L’impermanence et l’éphémère

Un forte impression de nostalgie décalée s’est emparée de moi. Je regardais les photos d’une amie retrouvée dans les méandres du web, une amie du temps de ma vie européenne, il y a déjà plusieurs années. Elle est toujours aussi belle, le temps ne semblant pas avoir d’emprise sur elle. Son amitié était comme un vent de fraîcheur, un éclat de rire. Une belle personne, vraiment. Je suis contente que nos vies se soient croisées. Mais il est peu probable que je la revoie. Elle habite l’Amérique latine, et le cadre professionnel qui avait permis notre rencontre était bien temporaire. Nos vies trépidantes et remplies ne nous permettront sans doute pas de se rencontrer à nouveau. Et au fond, peu importe.

J’ai eu le plaisir de connaître cette femme, comme j’ai eu le plaisir de connaître tant d’humains fascinants et attachants, et comme j’aurai encore le plaisir de connaître tant d’autres belles personnes. Mais en regardant ses photos d’enfance, et d’adolescence, à une époque où je ne la connaissais pas, j’ai eu une sorte de vague à l’âme inexplicable. Un sentiment de ne pouvoir tout embrasser, de ne pouvoir véritablement atteindre une finalité complète à étreindre toutes mes aspirations. Peut-être est-ce le temps lourd de cet été humide qui ne s’affirme pas qui m’apporte cette tristesse indomptable? Toutes ces vies croisées, tous ces liens tissés, tous ces coeurs enflammés, toutes ces joies, ces rires, ces passions, ces larmes, pour vivre notre impermanence et notre éphémère dans la plus belle conscience que le moment s’arrête quand il commence.

La vie s’étire lentement, ombrage à mes doutes. J’aimerai bien avoir un chat pour le regarder ronronner au soleil et jouer avec les mirages de lumière. Il pourrait me ramener à l’essentiel, et faire taire ces angoisses inutiles.

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Amitiés qui s’effritent

Par où commencer? J’ai envie d’écrire ici ce soir. Sans raisons et pour toutes les raisons. Moi qui prône le réseautage, et qui crie sur tous les toîts que l’Internet et les blogues sont des lieux sociaux, c’est avec une grande impression de solitude que je suis ici face à vous. Un besoin de solitude, ou un sentiment nostalgique qui m’habite ce soir, je ne sais pas. Je termine un contrat de montage, car je suis retournée à la réalisation indépendante pour des projets culturels après une incursion dans le monde de la télévision comme recherchiste. Comme je suis de retour dans mon bureau-à-la-maison, avec une perspective créative sur les choses et mon travail, je me penche sur des réflexions plus solitaires. Çe me fait du bien.

Mais ce soir je me sens envahie d’un sentiment que je ne peux pas vraiment définir. En ce moment, je me sens dans une période très créative, ou tout est possible. Mais tout cela vient avec un grand vertige, une impression de passer à côté de quelquechose d’indéfinissable. J’ai envie de saisir la vie pour l’embrasser, et lui dire merci pour mes grands bonheurs. Luxe énorme en ces temps où tout va trop vite, je suis couchée sur le dos et j’observe les nuages qui passent. Je pense beaucoup à mon grand-père, décédé il y a presque deux ans maintenant. J’observe le passage du temps sur mon deuil. Et j’observe aussi le passage du temps sur ma vie, mon travail, ma famille, mes amours, mes amis.

Je ne sais pas comment dire, mais je sens des choses ou des gens qui s’éloignent. Des amis dont le regard semble un souvenir perdu entre deux montagnes. Des rires dont l’écho se fait lointain. Une sorte de tristesse me gagne. Mais ces amis ne sont plus ce qu’ils étaient, ils ont changés, et moi aussi. Je dois faire le deuil de ces amitiés qui s’effritent, ne pas m’accrocher aux souvenirs de moments mémorables que nous avons vécus. C’est chose du passé, et je sais que tant d’autres moments m’attendent encore. Mais la trentaine bien amorcée amène une perspective sur l’impression de certaines amitiés immuables. Et je dois être sereine et les laisser s’éloigner. C’est ce qu’ils veulent, semble-t-il.

