L’amour des mots

Un peu de poésie de dimanche matin
Ceci est un texte qui ouvrait un spectacle de poésie présenté le 22 avril 2006 à la maison de la culture Mont-Royal

De toutes mes inconstances, l’écriture est ma permanence. Car les mots qui coulent sont un baume qui emporte le ventre et séduit la raison. J’aime les mots, leur sens, leur forme, leur rythme. J’aime leur profondeur et leur légèreté. J’aime leur musique.
Je suis éprise des mots. Tous ceux que l’on trouve dans des ouvrages qui nous laissent croire au génie, à sa puissance dans les méandres les plus subtils de l’humanité. J’aime les mots qui nous entraînent dans des histoires et dans l’histoire, mais j’aime les mots aussi pour leur force et leur beauté pures. Je parle ici des mots collectifs, assemblés en phrases, puis en paragraphes et en concepts élaborés. J’aime les mots comme on aime un parent ou un amour éternel, avec la permanence des racines.

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Branches de février

Les bourasques soufflent sur mon lundi
ma fenêtre s’ouvre sur la beauté des arbres urbains en manteau de neige

Je japonise ma ville par ces regards
des jardins imaginaires se tissent entre ciel et terre
sur la découpe des branches noires contre le blanc de la tempête hivernale

J’apprivoise les mots retrouvés en ces lieux
douce quiétude de s’ancrer au présent givré de sel des matins fragiles
pendus aux bras des arbres forts qui s’élèvent vers la lumière

Fuite de poésie (Mathilde)

Ma poésie s’enfuit par les trous de ma serrure. Elle est étouffée par les trop lourdes listes de tâches que je n’arrive pas à abattre une fois pour toute. Elle a la gorge nouée par une angoisse sourde de quitter un lieu que je n’ai jamais complétement aimé. Et elle est incrédule face à cet attachement irrésonable et irrationnel. Ma poésie est abasourdie de voir ma panique à l’idée de la visite de l’agente d’immeuble qui viendra fixer le prix de la maison ce soir. Ma poésie fume une clope en attendant peinarde que je retrouve mon imaginaire dans un cabinet de poésie que je devrai m’inventer dans un nouveau lieu inconnu (et urbain). [ Moi je ne fume plus depuis des années, mais elle, elle continue].

Ma poésie s’appelle Mathilde, et qu’elle a les cheveux oranges et une jupe très laide. Mais elle s’en fou. Elle boit du vin rouge qui fait des tâches sur ses dents, et elle sourit. Elle attend que je me calme enfin pour reprendre la plume sérieusement. Elle a des projets. Elle voudrait écrire pour les enfants. Elle voudrait aussi écrire pour les grands, encore. Elle parle de livres érotiques, et je ne l’écoute pas. Je suis ailleurs. Mais Mathilde ricane. Elle n’oublie pas, Mathilde. Elle marmone des histoires impossibles avec des extra-terrestres lesbiennes handicapées qui portent des combinaisons de latex en platique rose, et je suis presque scandalisée. Mais Mathilde s’en fou encore. Elle est patiente, si j’ai bien compris. Elle trouve que je la délaisse un peu trop depuis que j’ai rempli ma vie à raz-bord avec un homme dont je suis folle amoureuse, et trois enfants que j’adore avec qui je rigole trop souvent à son goût. Elle voudrait que j’écrive avec les émotions qu’ils me provoquent. Je veux bien, mais je manque de temps, et je suis une poule pas de tête. Mais je me promet bien de passer du temps avec elle après l’automne, quand la poussière du déménagement sera retombée, et quand je cesserai d’être bousculée constament entre deux lieux de vie.

Mathilde a bien hâte que je me rassemble, et elle a bien hâte que je rassemble mes idées. En attendant, elle s’en promet de bonnes, car elle vient avec nous en Europe samedi. Elle sera la première à siroter un porto sur les berges du Douro. Mais avant, elle veut ab-so-lu-ment qu’on aille prendre un pinard à Saint-Germain, et elle est bien contente qu’on fasse un saut dans le Marais. Ta valise est prête, Mathilde?

