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Carnaval de la révolte

Casseroles dans la rue, jour 3 sous la pluie. Un des plus beaux moments de ma vie. Encore une fois ce soir nous avons déambulé pour jouer du tambour-casserole avec quelques centaines de nos voisins d’Outremont. Nous marchons pour signifier notre mécontentement face à ce gouvernement corrompu qui tente de faire passer des mesures révoltantes après 3 mois d’impasse de la crise étudiante. Sous l’orage, sous cette pluie diluvienne qui prenait des airs tropicaux, nous avons tous battu la mesure avec joie et énergie. Ce soir le rytme était franc et à l’unisson: « Ce n’est qu’un début, continuons le com-bat! ». Sous la pluie battante, j’ai dansé nu pied dans la rue avec des centaines de personnes fouettées comme moi par l’énergie de la nature en furie. La joie au coeur, alors que des éclairs fendaient le ciel en réponse à notre colère qui gronde, une pluie si intense qu’on aurait dit un film. Nous étions tous au diapason avec cette nature si belle qui elle aussi est chamboulée par les dérives et les abus du néo-libéralisme. Au beau mileu de la rue Van Horne, sur l’asphalte chaude et mouillée par cette pluie d’été, mes pieds suivaient le rythme, mon corps lavé et heureux de faire la fête, mon âme vibrait d’espoir. Un moment qui donne le droit au rêve, comme le début d’une grande transformation dont notre société a cruellement besoin.

Casseroles!

Vu ce soir dans la manif des casseroles d’Outremont: des juifs hassidims tout sourire qui tapaient de la casserole sur leur balcon (!), une dame indienne en sari qui tapait allègrement de la cuillère depuis sa fenêtre, des bébés émerveillés, des enfants en pyjamas qui déambulaient joyeusement en musique de cuisine, une dame enceinte jusqu’au yeux et qui manifestait paisiblement, un monsieur très âgé dans son fauteuil roulant électrique qui tapait sur sa casserole, et plus de 300 personnes joyeuses qui faisaient une musique à l’unisson! Très peu d’étudiants dans ce lot… mais un peuple qui se réveille!

De colère et d’espoir

Voilà que notre société traverse une vraie crise. Une crise d’identité. Deux visages: d’un côté la jeunesse qui a soif de véritables changements, une jeunesse qui se donne le droit de rêver à un monde véritablement équitable, à une société qui prendrait les moyens d’incarner ses valeurs jusque dans ses institutions et dans ces choix politiques. De l’autre côté l’establishment politique, Libéral mais au-delà, qui ralie une partie de la masse ‘bien pensante’ de la population qui trouve maintenant que les étudiants exagèrent. Certains événements et éléments sensasionalistes évacuent trop souvent l’essence même du débat: le choix de société qui se pose, à savoir la gratuité scolaire ou pas. À la lumière du rapport Parent produit il y a plus de 35 ans, la gratuité scolaire n’est pas un caprice, c’est l’incarnation d’une valeur profonde de justice sociale. La gratuité scolaire est un idéal à atteindre, comme la gratuité des soins de santé. À tous ceux qui pensent encore que la scolarité doit être payée à ‘son juste prix’, je rappelle le danger d’ouvrir le débat à la fin de la gratuité de notre système de santé, où les problèmes de gestion et de financement sont les mêmes que dans l’éducation. Voulons-nous vraiment d’une socitété qui où le capitalisme et la recherche de profit dicte nos choix en matière de santé et d’éducation? Il me semble que c’est vraiment loin des valeurs des Québécois, et d’une majorité de Canadiens.

Ébullitions

J’ai suis très émue de voir les manifestants hier qui occupent le parc devant La Tour de la Bourse de Montréal, rebatisé Place du peuple. Un sentiment de voir se concrétiser des années de frustration, de colère, de sentiment d’impuissance. Enfin sentir que toutes mes réflexions et ma philosophie était partagée par un plus grand nombre. Je souhaite voir grandir ce mouvement, prendre en maturité, en profondeur et en sagesse (c’est déjà la voie du mouvement). Je souhaite voir éclore de nouvelles façons de faire. Je souhaite voir naître plusieurs projets issu de ces réflexions. Dans la mouvance, plusieurs documentaires sortent avec un sens du timming presque parfait: République, de Hugo Latulippe, Surviving progress de Mathieu Roy, et Trou story de Desjardins et Monderie.