Amitié homme-femme (3)

Courier du coeur post-Saint-Valentin

En octobre 2005, j’ai publié un populaire billet sur l’amitié homme-femme. J’ai eu plusieurs courriels d’amoureux éperdus, d’amoureuses déçues et de Dames au coeurs tourmenté. J’observe le malaise amoureux autours de moi, et je souhaite à tous de trouver leur bonheur. Je viens de parler à une amie insatisfaite de sa situation amoureuse. Pointe d’angoisse dans sa voix. Je veux l’aider, qu’elle trouve son bonheur et une quiétude qui lui fait défaut. J’y vais de mes conseils, mais ma situation d’amoureuse comblée semble m’enlever une certaine crédibilité à ses yeux. Pourtant j’en ai bavé moi aussi, pendant des années, avant de trouver le grand amour.

Mais maintenant je suis heureuse, donc mes conseils sembles rouillés, ou mon point de vue ne reflète pas de souffrance amoureuse, elle semble dire que je ne peux pas vraiment la comprendre. Je me sens pourtant tellement apte à avoir un recul nécessaire à l’analyse d’une situation, sans y être émotivement impliquée. Je sais que l’équilibre émotif est fragile quand on est tourmenté émotivement. Et je sais qu’être célibataire n’est pas agréable quand on rêve de trouver le grand amour. Je comprends que c’est désagréable de voir des couples heureux autours de soi.

Malheureusement, il faut accepter totalement son célibat, l’embrasser presque, si on veut rencontrer une personne avec qui trouver un équilibre. Un individu complètement bien avec lui-même attire l’amour sain. Une carence, une situation émotive en équilibre précaire, attire un amour instable. J’en suis convaincue. Mais comment retrouver l’équilibre tout seul, quand notre souhait le plus cher est de trouver l’âme soeur?

Plusieurs solutions sont possibles:
1) Détachement total et lâcher-prise (moi je recommande des lectures qui alimentent le tout)
2) Quête intense dans divers réseaux (le web rebute certaines personnes, alors quoi?)
3) Être clair autours de soi pour dire ce que nous cherchons
4) Savoir quel type d’homme ou de femme on cherche! (ok, c’est numéro #1)

Et finalement, est-ce que vous croyez que la socitété met de la pression sur les célibataires pour les presser d’être en couple?

Retrouver une vieille amie…

La semaine dernière j’ai eu une merveilleuse surprise en prenant mes courriels. Veronica. Veronica, une amie d’enfance dont j’avais perdue la trace. Je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis 1986. Nous étions des amies très proches à l’âge de 10 ans. Je l’avais quittée en larmes alors qu’elle repartait vers son Argentine natale. Nous avons correspondu par lettre (pas d’Internet à cette époque!) pendant quelques années, puis nos chemins se sont écartés à l’adolescence. La distance, le temps qui passe, les vies qui changent si vite à cet âge. Mais je n’ai jamais cessé de penser à elle de temps en temps.

J’ai écrit ce billet il y a un an. Je parlais d’elle. Sa soeur a découvert mon blogue, puis elle a lu le texte. Avec grande émotion, me raconte-t-elle dans une missive électronique. Avec des larmes qui remontaient sans doute de toute la charge de son passé au Canada. Toutes ces années d’enfance dans la banlieue sud de Montréal, à connaître la neige, les sapins de Noël, le ski de fond, le sirop d’érable, les cueillettes de pommes à l’automne, l’halloween et les citrouilles, les piscines de banlieues et les fêtes d’enfant avec des BBQ et des hots-dogs canadiens. Et puis le retour vers la chaleur de l’Argentine et toutes les fabuleuses traditions locales, la nourriture, les odeurs, la lumière de sa mère patrie. Mais sans neige. Et avec les souvenirs d’enfance canadienne bien loin derière. Elle habite maintenant Mendoza, en Argentine. Elle est psychologue et elle a un petit garçon d’un an. Elle m’a envoyé des photos. Nous avons repris contact. Elle m’écrit en espagnol, je lui réponds en français. J’aimerai bien visiter l’Argentine… j’en ai toujorus rêvé!