Chercher la poséie

Entre les lignes, sur la route, derrière des casseroles à frotter, entre mon clavier et mes yeux, sous mes paroles triviales, face aux échéanciers, en mes billets d’avion, dans des colères vaines et futiles, dans des fleuves d’Amour, sur ta peau qui se repose, sous le son de tes doigts qui dansent sur le clavier, dans ton sourire si vaste parfois au soleil, dans nos coup de roues à sillonner la ville dans l’été, dans les rires des enfants qui résonnent de tant de complicités, dans les quelques jours qui nous séparent de la fin des classes, dans les rayons de soleil de juin, dans mes mémoires familiales nostalgiques, dans mon parterre fleuri que je devrai quitter avant l’automne, dans cette vaste maison que j’ai trop tant insultée car elle est si loin de la ville, dans des émotions si denses et légères, dans la complexité de celles-ci, dans des mémoires heureuses, dans des futurs que nous rêvons ensemble, dans mes angoisses presque ludiques, dans mon humour que je perd parfois, dans ton humour qui m’apaise tant, dans ma culpabilité étrange que j’aprivoise, dans les années qui passent si bien au fond, dans la légerté de ces mots comme un baume sur mes paniques quotidiennes, dans des espoirs pragmatiques de trouver notre toît sur l’île que j’aime tant, dans ma peur de blesser ceux que je vais quitter dans mon vieux quartier chéri, vers cette nouvelle demeure où nous trouverons une nouvelle paix, vers cet équilibre que nous cherchons à l’unisson, dans ces soirées familiales pleines de rire qui sont un elixir de bonheur, dans la vieillesse tranquille du soir qui tombe en souriant doucement, dans nos coeurs unis si bien de douceur et de tendresse, dans nos corps unis si bien de fougue et de passion, dans tous nos espoirs de donner la vie ensemble, dans tout cela et plus encore, j’aimerai bien retrouver ma poésie.

Poésie web

Je vous invite à (re)visiter mon espace d’exposition sur le web, où vous (re)découvriez mes petits tableaux de poésie interactive et autres esquisses numériques. Je viens aussi de remettre en ligne le projet « carte blanche« , une exploration poétique interactive sur le thème de la lecture réalisée en 2002. Ce sont des mini-jeux poétiques exploratoires, ou la souris devient une étoile qui éclaire des mots, fait teinter des sons et des poèmes, des notes de musique. Découvrez les mots qui volent lorsque vous survolez certaines zones, puis revenez au carrefour central pour découvrir d’autres petits tableaux. Vous devez avoir le plug-in shockwave installé.

À fleur de peau

Je suis sensible. Je vibre. Le temps frais me rend encore plus sensible, étrangement. Je regarde les rayons de soleil qui font frémir les couleurs de mon orchidée mauve. Je suis comme elle. Je m’incline et je ferme les yeux sous le soleil, toute pleine d’espoir de jours plus chauds. Je suis amoureuse de la chaleur. Je ne sais pas pourquoi je frémis tant. Je laisse monter en moi une gamme si vaste d’émotion, c’est très intéressant à observer. Je suis riche de l’intérieur d’une impressionnante palette vibrante. Pour ouvrir davantage mes antennes créatrices, je me donne le droit de piger à même cette source vivante. Et le catalysateur de ma source émotive est la musique. Mon outil musical est ceci. Last.fm est une merveille pour les amoureux de la musique qui veulent découvrir et se laisser emporter. Aujourd’hui je plane sur le tag « piano ». J’aime le piano, si vous ne saviez pas encore.

Je suis aussi vibrante de bonheur, car aujourd’hui c’est l’anniversaire de l’homme de ma vie. Et de sa grande fille. Ce fut son plus beau cadeau, pour ses 21 ans. La belle a aujourd’hui 15 ans! Merveilleux anniversaire à tous les deux, et aussi à Dominique, dont c’est aussi l’anniversaire aujourd’hui!