Si les choses s’étaient passées autrement, j’aurais aussi un projet en ligne à propos de consience écologique. Mais voilà, la vie amène des circonstances qui changent parfois le cours des choses. Mon projet est en dormance (mais pas moi, heureusement!), il sommeille et attends de murir pour voir le jour. Faire des projets créatifs, c’est long. Faut s’armer de patience, de courage et de détermination. Il faut y croire, en dépit de tout, il faut se préserver soi-même, et savoir attendre le bon moment. Je parle de quoi déjà? De mon projet ou de la révolution en marche?

Ceci dit, je me sens en ébullition en ce moment. Je vibre de joie de voir ces mouvements sociaux s’aligner. Je suis fascinée par la scéne politique nationale et internationale qui craque de partout. Mais
à petite échelle aussi, je prépare plusieurs projets, je suis sur plusieurs comités, engagée et impliquée. Vivante.

Révolution à vos portes

Rassembler ses mots et ses idées, première arme de la révolution pacifique. Les donner aux autres, faire résonner la parole au-delà de nos murs. Prendre action, ne pas passer son tour. Tendre la main, faire autrement. Voter. Faire des projets. S’impliquer. Se reposer quand il faut. Travailler fort, au bon moment, sur les bons projets qui ont un sens pour nous. Freiner la productivité à tout prix pour ramener l’humain au coeur de nos préoccupations. Redonner. S’impliquer dans sa famille, dans son quartier, dans sa communauté, et ailleurs si on le peut. Ne pas se taire devant l’injustice. Dire. Prendre acte, puis agir. Se tenir. Croire. Partager. Ne pas fermer les yeux. Embrasser la solidarité. Être pour la coopération, la collaboration, la création et surtout la co-création. Tout faire pour être automomes et solidaires. Concrètement: ne pas gaspiller, moins consommer, éviter de jetter, choisir le vieil objet plutôt que le nouveau, garder ses choses longtemps, faire attention aux gens et aux choses, cesser l’inutile, freiner l’absurde course au côté sombre de la modernité. Respecter les vieux. Aimer les enfants. Assumer. Durer, perdurer, persister, encourager. Être généreux, envers les autres, envers soi-même. Faire face. Croire. Croire à tout prix que tout cela est possible, nécessaire, inévitable. Réinventer le monde. Respirer, encore plus profondément. Pardonner. Cesser de juger. Agir. Sentir le mouvement. Être lucide et critique. Assumer que l’argent n’achète pas tout. Redistribuer la richesse. Ne pas fermer les yeux devant l’injustice. Cesser d’abdiquer. Cesser le cynisme. Cesser la parole vaine. Embrasser la perspecive. Faire des phrases courtes, efficaces, rigoureuses, les planter là où elles trouvent écho. Se rassembler. Croire à la force du nombre. Se mobiliser pour se tenir. Garder espoir, l’ancrer dans son quotidien. Ne pas oublier l’histoire. Changer de chemin. Faire autrement. Prendre la musique au corps. Habiter son corps. Faire corps avec l’autre. Avancer. Ensemble.

Désobéissance

« La désobéissance est un acte tellement difficile à réaliser que l’histoire n’a jamais cessé de mettre en avant les individus, célèbres ou inconnus, qui ont osés l’assumer. Ceux qui ont su se dresser contre les régimes totalitaires et les politiques ségrégationnistes sont autant de héros du monde moderne. La désobéissance est un acte individuel qui tire sa force de la capacité des hommes à oeuvrer en commun. La désobéissance ouvre la voie à la résistance collective. En ce sens, elle est un danger pour tout pouvoir qui abuse de son autorité. Voilà pourquoi la désobéissance, en ce qu’elle conteste des règles établies est considéré comme une infraction consciente et volontaire. À ce titre, tout contrevenant se confronte à une répression qui peut être violente et implacable. » Le jeu de la mort, documentaire de Christophe Nick

Ce documentaire a été diffusé l’an dernier à la télévision française. Il questionne le rôle de la télévision dans nos vies. J’hésitais à le regarder, l’associant à une émission sensationnaliste. Mais j’ai été fascinée et effrayée par ce que j’ai découvert. Mais pas surprise.