L’amitié

Je devrais toujours me souvenir qu’après un phase d’angoisse et de déprime suit toujours un moment de plénitude et de joie. Toujours. (C’est Étienne qui le dit). Je suis comme ça, c’est tout. Et cette vague arrive par la porte de l’amitié (formule kétaine et véridique). J’aime mes amis. Tellement. Ils me font du bien. Ils sont là, autours de moi: par l’écran, le téléphone, la vraie vie. J’aime les humains, et ils me le rendent bien. Ce que j’aime le plus: faire rire mes amis. Le test pour savoir si je deviens amie avec une personne: est-ce que je la fais rire? Mon intense satisfaction: accompagner mes amis jusqu’aux larmes (de rire). Des fois je me trouve drôle moi-même (mais il ne faut pas le dire, ça gache tout). C’est comme de la chimie, avec certaines personnes je suis drôle, avec d’autres pas du tout. Parfois, avec mon homme, on a 5 ans. C’est une forme d’humour très légère et simple (parfois douteux), qui guérit de tout. Je le regarde et je le vois à 5 ans, pour vrai, et on rigole. On aurait été des vrais amis, même à cet âge, j’en suis certaine. On aurait fait pleins de mauvais coups ensemble. Aujourd’hui, on fait des bons coups.

J’ai très hâte, ce soir mes copines viennent souper. Au menu: poulet cacciatore et salade mesclun.

Amitiés féminines au fil du temps

Le temps qui passe transforme les gens. La vie, les amours, le travail; tout nous transforme doucement, nous fait évoluer. Le fond reste le même, mais nos valeurs s’ancrent, et un peu de sagesse, dans le meilleur des cas, vient polir nos positions ou les raffiner.

Les amitiés suivent cette courbe de vie. Nous changeons, et nos amitiés changent aussi. J’ai changé, et mes amis ont changé avec le temps. Je suis parfois triste ou noslagique de certaines amitiés perdues en chemin, dans les dédales de la vie, des déceptions mutuelles, des parcours professionnels, des embûches, des bravades, des chocs émotifs parfois. Mais je ne devrais pas. J’ai aussi de nouveaux amis dans ma vie. Je suis une femme de coeur et d’amitiés fortes, et mes nouvelles amitiés sont riches et nourrissantes, vraies et belles, et elles m’apportent beaucoup. La grand-mère de mon Grand Amour disait: « mon coeur est comme un autobus, y a assez de place pour que tout le monde embarque ». J’adore cette phrase. J’adore cette femme, même si je ne l’ai pas connue. Moi je suis comme ça: j’adore, j’aime, je me passionne.

Aimer pour moi est facile. Il m’est plus difficile de cesser d’aimer. En fait, je ne cesse pas d’aimer. Je range dans un tiroir ces amitiés que le temps effrite. C’est ainsi qu’au fil des ans, certaines amies se sont éloignées pour diverses raisons. Et elles me manquent. – J’aime les hommes; d’amour et de passion. J’adore les femmes; de complicité et d’amitiés – J’ai toujours eu de fortes amitiés féminines, avec des femmes de tous âges. Des liens tissés solides, entre des âmes de femmes fortes, inspirantes.

J’aimerai avoir des nouvelles de Ora Karat, ma copine Israelo-New-Yorkaise que j’ai connue en Allemagne. Une femme d’une grande beauté et d’une rare intensité, qui était née le même jour que moi, à 20 ans d’écart. J’aimerai savoir si E.L. va bien, si elle a pu pardonner, malgrés l’immense tempête qui nous a éloignées à jamais voilà trois ans. Je lui souhaite d’être heureuse. J’aimerai retrouver la trace de Véronica Dominguez, ma meilleure amie de 5e année du primaire. Véronica avait dû repartir en Argentine en 1985, après 4 ans de complicité avec moi, et nous étions en larmes quand elle a quitté le Québec, après avoir fait le « pacte de sang » de nos 10 ans avec moi. J’entends encore son rire en mitraillette qui résonne. Je suis curieuse de savoir ce qu’elle est devenue. J’aimerai retrouver Brigitte Gendron, une fille exceptionnelle que j’adorais, avec qui j’ai travaillé comme monitrice aux les terrains de jeux de McMasterville, alors que nous étions dans le début de la vingtaine. Brigitte était une artiste, une femme d’un rare dynamisme, et elle m’a fait découvrir Andy Goldsworthy. J’aimerai avoir des nouvelles de Véronique Beaudry, ma meilleure amie (et ma voisine) entre 3 ans et 16 ans. Nous avons perdue la trace l’une de l’autre alors que la fin de l’adolescence nous a fait prendre des chemins différents, alors que la vie nous a simplement éloignée l’une de l’autre après le Cégep. Il parait qu’elle est psychiatre, qu’elle a deux garçons et qu’elle habite Sept-Îles. J’aimerai savoir si elle est heureuse, qu’elle me raconte sa vie. J’aimerai lui raconter combien je suis heureuse. Je me souviens qu’enfants nous rêvions ensemble des prénoms que nous donnerions un jour à nos propores enfants. Elle aimait beaucoup le prénom de Frédérique pour une fille.

