Équilibre

Le plancher est sale, la maison est en désordre, mais je suis de très bonne humeur.

Les fourmis marchent un peu partout, je les laisse vivre.

Je devrais penser au souper, mais je blogue, et je planifie de prendre un verre avec les copines tout à l’heure.

Je porte une petite robe courte, avec des bottes rouges.

Demain, je passe la journée avec mon Grand Amour. Musée ou marche en montagne.

J’ai assisté à deux conférences cette semaine, rencontré plein de monde, j’ai avancé mon travail et j’ai fait du Yoga. Je retrouve l’équilibre. Je vais vraiment mieux.

Je suis bien.

Recommencer l’In vitro cet été? Il semble que je dois trouver la force. En attendant, ce soir, je suis insouciante.

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De super-héro à super-zéro

Vous êtes sur le sommet de la plus haute montagne que vous aviez toujours rêvé d’escalader, la tête dans des nuages roses et bleus, si près du soleil. Soudainement, on vous annonce que vous serez sous terre dans quelques minutes, que vos longues journées d’ascension et tous vos efforts étaient illusoires, vous n’êtes pas au sommet mais sous terre. Il va falloir tout recommencer si vous trouvez le courage. Faire une fausse couche après des traitements d’In Vitro, c’est exactement ça.

Même si l’homme que j’aime a déjà trois beaux enfants, nous savions dès notre rencontre que nous voulions un enfant ensemble. Après quelques années à patienter sur les listes d’attente du système médical québécois, mon chéri avait enfin pu se faire rebrancher le canal famille. De mon côté je sentais une certaine urgence, ayant une crainte d’être ‘passée date’ après 35 ans.

C’est à mes 34 ans que nous avons pu commencer nos essais pour avoir un enfant. Nous avons tout essayé: la méthode méthodique (beaucoup-beaucoup, souvent-souvent), la méthode systématique (tous les 3 jours), la méthode relaxe (petit souper, bonne bouteille), la méthode Vacances en amoureux (j’adore), la méthode obsessive (beaucoup moins plaisant, trop c’est comme pas assez), la méthode scientifique (avec tests d’ovulation, termomètre, courbe de température), la méthode spirituelle (avec prières, mentras, respirations, postures de yoga inversées, encens, gris-gris et tout le pataclan), et finalement la méthode détachée (dans le sens de: ‘on oublie ça’, qui honnêtement est bien difficile à faire). Verdict: zéro, niet, rien pantoute, à part des heures de plaisir. Après plusieurs mois d’essais, on s’est décidé à consulter une clinique de fertilité.

Il y a un an, nous avons mis les pieds au Centre de reproduction McGill de l’hopital Royal-Victoria. Une équipe efficace et très compétente. Rapidement, on a posé mon diagnostic: vieillissement prématuré des ovaires. J’avais 35 ans, et selon le médecin, je n’avais plus de temps à perdre si je désirais un enfant. J’ai donc entrepris des traitements d’acunponcture qui m’ont fait beaucoup de bien dans la clinique spécilisée Sino-Care. Mais toujours pas de bébé en vue. Nous avons fait quelques essais infructueux d’insémination, plus simple que l’in vitro. Puis avec la gratuité des traitements à notre portée nous nous sommes résolus à tenter la FIV (Fécondation In Vitro). Je me sentais en pleine forme et dans d’excellentes dispositions pour tenter le coup.

C’est avec une immense joie que j’ai appris que j’étais enceinte, dès la première FIV. J’étais très réaliste, sachant très bien que je pouvais perdre le bébé dans les trois premiers mois, le taux de fausse couche étant élevé, tous types de grossesses confondus. Mais essayez de calmer nos élans de joie et de bonheur! Et pourquoi se priver de ce plaisir? J’étais sur un nuage… Comme disait une amie, ‘vis ce que tu as à vivre, sois heureuse, si tu le perds tu verras bien’. Tous nos proches étaient avec nous dans cet élan de bonheur: famille et amis. Difficile d’attendre pour partager une si bonne nouvelle après toutes ces années d’attente et d’effort.

À l’échographie, mon coeur battait si fort que je pensais qu’il bondiriat hors de sa cage. Paradoxe infini, une sèche technicienne sans sourire m’annonçait d’un ton monocorde – en me zigonant le bidule dans mes plus sombres retranchements – qu’on n’entendait pas le coeur de l’embryon. Les hormones dans le tapis, le nid bien douillet préparé en mon sein, l’embryon bien timide mais fermement accroché. À huit semaines de grossesse, j’ai fait une fausse couche. Ma docteur s’est fait rassurante et posivite: c’est une très bonne nouvelle d’avoir été enceinte à la première FIV. Nous sommes conscient de cet aspect positif, mais nous avons quand même perdu notre bébé.

Faire une fausse couche n’est jamais agréable quand on désire un enfant. Mais faire une fausse couche dans un cycle de traitement d’In Vitro est particulier. On monte sur le ring, et on perd une rude bataille. Un traitement d’In Vitro, ce sont quelques procédures douloureuses, des jours de piqures, d’hormones, de rendez-vous à l’hopital, de traitements d’acuponcture, de repos absolu pendant quelques semaines (pas si facile). Beaucoup de compromis pour une pigiste qui n’a droit à aucun ‘congé de maladie’.

Mais le plus difficile ce sont les espoirs déçus et les périodes d’attente – beaucoup plus que la douleur physique -. On attends la maturité des follicules, on vous annonce qu’ils passent le test. On prélève les ococytes, on vous annonce combien sont matures et viables. On les féconde, on attends le téléphone pour savoir combien sont réellement fécondés. On vous transfère les embryons, puis vient la plus longue attente: il faut que le petiot s’accroche… survivra-t-il à ces jours fatidiques? Deux semaines interminables où on guette tous les signes: suis-je enceinte? On scrute sa propre personne comme un objet d’enquête: les humeurs, la peau, le ventre, les seins, le sommeil, l’appétit, la digestion. Tout ces éléments peuvent parler et lancer les signes qu’on attends. Et quand on a jamais été enceinte, on s’accroche à des petits riens, et on doute de tout. Et quand finalement la réponse arrive, positive, on a peine à le croire. Viennent encore des semaines d’attente avant la première échographie de viabilité. On guette encore les signes. Et on attends. Puis ce sont encore les corridors d’hopital, prises de sang, échographie, rencontre avec le médecin, rencontre avec les infirmières, attente du téléphone qui vous donne vos résultats. C’est un cycle assomant, et qui teste votre détermination sans relâche.

Enceinte, je me sentais différente, invicible, comme un super-héro avec un appétit de Ti-Jean et des seins de Wonder Woman. Alors c’est probablement normal que maintenant que je viens de faire une fausse-couche, je me sente comme un super-zéro.