Catastrophes inc.

Comment une société peut-elle collectivement réagir à un grand choc extérieur? Nous réagissons de multiples manières, selon notre culture, mais aussi selon le traitement médiatique réservé au drame, catastrophe naturelle ou autre. Nous avons eu l’exemple récent du Japon, où ses habitants sont demeurés calmes et parfois stoïques, forts et résignés, devant le Tsunami et les menaces nucléaires. Avec quelques débordements émotifs très surprenants pour ce peuple qui garde bien ses émotions en contrôle. Nous avons aussi vu réagir les victimes du séisme en Haïti l’an dernier, où la résilience impressionnante de ce peuple blessé commande le respect. La démonstration de solidarité internationale a été très belle, les gens ont été touchés au coeur et ont affiché une réelle compassion pour les Haïtiens. – Je ne commente pas ici la gestion désasteuse post-séisme haitien. –  Puis si on remonte le temps, ici au Québec, la crise du verglas de 1998 avait attisé une grande solidarité et des situations d’entraide presque joyeuses.

De telles situations vont être de plus en plus fréquentes avec les changements climatiques, les crises économiques et la fin du pétrole. À nous de réfléchir collectivement à des solutions pratiques et positives pour se préparer à absorber de tels chocs. Nous avons une triste tendance à nous endormir dans notre petit confort. Mais un drame nous secoue bien comme il faut, et remet les idées en place si la tête tiens le coup…

Paradoxalement, le confort (et l’indifférence) ne nous amène pas beaucoup de bonheur. C’est la solidarité, l’entraide et le partage qui sont des gages important d’une socitété résiliente qui apportent davantage de bonheur à ces citoyens engagés. Un sentiment d’appartenance et de faire une différence, de faire du bien autours de soi et d’avoir sa place dans une grande chaîne, sont des éléments importants. Et je sais que le Québec est une socitété particulièrement solidaire et altruiste où la véritable social-démocratie citoyenne peut faire une grande différence pour traverser des épreuves.

Nos sinistrés du Richelieu vivent à l’heure actuelle une situation difficile, toujours innondés, et dans une situation instable où ils ne savent même pas s’ils pourront retrouver leur maison, et quand l’eau descendra enfin. La solidarité citoyenne est au rendez-vous localement, mais je trouve qu’une certaine indifférence du reste de la province est étrange. Comme si les gens banalisaient le problème vécu, puisqu’ils ne sont pas touchés. Peut-être aussi parce qu’il n’y a aucun momentum médiatique, puisque de l’eau qui monte est moins spectaculaire qu’un tremblement de terre. Nous vivons dans un monde de l’image où l’empathie passe par le spectacle qu’on fait d’un drame.

Normandeau à TLMEP! Réplique citoyenne SVP!

Lettre à Guy A. Lepage et toute l’équipe de Tout le monde en parle,

Je suis vraiment très déçue de l’entrevue avec Nathalie Normandeau de la dernière émission. Elle nous prends pour des valises sur le plan économique. La stratégie de l’autruche est suicidaire sur le plan environnemental. Son évitement face aux scandaleux liens libéraux dans l’AGPQ me sidère. Je suis en colère, et j’aurais bien voulu entendre gronder cette très grande colère citoyenne en réplique à Mme Normandeau. Tout le monde réclamme un moratoire, le BAPE n’a pas de crédibilité, et les citoyens se font rouler comme des colonisés. Pourquoi ne pas inviter Yan Perreault, il est incroyablement éloquent sur le sujet? Ou Amir Kahdhir que l’on a trop peu entendu sur ce dossier capital pour la santé publique du Québec.

