Notre petite fille

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Nous attendons une fille. Ma joie est sans limites. J’ai l’impression de vivre un rêve. Après toutes ces années d’attente, nous allons enfin avoir un enfant. Nous vivons dans un monde tourmenté et difficile mais je vis le moment présent et l’arrivée de notre enfant empli mon coeur d’une joie difficile à décrire. Je viens d’une famille très aimante et affectueuse, et d’une lignée de femmes qui débordent d’amour. Ma mère et ma grand-mère maternelle ont été pour moi des fontaines d’amour maternel. C’est très fort pour moi au moment où je m’aprête à donner la vie à une petite fille à mon tour. J’ai l’impression d’une continuité, et je vais redonner tout cet amour à mon petit trésor qui va naître en octobre.

 

Le calme

Je suis dans une phase très agréable et heureuse de ma vie, après quelques années plus difficiles. La vie est douce à San Francisco où je vis maintenant. Je savoure. Oui, je mijote bien des nouveaux projets d’écriture et de film. Et je m’étais jurée de reprendre plus régulièrement l’écriture de ce blogue. J’ai déjà été très prolifique ici-même, vous savez. En 2005, j’écrivais presque un nouveau billet tous les jours. Puis avec les années, la vie frénétique, le travail, la vie amoureuse, les épreuves, la maladie, les gens qu’on aime qui traversent aussi leur lot d’épreuves, les moments de bonheur, les enfants qui grandissent, le quotidien, tout cela a fini par avaler peu à peu mon temps d’écriture. Et maintenant je prends surtout le temps de vivre.Pour être parfaitement honnête, je passe beaucoup de temps qui fut jadis dédié à l’écriture sur les réseaux sociaux. J’y prends plaisir à me nourrir des nouvelles de mes ‘amis’, mais aussi de m’informer (pour vrai je vous jure). J’aime beaucoup le partage d’articles, d’information, d’images, de photos. Un peu mordue d’Instagram, je suis. Mais je me questionne sur l’impact de ce type d’activités sur ma vie. Avec un peu de recul, je constate bien que mon temps ‘créatif’ est littéralement avalé par mon activité sur le web, à parfois flaner, à regarder des vidéos politiques ou d’actualité, mais ausi parfois des vidéos de chats – à titre d’exemple (oui, je l’avoue). Bien des choses plutôt inutiles, il me semble. Aucun résultat concret de ces activités passives, où on ne construit rien, ou si peu. Pas très différent des heures trop nombreuses que les gens passaient autrefois devant leur petit écran. Le cerveau un peu apathique, les sens assoupis, le corps un peu oublié. Heureusement je fais du yoga, je me promène, je bouge dans la ville.

 « A Totalitarian State, due to an interconnected web of technologies, will not be forced upon you – it will be bought in a blind desire for convienience »


C’est justement en promenade dans mon quartier, que sur le trottoir près de chez moi, j’ai trouvé cette note fort juste, qui nous force à réfléchir à l’impact des technologies sur nos vies. Tellement de zombies qui marchent accrochés à leur téléphone, tellement de têtes penchées sur leur portable dans les cafés. C’est presque troublant de voir la ville si belle, ignorée par des hordes indifférentes de badauds technologiques assoiffés de nouvelles fraîches et de divertissement, asservis au travail dans les lieux publics, et probablement dans les moindres replis de leur intimité. Je fais partie de ces consommateurs de technologie, et je vis en plein paradoxe, mais je pense que notre dépendance à la technologie est sournoise en bien des points, et qu’elle nous déconnecte trop souvent de l’essentiel, la vie. Pour parfaire le paradoxe, j’ai pris la note rebelle en photo et je l’ai postée sur Instagram.

Tout ce temps brûlé, consummé, envolé, à flairer le vide et l’air du temps… me trouble. Pour revenir à un ton plus personnel, d’un côté, je me sens incroyablement heureuse et bien, probablement une des période de ma vie avec le plus bas taux de stress, sérieusement. Ma situation ‘d’épouse à la maison’, forcée par mon status de résidente américaine sans permis de travail, m’impose un rythme où je vois la vie et les saisons se dérouler. C’est fort agréable, je dois l’avouer. Je fais toutes ces choses remises à la semaine des 4 jeudis (c’est maintenant pour moi). Mais en même temps, je suis tiraillée par une forte impression de perdre un temps où je pourrais être beaucoup plus créative et productive, à faire des projets croncrets, à tisser des liens professionnels, à rencontrer des gens en chair et en os dans le cadre de projets. Je dois m’imposer une discipline et tenter de reconstruire mon réseau de contacts, déracinée de mon Montréal depuis quelques mois. Pour l’instant, je flâne dans la ville et j’observe, et c’est un moment magique, le temps suspendu. C’est un temps beaucoup plus précieux que des heures passées à scruter un écran.