Il y a aussi ces amitiés transformées, ces amies que je vois encore, mais beaucoup moins souvent qu’avant. J’ai souvenir de tant de soirées partagées, de fêtes, de moments précieux, de soupers bien arrosés, de débats enflammés, de plancher de danse où nous étions endiablées! Et maintenant? Et maintenant la vie nous transforme et je vis d’autres moments délicieux, et forts différents. Mais je garderai toujours en moi souvenir de ces amitiés fortes, marquée à jamais par la présence, l’humour, le regard, la vision, et la force de l’âme de chacune.

Tisser des liens

Quand on aime, on recentre le coeur. Il était déjà bien centré mon coeur (je parle au figuré là, je ne fais pas de l’anatomie, ok?). Je veux dire que je suis en paix avec moi, avec mes amis et mon réseau social élargi. Je l’étais, je le suis encore. Faire entrer un homme dans ma vie par la grande porte ne modifie rien à tout cela, mais apporte une lumière différente. Les amitiés vont et viennent dans la vie, c’est ainsi, et c’est très bien. Nos rapports aux autres évoluent selon les circonstances, les événements, les projets, les déplacements géographiques et émotifs. Il y a aussi des froids, et des chauds. Les chauds, c’est agréable. Un réchauffement, en amitié, c’est quand soudainement la vie nous rapproche de gens qu’on aime, à cause de circonstances, d’événements, de projets, de déplacements géographiques et émotifs. Les froids, c’est parfois plus difficile à s’expliquer. On se demande toujours si on doit faire l’effort de raccommoder la maille brisée. Ou laisser le temps et la vie réparer l’amitié qui bat de l’aile ou celle qui est brisée, carrément. Il y a plus d’un an arrivait un choc de bris d’amitié dans ma vie. Évi était ma grande copine, ma confidente, ma soeur. Circonstances atténuantes, histoires d’ex et manque de pardon qui viennent solidement empoisonner tout cela, notre amitié explose. Nous sommes éjectées de nos vies respectives. Probablement pour le bien de chacune. Sa blessure de vie, subie suite à une relation malsaine et une rupture difficile, était si grande qu’elle a tout emporté au passage: mon amitié, mais aussi celle de quelques autres. Maintenant Noël approche, et je devrais peut-être saisir l’occasion pour lui envoyer un mot gentil, le plus neutre possible. J’ai un peu peur de sa réaction, je dois avouer. Je ne veux pas réveiller de vieilles douleurs en elle, et je ne tiens pas à renouer notre amitié. Je ne crois pas que c’est possible, et je ne le désire pas vraiment. Mais je voudrais seulement être en paix avec elle, pouvoir la croiser dans la rue et lui faire un sourire bien franc et les yeux brillants et sincèrement heureux de la voir, lui dire bonjour, ça va, oui, moi aussi, super, tes projets, ton doc, génial, voilà. J’aimerais bien la savoir heureuse et en paix, toute pleine de pardon. Pardon pour moi, pardon pour les autres, pardon pour elle-même. Je crois que c’est ça que je lui dirai dans ma carte de Noël. Ou ça serait bien si elle lisait ce blog, simplement. Mais une carte de Noël c’est mieux, non?