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Un Gémeau pour ‘From Montréal’

Hier le documentaire ‘From Montréal’ que j’ai réalisé l’an dernier a remporté un Gémeau, prix de la télévision Québécoise. Gémeau du meilleur documentaire culturel de l’année. Je suis tellement fière! Tout cela me semble malgrès tout irréel, car je suis loin et je n’ai pas pu assister à la soirée ni prendre le fameux prix dans mes mains (encore). À un mois de mon accouchement, enceinte jusqu’aux yeux, comme on dit, je ne pouvais même pas prendre l’avion pour quitter San Francisco et aller vers Montréal cueillir le prix avec l’équipe du film. Mais je flotte quand même, pour ces deux raisons. Tant d’années de travail derrière la cravate, et tant d’années à me battre pour réussir à avoir un enfant. Le parallèle est facile à faire, et c’est sans me battre que les deux choses m’arrivent en même temps: la reconnaissance de mon travail de réalisatrice, et la réalité de la maternité. Tout cela avant le son de cloche de mes 40 chandelles l’an prochain. Je suis heureuse, comblée.

Étrange, comme tout cela me semble lointain. Je vois bien que mon ventre bouge, tout est prêt pour l’arrivée de la petite, mais je n’arrive pas vraiment à y croire. C’est comme pour le prix Gémeau, j’imagine qu’il faudra que je l’ai dans les mains pour me rendre compte que c’est bien vrai. Ah la vie, dites donc, elle en a des détours. Si 2010 fut une année difficile, avec son lot de deuils, d’échecs et de difficultés, disons que 2013 rachète tout. Donc, pour ceux qui trouvent que je tartine mon bonheur un peu trop épais, soyez patients, la roue de la chance tourne toujours, et ce qui aujourd’hui vous semble un jour sombre deviendra autre chose avec une bonne dose de patience et de persévérance. Faut seulement passer à travers, et autre chose vous attends au détour… promis!

Remise en question

Nous vivons dans une société où le droit à l’erreur n’est pas permis. Nous vivons dans un monde où il faut être fort, en contrôle de ces émotions, toujours au-dessus de ces affaires. Et moi, je suis à fleur de peau. Forte et fragile. Parfois, j’ai des moments d’égarrement où je suis un peu perdue, confuse. Je ne sais plus où est ma place. Je cherche. Pensant être au bon endroit au bon moment, je tourne en rond comme une lionne dans sa cage. Je ne suis pas heureuse, je gère mal mon stress. Ayant attendu un momentum professionnel, les difficultés m’apparaîssent maintenant impossibles à surmonter. Et si je me casse la gueule, est-ce la fin de ma carrière? De toute façon, qu’est-ce qu’une carrière? Qui suis-je au fond? Rien, nada, niet. Une sombre nobody qui tente de faire son chemin depuis trop longtemps. Mon métier de réalisatrice vient avec son lot de frustrations, de batailles perdues d’avance, de faux-pas et de non-dits. Je n’ai jamais fait face à un échec (à part de nombreux échecs amoureux, mais c’est une autre histoire). Et si je fais un 180 pour changer de direction, est-ce une fuite? Probablement. De toute façon, le ciel n’est pas plus rose chez le voisin. Mais quand je pose la question à mon acuponcteur, il me réponds qu’il aime son travail, et qu’il n’est pas stressé. C’est donc possible? Je quitte tout pour aller faire pousser des chèvres sur une côte valloneuse?

Detritus

Je prépare un nouveau projet. Avec une envie trop forte de tout dire, de tout faire, de vouloir tout embrasser en même temps. Mes préoccupations écologiques sont vastes, et je n’arrive pas à voir clair à savoir quel est le meilleur angle d’attaque, le meilleur sujet. Je dois penser à un élément-clé précis pour pouvoir ouvrir le débat sur des considérations plus larges: changements climatiques, problèmes énergétiques, problèmes de la surproduction, choix de mode de vie en matière d’habitation et de transport, et surconsommation. Le résultat de tout cela est la production importante de déchets de toutes sortes. Mais c’est rebutant de faire un projet sur les déchets! Les détritus

Je me questionne: ai-je envie de passer plusieurs mois à fouiller nos déchets? Ma répulsion est naturelle, et paradoxallement, elle est la même que celle de la population entière: personne ne veut se mettre le nez dans les poubelles! Quand on pose le geste de « jetter à la poubelle », c’est pour se débarrasser de quelquechose qu’on ne veut plus, qu’on rejette. C’est sale, c’est brisé, c’est vieux, c’est inutile, c’est périmé, c’est pourri, ça pue, c’est inutilisable, c’est irrécupérable, ce n’est pas recyclable. Une fois le geste posé, le couvercle de la poubelle refermé: c’est l’oubli salvateur. Nous cessons toute responsabilité envers cette chose, elle n’existe plus. Mais rien n’est plus faux! Une autre vie commence pour le rejet. Il ne deviendra jamais du « vide »: il va se transformer, se décomposer (au mieux) ou encore doucement devenir un polluant par de complexes procédés chimiques.