Je me demande si le temps qui passe a elimé mon désir de prendre part activement au monde, si ce temps qui passe et les désillusions de la réalité n’ont pas un peu affaibli ma fougue et ma rage de vivre. Je ne porte plus la même urgence, il faut bien l’admettre. Mais je suis beaucoup plus calme et sereine. À vouloir porter le monde sur ses épaules, on se fatigue, forcément. C’est bénéfique pour moi de flairer le vent sans arrière-pensée, de laisser le bon temps rouler puisque j’ai cette chance de vivre une période de grand bonheur. Mais je dois me remettre à construire. Renouer avec l’écriture de ce blogue me semble une très bonne idée.

Interpréter les signes

Je reviens d’une semaine de repos avec mon amoureux à Barcelone. Pause mérité après un automne intense où j’ai retrouvé le goût du travail, avec passion. Après une année difficile l’an dernier, nous avons décidé de prendre une pause d’in-vitro. Cette semaine à Barcelone nous a donné l’occasion de penser un peu à notre projet d’avoir un enfant. Nous aimons bien cette période sans soucis, et je n’ai pas encore envie de reprendre les cycles d’in-vitro, si éprouvants. J’ai retrouvé une vie active et heureuse où je me consacre entièrement à mon travail et mes implications, sans brûler de l’énergie à vide sur des espoirs et des déceptions -et la douleur physique- causés par les aléats des tentatives de fécondation in-vitro. Savourer son bonheur quotidien à partager la vie avec l’homme que j’aime, à faire des projets stimulants et rêver à de nouveaux projets, tout cela me ressemble. Je n’ai aucune envie pour l’instant de forcer les choses pour avoir un enfant. Si cela arriverait naturellement, je prendrais le cadeau et j’adapterais ma vie. Mais si cela n’arrive pas, c’est comme ça, et c’est très bien ainsi.

Nous avons été au Monastère de Monserrat, dans les montagnes tout près de Barcelone. Bien que l’endroit fut touristique et trop achalandé, nous avons trouvé un endroit tranquille dans une petite chapelle où nous avons pu nous recueillir. J’avais besoin de me centrer, de faire le point en moi et autours, dans ma vie où la spiritualité prends moins de place qu’elle n’en a déjà eu. Assise dans cette chapelle silencieuse, j’ai demandé à avoir un signe de ce que je devais faire par rapport à mon projet d’enfant. Je suis comme ça, intuitive et ésotérique. J’assume.

Au retour de Monserrat, notre train a été stoppé à une gare d’un village espagnol pendant une heure car un homme dans le train s’est effondré. Il gisait sur le sol, victime d’un malaise. Il aurait eu un malaise cardiaque, et en tombant il s’est heurté la tête. Les secours devaient prendre le temps d’évaluer la situation avant de le déplacer. Tout s’est fait dans le calme, on a sorti l’homme du train sur une civière une heure plus tard, et nettoyé le sang dans le wagon tout près du nôtre. C’est une situation banale -pour nous du moins- qui ne nous retardait pas, car nous n’étions attendu nulle part. J’étais surtout émue car une femme pleurait. Et parce que je ne parle pas Catalan, je ne pouvais la réconforter comme j’aurais voulu le faire. Une jeune fille est venue lui parler pour la calmer. Je ne sais pas ce qu’il est advenu de cet homme, mais il s’en est tiré sans grand mal.

Je n’aurais pas vraiment porté attention à cet événement si la situation ne s’était pas répétée de lendemain, variante du même scénario joué par un autre acteur. Nous étions en transit depuis Barcelone, dans l’avion à Londres qui nous ramenait à Montréal. Juste avant le décolage, un jeune homme s’est effondré à l’arrière de l’avion, victime d’un malaise cardiaque. L’avion n’a pu décoler avant une heure et demie, car les secours sont venus évaluer la situation. Je voyais ses pieds qui dépassaient sous le rideau à quelques sièges de moi, sans voir son visage. Exactement comme l’homme du train, où j’avais seulement pu voir ses pieds allongés sur le sol. En voyant cet homme pris d’un malaise, qui nous immobilisait encore une fois, m’empêchant d’aller de l’avant, je me suis soudainement souvenu que j’avais demandé un signe. Voilà qu’on m’en servait deux, pour qui veut croire en ces égarements ésotétiques. Le jeune homme s’est senti mieux, et ne voulait pas quitter l’avion, malgrés l’ordre des médecins qui refusaient qu’il reste à bord pour sa propre sécurité. On a dû faire venir la police pour l’expulser vers un hôpital.

