Archives du mot-clé Poésie

Souffle

Je t’offrirai l’offrande des mots insensés qui reviennent et martèlent
Je t’offrirai ce qui ne se dit plus
Assaillir l’état de siège
Renverser le convenu
Gravir ce qui n’est pas permis
Monter encore le fil du temps et encore
Retrouver le mot juste
La joie en bouche
Se glisser entre des soupirs amers jusqu’à l’insoumise
Joindre la blancheur de la lumière vive et crue
Retrouver le mot juste l’arme tranchante des idées lumineuses
Le vent dans les voiles jusqu’à fléchir l’attente
Écrire de nouvelles pages d’une histoire fière de se tenir debout
Fermer la porte à jamais à l’ignorance la paresse et la crasse des violences
Reboiser ton coeur et le mien et le vôtre
Rendre la moiteur vibrante sous des pas agiles sauvages
S’ancrer fébriles poignard à tout les faiseurs d’outrage
Éteindre les réponses bien dressées
Mordre vivant le sang des phrases-chocs à la portée profonde
Étrangler les réponses corporatistes les écraseurs de petits
Lécher nos blessures et nos larmes
Le vent dans les voiles reprendre le dessus sur ce que je ne suis plus
M’embraser d’air libre et vif
Me lever debout pour reprendre ma place
Fermer la télé le journal le web
Pour agir courrir libérer rêver au diapason avec ce que je suis au plus profond de moi
Retrouver l’utopie qui drive juqu’aux tripes
S’armer de force et d’énergie brute nécessaire aux combats
Car la vie consciente est un combat sans relâche contre le sommeil
les rêves brisés
les attentes déçues
les amitiés poncées et pâlies par la vie le changement
savoir reconnaître ce qui naît
des amitiés nouvelles renouvellées de force vive qui vibre au présent à ce que nous sommes
Chanter des comptines de force et de rage libérée
Se nourrir d’amour de beautés de douceur

Aimer jusqu’à plus soif

L’inutile est nécessaire

En écho, le silence des portes closes. Je cherche la meilleure métaphore pour décrire ce dont je suis témoin. Un peuple vissé. Englué d’inaction – je suis la première coupable-. À coup de signatures veut changer de sort.

Mais l’imminence de l’inutile nous rive au pied du lit
Jamais nous ne pourrons atteindre un nouveau rivage
Tous ces coups de gueules ne sont que des mots d’esprit
Qui mettent en lumière notre véritable esclavage

(Avez-vous remarqué tous ces journalistes qui répètent que la pétition pour la démission de Charest est inutile? La démocratie est une illusion. Une utopie, à tout le moins. Plus de 100 000 signatures en 2 jours, c’est un cri qui me semble crédible.)

Arrachés à nos terres, encubés dans nos boîtes, déracinés de nos rivières: nous ne sommes plus rien.

Vissés à nos écrans, esclaves de nos dépendances, on rêve egoistement de romance. Sans avoir de vrai plan.

Mais ne vous en faites pas, le pouvoir veille et vous en tricote un, solide parce qu’ils sont nombreux, solide parce qu’ils sont riches, solide parce qu’ils sont le pouvoir, justement – avec cette manie de se croire intouchable-. Un plan improvisé sur un coin de table lors d’un diner bien arrosé, fait de mailles sérrées et propres en apparence. En apparence, seulement. Un plan d’illusion pour vous endormir au gaz. Un plan de dollars bien verts (quelle ironie), pour garnir leurs placements en bourse.

À quand la fin de la mascarade? Ne vous taisez pas, l’inutile est nécessaire.
À vous de me le dire.

En direct de La Chambre Blanche

Je suis à Québec pour présenter quelques oeuvres de littérature hypermédiatique, et partager quelques textes de poésie. Je suis très heureuse d’être ici, ça fait trop longtemps que je n’ai pas eu le plaisir de présenter mon travail de littérature électronique. Je pense que Christiane est prête à me présenter. Les gens sont arrivés dans la salle, malgrés la pluie.

Silence beauté

Il existe plusieurs sortes de silences. Des lourds et des légers, des coupables et des complices. Des silences résignés, des silences partagés avec bonheur. J’aime le silence. Le silence de beautés paisibles. Le silence désiré, plein de promesses. Le silence appaisé, retrouvé, libérateur. Quand les mots cessent de faire du bruit, quand la ville se repose, quand notre esprit se calme et laisse place à la quiétude.

La poésie est encore avec moi (pour Haiti aussi)

Le silence. Ici. Depuis longtemps. Et pourtant. Et pourtant vous êtes là. Encore. Et moi aussi.

La poésie ne m’a pas quittée. Elle est avec moi plus que jamais, en ces heures difficiles pour le peuple Haïtien. Dans la douleur. Là où les mots sont superflus. Là où le mot espoir semble dérisoire. Il reste encore la poséie, dans la vie qui se bat pour exister. Dans les rayons qui illuminent la poussière et les décombres, indistinctement. Dans la morphologie de l’horreur. Dans les cris et la catastrophe. Dans la clameur et dans le silence. Dans ces heures interminables d’attentes pour qui sans nouvelles, pour qui prisonier des décombres.

Attendre un dénouement. Un dénouement heureux. Un dénouement tragique. Mais un terme à cette attente interminable. Placer des mots là où la patience semble un mot grossier. Placer des mots là où il faut garder le silence. Garder le silence. Beaucoup plus qu’une minute.