Mais pourtant, je suis convaincue comme plusieurs que ces déchets pourraient être beaucoup moins importants qu’ils ne le sont actuellement. La première étape, la plus facile, est celle de composter toutes les matières organiques que nous produisons. Et enfin, la ville de Montréal amorce un petit pas dans cette direction…

Lire article sur Cyberpresse: Compostage à Montréal: bientôt 50 000 foyers desservis

Plaisirs en ligne

J’ai raconté ici une grande partie de mon processus de création qui a mené au projet ‘Plaisirs’. Ce devait être un projet multimédia interactif, puis pour des raisons techniques, j’avais pris la décision en 2005 d’en faire une version simplifiée, sur DVD, dans une forme linéaire classique. Bref, une vidéo avec un début, un milieu, une fin. Mais ce ne devait pas être la structure de cette histoire. Plaisirs devait être un univers exploratoire, très impressionniste. Les images et la trame sonore sont poétiques, empreints de cet impressionnisme très proche de la peinture ou de la BD. Le DVD est sorti en librairie, publié avec un bouquin de poésie, chez Planète rebelle. Et j’ai enfin une version complète du film offerte ici en 8 chapitres que j’ai placé sur Vimeo. Je vous offre le chapitre 8, parce que je commence par la fin, parce que. Voilà.

Plaisirs: chapitre 8 (La Farandole) from Yannick B. Gelinas on Vimeo.

Retenue nouvelle

Ceci est le troisième essai de billet que j’abandonne. Étrange. Moi qui écris si facilement normalement, sans hésitation aucune, toujours à vous souffler le premier jet des mes élans d’écriture spontanée, toujours à me lancer dans l’écritre comme dans l’eau d’un lac invitant. Et là, pour une raison mystérieuse, je suis toute pleine de retenue. Ou une sorte de syndrome de page blanche. C’est une sensation inconnue pour moi. Étrange. C’est comme si j’ai trop à dire, mais je ne sais plus comment crystaliser mes idées en mots, puis en phrases. L’essence de ce que j’ai à partager cette semaine: les hésitations professionnelles et les remises en question de mes choix artistiques. Je me pose beaucoup de questions sur les prochaines étapes de ma carrière, à savoir quels seront les bons choix pour moi, et quelle est l’orientation de mes prochains projets. Je doute. Au moins en attendant j’avance.

Besoin de douceur et de beauté

Dans mon nouveau travail, je dois trouver des vidéos sur Internet. Je prends une pause de la réalisation pour cette saison, où j’ai accepté de travailler comme recherchiste pour l’émission Vlog à TVA.

Dans mon travail, je fouille le web à la recherche de perles. Sauf que je suis confrontée à la réalité: pour trouver des perles, il faut se tapper beaucoup beaucoup de vidéos très… douteuses. Toute la médiocrité, la haine, la violence, le mépris, la laideur que l’humain peut générer se trouve sur le web. Et quand on passe 40 heures par semaine à fouiller dans cette immense bouillie d’images et de sons, on en voit passer beaucoup. Heureusement, parfois aussi on trouve des petits rayons de soleil.

Comme ici, avec toute la joie des films de Bollywood. Parfois, j’aimerai être comme ce super-héros indien, et repousser la méchanceté et la laideur grâce à mes supers-pouvoirs de Yogini.

Poésie web

Je vous invite à (re)visiter mon espace d’exposition sur le web, où vous (re)découvriez mes petits tableaux de poésie interactive et autres esquisses numériques. Je viens aussi de remettre en ligne le projet « carte blanche« , une exploration poétique interactive sur le thème de la lecture réalisée en 2002. Ce sont des mini-jeux poétiques exploratoires, ou la souris devient une étoile qui éclaire des mots, fait teinter des sons et des poèmes, des notes de musique. Découvrez les mots qui volent lorsque vous survolez certaines zones, puis revenez au carrefour central pour découvrir d’autres petits tableaux. Vous devez avoir le plug-in shockwave installé.