Je suis restée dubitative devant ces événements. Comment dois-je les interpréter? Je joue à JoJo Savard: avoir un enfant serait un fardeau pour moi, cela m’apporterait des problèmes de santé et m’immobiliserait dans ma vie? Ou puis-je trouver une piste positive d’interprétation à ces lugubres avertissements?

Retrouver la joie

Une fois les tempêtes passées, la vie pour moi ne veut pas dire le calme. Le bonheur est résolument dans l’action, dans les vagues qu’on surfe avec délectation, dans les mouvements avec lesquels on danse, dans l’ondule de cette vie qui bouge, vibrante. Cette façon de vivre me ressemble davantage, et j’apprécie les moments de tranquilité et de contemplation à leur juste valeur. Je le savais, mais maintenant je l’ai vérifié, l’inertie me tue à petit feu. Mon sourire est franc, mon coeur bat, ma tête s’active. Je me suis retrouvée.

Avoir des enfants, ou pas

Quand on tente d’avoir un enfant depuis plusieurs années sans succès, on traverse plusieurs phases, forcément. Je ne m’étais jamais vraiment imaginée sans enfant avant de savoir l’an dernier que j’avais un problème de fertilité. Entre les moments de tristesse, d’espoir, de bonheur et de déprime, on fait du chemin. Puis arrive ce jour, étrange, où on imagine vraiment vivre sans enfant, simplement. Ce n’est plus un choc, ce n’est plus du regret, ce n’est pas une libération non plus. C’est simplement notre réalité, rattachée à aucune émotion.

Pour la première fois maintenant, je me pose même la question, dois-je poursuivre les traitements d’in vitro? Je me pose la question de façon détachée, sereine, heureuse dans ma vie. Je me sens bien et en équilibre, complète, comme je ne me suis pas sentie depuis trop longtemps. Je suis présentement sans traitement hormonal, en pause avant de reprendre. Et je me demande même si je reprends. Point.

Il y a sans contredit l’épreuve de l’in vitro en tant que tel, mais c’est plus que ça. Je me demande maintenant même si je veux encore des enfants. Un vrai choc envers moi-même, moi qui rêve d’avoir un bébé depuis tant d’années, sans me poser de questions, dans un élan viscéral et complètement irrationnel. Et si c’était ça ma vie. Très bien merci, je suis heureuse. Un homme que j’aime / une famille avec ses enfants à lui / qui sont quand même aussi mes enfants depuis de nombreuses années / qui sont déjà des ados. Une carrière, des projets, des rêves, des voyages à faire, le monde à changer, des gens à aider.

Et la grande question, de se dire: est-ce vraiment un bon moment pour mettre un enfant au monde, dans ce monde en crise, disloqué, éventré, blessé, dont la socitété aveugle et immature refuse de prendre ses responsabilités sociales et écologiques.

Cette véritable question, on l’évite, on la repousse, on la minimise, on se traite de défaitiste d’y accorder de l’importance. Mais c’est une question de grande importance, qui demande une grande lucidité. Pourquoi mettre au monde un enfant dans ce monde malade? J’entends déjà les cris et les fous rires, mais voyons, elle capote la madame. Et bien non, je ne capote pas, je suis lucide. J’entends déjà les arguments nombreux qui fusent: toutes les périodes de l’histoires ont connu de bien sombres époques, des guerres, des destructions, des épreuves innommables, des fléaux, des épidémies, des droits humains bafoués, la torture, la prison, le mal partout qui venait de l’homme. Mais voilà bien en quoi notre époque est différente: si nous avons pu nous relever de toutes ces sombres périodes, la période que nous amorçons sera la dernière de l’humain tel que nous le connaissons, libre et naturel, ayant accès à une planète d’où il est issu.

Nous entrons bientôt dans l’ère de la fin du pétrole, doublée d’une crise des changements climatiques qui va s’emballer de façon exponentielle (ce n’est pas moi qui l’affirme, c’est 99% de la communauté scientifique), en plus de la perte des milieux naturels et d’une crise majeure de la biodiversité bien au-delà des cycles naturels de disparition des espèces. Au cas où vous ne saviez pas, en faisant griller votre steak sur le BBQ et en sirotant paisiblement votre bière, je suis désolée de vous dire cela, mais on est vraiment dans la merde. Vous vous en doutez déjà, c’est pas Stephen Harper ou Jean Charest qui vont aider à régler le problème (au contraire). Oui bien sûr, il fait beau, le soleil brille, le ciel est bleu, les oiseaux chantent (encore), cui cui, tchik tchik aye aye aye, comme disait l’autre. Mais n’empêche, vous aurez beau l’ignorer superbement, vous serez sur la ligne d’arrivée comme tout le monde, à vous demander dans 5, 10, 15 ou 30 ans, comment se fait-il que personne ne vous avait prévenu que tout serait si difficile dans ce monde post-pétrole. Ah oui, j’avais oublié les importantes crises économiques successives qui vont aller en s’accélérant, résultat de tout ce joyeux bordel.