J’ai surtout été déçue de voir Guy A. se faire enfirouaper par la mielleuse ministre. J’ai senti qu’il n’était pas conscient de l’ampleur du danger que représente le gaz de schiste.

De plus, derrière l’enjeu bien concret d’exploiter une ressource, il faut se poser des questions sur nos choix énergétiques et l’orientation que le Québec doit prendre pour freiner la perte drastique de la biodiversité, la disparition de nos milieux naturels, la toxicité des sols, de l’eau et de l’air, et les changements climatiques. Tous ces enjeux sont indiscociables de nos choix économiques et énergétiques. Et le gaz de schiste ne cadre pas du tout dans une telle vision globale. Les citoyens doivent décider de telles orientations, pas seul le gouvernement. Nous avons besoin d’un débat de société à ce sujet.

Je ne pense pas qu’il y a conscensus sur l’exploitation économique des gaz de schistes. L’eau potable, c’est notre plus précieuse ressource, et il ne faut courrir aucun risque de la mettre en danger. Surtout pour enrichir des compagnie privées. Et même si c’était public…
– avez-vous seulement vu GAZLAND en entier? Je vous recommande de le faire.-

En terminant, le plateau semblait impressionné quand Normandeau parlait de gaz naturel pour 200 ans. Vous rendez-vous seulement compte que la nature a mis 450 millions d’années pour faire ce gaz de schiste? 200 ans, c’est quelques générations. Et après, ils feront quoi nos descendants? Ils feront des débats historiques sur notre barbarisme, notre cruauté et notre manque de vision à long terme.

J’espère voir rapidement une réplique citoyenne à Mme Normandeau sur le dossier du gaz de schiste.

Pour voir l’entrevue

Partie 2

Porteurs d’espoir

C’est avec grande émotion que je découvre la bande-annonce du noueau documentaire de Fernand Dansereau, Porteurs d’espoir. C’est un documentaire qui se penche sur une classe de 6e année primaire de l’école La Farandole à McMasterville. Je suis touchée pour plusieurs raisons. Tout d’abord, c’est mon ancienne école primaire! De mon passage là-bas, de 1980 à 1986, je garde un souvenir précieux. Des amitiés, des professeurs marquants et inspirants: Arlette, Hélène Forget, Michel, Pier-Paul (pardon j’ai oublié les noms de famille!), des beaux projet et une envie de faire des choses pour notre société, un goût de changer le monde à ma façon. Et le film de Dansereau parle exactement de cela.

En plus, le film se penche sur l’implication des jeunes dans la ville, et mon cher Grand-Père y a été Maire de 1974 à 1990. Au temps de mon école primaire, c’est avec grande fierté que j’affichais mon statut particulier de « petite fille du Maire ». De l’école, je débarquais directement à la mairie où tous me connaissaient, où je rejoignais mon Parrain sur l’heure du dîner pour aller manger avec mes grands-parents. J’ai participé à plusieurs projets de la vie communautaire de McMasterville, et je suis tellement heureuse de voir que la relève est là!

La poésie est encore avec moi (pour Haiti aussi)

Le silence. Ici. Depuis longtemps. Et pourtant. Et pourtant vous êtes là. Encore. Et moi aussi.

La poésie ne m’a pas quittée. Elle est avec moi plus que jamais, en ces heures difficiles pour le peuple Haïtien. Dans la douleur. Là où les mots sont superflus. Là où le mot espoir semble dérisoire. Il reste encore la poséie, dans la vie qui se bat pour exister. Dans les rayons qui illuminent la poussière et les décombres, indistinctement. Dans la morphologie de l’horreur. Dans les cris et la catastrophe. Dans la clameur et dans le silence. Dans ces heures interminables d’attentes pour qui sans nouvelles, pour qui prisonier des décombres.

Attendre un dénouement. Un dénouement heureux. Un dénouement tragique. Mais un terme à cette attente interminable. Placer des mots là où la patience semble un mot grossier. Placer des mots là où il faut garder le silence. Garder le silence. Beaucoup plus qu’une minute.