Métropolis bleu

Samedi matin dernier je participais à une table ronde sur la littérature électronique au Festival Métropolis bleu. J’ai quitté la maison en prenant avec moi quelques copies de mes oeuvres multimédia: Mordre et parenthése, Navigation et autoportraits, L’emportement et plaisirs, le film. En partant, j’ai confié à la grande que je n’aimais pas ce film, que je ne l’aimais plus. Trop sucré, trop de miel, trop de couleurs, trop de mots, trop de bonheur concentré, trop, trop. J’avais l’impression que l’écran suintait du miel quand le film jouait. Je suis partie vers le lieu de la conférence, mon livre-DVD de miel sous le bras. J’ai été accueillie avec émotion par l’animateur du panel. Bruno Guglielminetti m’a tendu la main à mon arrivée. Il m’a tout de suite dit qu’il a regardé mon film Plaisirs trois fois de suite, qu’il avait encore des frissons en y pensant, que c’était un film beau, touchant. Un film nécessaire, somme toute. Les larmes aux yeux, j’ai accueilli ses commentaires comme une réponse du destin à mes mots durs envers mon travail que j’avais prononcés quelques minutes auparavant.

Petits et grands bonheurs

L’écriture se rattrappe: du manuscrit à l’écran

Ce matin j’ai sorti un cahier de cuir rose vif. Il m’a été offert à mon mariage par une amie qui aime écrire autant que moi. J’ai toujours eu de nombreux cahiers; remplis d’idées de projets, de listes de rêves de vie (oui oui, des listes), de rêves rêvés la nuits qui furent parfois prémonitoires (oui oui, chers sceptiques), de récits quotidiens en forme de journal intime, de récits de voyage en forme de confessions, de confidences à moi-même, de réflexions sur ma vie et certaines perspectives que je tentais d’y apporter. Mes cahiers ressentent un grand silence de ma plume depuis plusieurs années. C’est que je blogue, voyez-vous. Depuis que je tiens carnet ici-même, mon écriture manuscrite est réduite au silence, ou presque. Mon appétit des mots à écrire est satisfait de ce carnet virtuel, semble-t-il. Donc ce matin, j’ai sorti le cahier rose vif. Il est à ma droite, sagement en attente que ma main daigne prendre le feutre noir fin déposé à côté, et tracer quelques lettres, quelques mots, quelques phrases sur ces pages odorantes de papier recyclé. J’aime le papier, son odeur, le bruit qu’il fait quand une plume y trace son chemin. Mais depuis cinq ans mon écriture manuscrite s’est disloquée. Elle est maladroite, illisible. J’ai aussi réalisé lors de mon dernier voyage que je ressentais une certaine frustration en écrivant à la main. Je peux dire beaucoup moins dans le même laps de temps. C’est que j’écris beaucoup plus lentement à la main qu’avec ce cher clavier. Soupir. Pourtant j’aime écrire à la main. En fait ce que j’adore c’est la non-tyranie du réseau. Ce réseau qui dissipe la concentration de l’écriture: courriel, facebook, articles à lire, blogues à découvrir, site à explorer, flikr, last.fm, textes à écrire pour d’autres blogues. En fait le secret réside dans la discipline. Ne pas aller ailleurs. Concentrer et structurer mes activités.

Marraine: ma grand-mère déménage

Je voulais raconter la transition que vit ma chère Marraine (ma grand-mère maternelle), en deuil depuis bientôt un an. Elle vient tout juste de s’installer dans une résidence confortable et jolie, pour son bien, mais avec beaucoup de difficulté à quitter le passé. Elle s’accrochait à sa maison, ses souvenirs, comme autant de bouées qui la menaient tout droit à sa perte, s’emmurant dans un isolement néfaste. Elle faisait peine à voir, ainsi seule, exposée et vulnérable, dépendante et triste. Elle ne voulait pas partir, après tant d’années dans sa maison-musée (tant de souvenirs, de voyages, d’années de vie dans un même lieu). Elle se liait au vide, inventant avec toutes les raisons du monde la présence de son grand amour envollé. L’abscence physique de Parrain la fait si crellement souffrir. Nous avons dû l’emmener ailleurs, où des gens pourraient bien prendre soin d’elle au quotidien. Il le fallait. Pour la famille, le moment fut clef, bien sûr. Encore maintenant, j’ose à peine en parler du bout des doigts, car je ne voudrais en rien faire osciller les liens fragiles entre les aimés. Il est clair qu’un changement comme celui-ci occasionne son lot de tensions et expose les fragilités de tous, y compris de ceux qui se veulent les plus forts. Héritage familial de force et de courage, ces qualités se portent parfois comme un bouclier qui masque des douleurs enfouies. Unique petite-fille de mes chers grands-parents, j’ai une sensibilité particulière et un amour inconditionnel pour cette femme qui fut ma deuxième maman. Je respire enfin, car elle semble accepter un peu le changement. Elle mange avec appétit, semble se lier d’amitié avec les autres résidents, joue de son humour et de ses rires avec le personnel. J’espère qu’elle trouvera la paix et un peu de joie dans ces lieux, avec ces gens.

Je voulais raconter aussi mon voyage au Costa Rica, que j’ai choisi de livrer en photos. Les textes sont dans un cahier manuscrit, encore. J’espère que j’arriverai à déchiffrer mon écriture illisible.