Un peu de calme

Quelques mots épars ne suffisent pas à cultiver le calme
C’est le silence qui nourrit l’apaisement
Et les angoisses fondues au soleil
sous un souffle profond expient les zones grises

La nuit je rêve de glaciers immenses
D’un mouvement souple je survole les restes de doute
les craintes vermoulues
de désirs perdus
de dos voûtés
de mains tendues et anxieuses
de lèvres sèches assoiffées aux craquelures indéfinies

J’aspire un peu à respirer mieux
Je me ramène dans les coulées tropicales de forêts grasses et humides
Puis l’air chargé d’odeurs fécondes
entre par ma bouche et mes pores
avide d’air pur sans masacre

Je tente d’éteindre les idées lourdes
Par des mouvements amples
des enjambées larges au pas léger
Légitimes et frivoles longeant la rivière et son lit

Je tourne le dos à la mine exangue des morts-vivants de notre ère
J’ouvre les yeux sur le lourd héritage
des sans-souffles au béton trop dur
à la carosserie lourde et au pétrole poisseux

Que reste-t-il en pâturage survivant à tant de ravage bien pesé?
Sous la botte qui foule le sol miné
et au-delà de cette croûte odieuse
Le val-d’espoir peut-il se battre?

L’amour des mots

Un peu de poésie de dimanche matin
Ceci est un texte qui ouvrait un spectacle de poésie présenté le 22 avril 2006 à la maison de la culture Mont-Royal

De toutes mes inconstances, l’écriture est ma permanence. Car les mots qui coulent sont un baume qui emporte le ventre et séduit la raison. J’aime les mots, leur sens, leur forme, leur rythme. J’aime leur profondeur et leur légèreté. J’aime leur musique.
Je suis éprise des mots. Tous ceux que l’on trouve dans des ouvrages qui nous laissent croire au génie, à sa puissance dans les méandres les plus subtils de l’humanité. J’aime les mots qui nous entraînent dans des histoires et dans l’histoire, mais j’aime les mots aussi pour leur force et leur beauté pures. Je parle ici des mots collectifs, assemblés en phrases, puis en paragraphes et en concepts élaborés. J’aime les mots comme on aime un parent ou un amour éternel, avec la permanence des racines.

Branches de février

Les bourasques soufflent sur mon lundi
ma fenêtre s’ouvre sur la beauté des arbres urbains en manteau de neige

Je japonise ma ville par ces regards
des jardins imaginaires se tissent entre ciel et terre
sur la découpe des branches noires contre le blanc de la tempête hivernale

J’apprivoise les mots retrouvés en ces lieux
douce quiétude de s’ancrer au présent givré de sel des matins fragiles
pendus aux bras des arbres forts qui s’élèvent vers la lumière

Fuite de poésie (Mathilde)

Ma poésie s’enfuit par les trous de ma serrure. Elle est étouffée par les trop lourdes listes de tâches que je n’arrive pas à abattre une fois pour toute. Elle a la gorge nouée par une angoisse sourde de quitter un lieu que je n’ai jamais complétement aimé. Et elle est incrédule face à cet attachement irrésonable et irrationnel. Ma poésie est abasourdie de voir ma panique à l’idée de la visite de l’agente d’immeuble qui viendra fixer le prix de la maison ce soir. Ma poésie fume une clope en attendant peinarde que je retrouve mon imaginaire dans un cabinet de poésie que je devrai m’inventer dans un nouveau lieu inconnu (et urbain). [ Moi je ne fume plus depuis des années, mais elle, elle continue].

Ma poésie s’appelle Mathilde, et qu’elle a les cheveux oranges et une jupe très laide. Mais elle s’en fou. Elle boit du vin rouge qui fait des tâches sur ses dents, et elle sourit. Elle attend que je me calme enfin pour reprendre la plume sérieusement. Elle a des projets. Elle voudrait écrire pour les enfants. Elle voudrait aussi écrire pour les grands, encore. Elle parle de livres érotiques, et je ne l’écoute pas. Je suis ailleurs. Mais Mathilde ricane. Elle n’oublie pas, Mathilde. Elle marmone des histoires impossibles avec des extra-terrestres lesbiennes handicapées qui portent des combinaisons de latex en platique rose, et je suis presque scandalisée. Mais Mathilde s’en fou encore. Elle est patiente, si j’ai bien compris. Elle trouve que je la délaisse un peu trop depuis que j’ai rempli ma vie à raz-bord avec un homme dont je suis folle amoureuse, et trois enfants que j’adore avec qui je rigole trop souvent à son goût. Elle voudrait que j’écrive avec les émotions qu’ils me provoquent. Je veux bien, mais je manque de temps, et je suis une poule pas de tête. Mais je me promet bien de passer du temps avec elle après l’automne, quand la poussière du déménagement sera retombée, et quand je cesserai d’être bousculée constament entre deux lieux de vie.

Mathilde a bien hâte que je me rassemble, et elle a bien hâte que je rassemble mes idées. En attendant, elle s’en promet de bonnes, car elle vient avec nous en Europe samedi. Elle sera la première à siroter un porto sur les berges du Douro. Mais avant, elle veut ab-so-lu-ment qu’on aille prendre un pinard à Saint-Germain, et elle est bien contente qu’on fasse un saut dans le Marais. Ta valise est prête, Mathilde?