être en retard comme moi. Soleil plein la vitre. Zen. Je rencontre mon producteur et des musiciens pour un nouveau projet à naître. Je suis ici, avec l’odeur du café et des croissants, la musique tout en douceur qui habite les lieux, le soleil du printemps qui s’amène enfin. Et je me dis, la vie est belle.