Je n’ai pas de réponse à savoir ce que sera ce monde de demain, mais une chose est certaine, ce n’est pas du tout celui dont vous parle votre gouvernement qui vous rassure avec un discour économique ronronnant, en parlant de profit et de croissance à tout vent. Ce n’est pas non plus celui que dépeint les médias et encore moins la publicité. Ce mode sera drastiquement différent de celui que vous connaissez. Une chose est certaine, dans 30 ans, votre préoccupation la plus grande ne sera plus le prochain voyage dans le sud (inaccessible par des prix exorbitants réservés aux plus riches des plus riches), mais bien ce que vous réussirez à mettre dans votre assiette et dans celle de votre famille. Les priorités reviendront naturellement à la bonne place, dans davantage de simplicité. Et mettre un enfant au monde maintenant, ça rime à quoi si il doit traverser cette crise sans précédent avec vous (ou pire, sans vous)?

Mettre un enfant au monde maintenant, et bien cela veux peut-être aussi dire se donner le droit de rêver. Et par le rêve, c’est l’unique moyen de réinventer le monde de demain pour s’assurer du meilleur, de bousculer l’ordre établi (qui ne convient pas du tout pour régler tous ces défis). Il faut repenser nos sociétés de fond en comble, en commençant par des projets de communautés locales. C’est déjà commencé, et le mouvement prends de l’ampleur.

*

Tout à l’heure j’ai vu la petite voisine sur le balcon arrière fleuri. Elle dansait comme une ballerine en tournoyant, vêtue d’une robe de princesse bleue. Elle portait les talons hauts de sa mère, beaucoup trop grands. Les talons claquaient sur le bois dans une musique joyeuse. Le soleil rendait une lumière douce et chaude de fin d’après-midi d’été. C’était beau, simple, touchant. Un morceau de poésie du quotidien, qui vous arrache un sourire, et vous force à l’arrêt devant la chance de saisir un tableau si charmant, comme quand on voit un oiseau rare se poser sur une branche. J’aimerais tellement avoir une fille.

Équilibre

Le plancher est sale, la maison est en désordre, mais je suis de très bonne humeur.

Les fourmis marchent un peu partout, je les laisse vivre.

Je devrais penser au souper, mais je blogue, et je planifie de prendre un verre avec les copines tout à l’heure.

Je porte une petite robe courte, avec des bottes rouges.

Demain, je passe la journée avec mon Grand Amour. Musée ou marche en montagne.

J’ai assisté à deux conférences cette semaine, rencontré plein de monde, j’ai avancé mon travail et j’ai fait du Yoga. Je retrouve l’équilibre. Je vais vraiment mieux.

Je suis bien.

Recommencer l’In vitro cet été? Il semble que je dois trouver la force. En attendant, ce soir, je suis insouciante.

Je ne suis plus un 7up

J’ai perdu ma poésie en chemin. Trop de vaisselle lavée en grognant, trop de frustrations inutiles perdues dans le vent, trop de nostalgie qui flotte dans mon air, trop de problèmes de la terre entière sur mes épaules: ça use. J’ai déjà été une jeune femme pétillante, pleine d’entrain, une réserve sans fin de bonne humeur et d’énergie. C’est fini. Je me dirige vers mes 37 ans avec le constat cruel que je ne suis plus un 7up, avec ses bulles intensément pétillantes qui semblent pétiller sans fin. Niet, fini la naïveté de la vintaine. Je ne peux même pas la feindre. La vie m’a amené des déceptions, et pour le moment, je ne vois que le verre à moitié vide. Pourtant j’ai bel et bien trouvé le Grand Amour. Je ne savais pas que c’était une option dans la vie: vous avez le Grand Amour, et bien le reste sera moche mademoiselle. On ne peut pas tout avoir. Bon, en attendant, je vais tenter de retrouver mon chemin. Et sur la route, je vais chercher les bonnes blagues, histoire de me dilater la rate un peu. Parce que c’est lourd ne pas être un 7up. Faut savoir pister le pétillant extérieur et le pasticher, peut-être. Peut-être que mes bulles peuvent revenir, même si je me dirige vers le 40?