Rester à la maison, mais doucement rêver de nouveaux projets

Est-ce que je vais regretter un jour d’avoir cessé mes activités professionnelles pendant quelques années? Est-ce que je brûle ‘Mes meilleures années’ alors que je suis encore relativement jeune, mais avec plus de 15 ans d’expérience à travailler dans le milieu de la vidéo et du multimédia. Je regarde mon amoureux de mari aller, avec le vent dans les cheveux, dans une course impressionnante et une carrière qui brille. Je suis 100% derrière lui, comme dans le classique adage des femmes d’autrefois. Mais je le vis bien, je l’assume, et je suis sereine. Je suis une femme moderne, résolument féministe, avec une maternité complètement assumée, une carrière en dormance et une reconnaissance professionnelle de ce qui fut accompli dans les dernières années. J’ai délaissé les réunions de projets et les heures de montage pour m’occuper de l’enfant, faire le lavage, la vaisselle, le ménage et m’occuper du nid où sont aussi les grands oiseaux qui vont l’une à l’université, l’autre au cégep. Je suis bien, je dois le dire, sans aucun stress. Je n’ai pas de cheveux blancs, j’ai le sourire, la mine détendue, la maison en ordre, des bons plats toujours prêts et les vêtements propres bien rangés [ne pas se leurrer; la vie n’est jamais parfaite, mais je suis heureuse]. Vais-je me réveiller un jour et sentir que je paie le prix de ce retrait professionnel? Honnêtement, et peut-être bien naïvement, je ne le crois pas. Depuis plusieurs années, je me questionne sur mon parcours. Au fil du temps, j’ai laissé ‘les commandes’ prendre le dessus sur mon travail artistique personnel. Et voilà que ce recul me force à reprendre la route différemment lorsque le temps sera venu. Je me suis pointée le nez à quelques événements professionnels dernièrement, et confrontée aux questions d’anciens collègues, d’anciens partenaires, d’anciens collaborateurs, j’ai dû répondre à la question: ‘Qu’est-ce que tu fais ces temps-ci, as-tu des projets?’. Je parle de mon long congé de maternité, mais je m’avance aussi à dire que je compte reprendre ma pratique là où je l’ai laissée… il y a trop longtemps! Boum! C’est dit, alors je dois me remettre à rêver à des projets. D’en parler ici, c’est pour moi un pas de plus.

L’automne, voir grandir ma fille

J’ai délaissé l’écriture depuis trop longtemps (oui, je le dis encore). Maman à temps plein, je nage dans le bonheur de voir ma petite grandir. Mais avec l’automne qui s’amène, vient une vague de nostalgie, une tristesse de voir l’été se finir. L’automne est arrivé avec mon désir assumé de rester à la maison avec ma puce. Après avoir visité quelques garderies cet été, j’ai pris une décision: je reste encore à la maison avec elle à la voir grandir, à l’aider à découvrir le monde. Ma carrière sur la glace, j’assume. En revenant des visites de garderie, j’avais les yeux dans l’eau et le coeur sérré. Pourquoi retourner au travail si nous pouvons nous permettre financièrement que je reste encore avec notre petite chérie? Je n’ai pas osé dire: je reste avec elle jusqu’à ce qu’elle rentre à la pré-maternelle, mais au fond de mon coeur c’est ce que je désire.

Donc j’ai décider de faire un programme d’activités pour la stimuler et aider à sa socialisation, même si elle ne va pas encore à la garderie à 22 mois. Groupe de jeu parent-enfant, cours de natation, de danse, de musique, visites à la bibliothèque, au parc. Chaque jour, elle réclame la lecture de livres et l’écoute de musique, il faut donc se ravitailler souvent à la bibliothèque. On s’y rends à pieds, poussette, en vélo, en autobus, selon l’humeur des jours. Nos balades sont agréables, parsemées de découvertes et de détour au parc. On observe les maisons, les oiseaux, les arbres, les insectes, les fleurs, les gens, les voitures, les vélos, les rues, les couleurs, les formes, la vie, quoi. Elle absorbe tout, curieuse et stimulée. Cette enfant est mon grand bonheur, la voir grandir me comble. Je suis une Maman koala qui pratique le maternage proximal, et ma fille s’en porte très bien. Elle est heureuse et forte, et nous aussi.

Nous avons eu un été formidable, profitant de chaque moment: baignade dans les piscines, les pataugeoires et les barboteuses, escapades au parc, visites d’amis, visites familiales, fin de semaines de camping, balades en ville, au Musée, tours de vélo, promenades. Je vois sa compréhension du monde se raffiner, son humour se développer, son langage et ses aptitudes motrices se développer, son caractère qui se forge, ses goûts, sa détermination et son indépendance, elle s’épanouit et devient une petite fille. Magie… tous les jours je remercie la vie pour ce petit miracle sur 2 pattes!

Grosse

Mon grand ami Joss est en train de faire une bande-dessinée pour raconter les incroyables détour de la vie qui vont bientôt faire de lui… un Papa! C’est une merveilleuse histoire, et je suis tellement heureuse pour eux. Mais ce n’est pas l’objet de mon texte ici.

Joss m’écrit pour me dire de ne pas m’offusquer car il s’est inspiré de moi pour créer un personnage de son histoire. Et il m’écrit: ‘elle a pris beaucoup de poids pendant sa grossesse et elle ne vit pas bien ça’. Ok. Oui c’est vrai, dans la vraie vie j’ai pris beaucoup de poids pendant ma grossesse, 45 livres pour être précise. Oui c’est difficile porter 45 livres de plus, mais je voulais bien lui répondre et partager le fruit de mes réflexions. Ma première réponse: ‘C’était très étrange d’être si grosse, d’avoir de la misère à marcher comme une mince (comme avant), de marcher et de bouger ‘comme une grosse’, pour se lever, attacher ses souliers, etc. J’ai de la compassion maintenant pour les personnes en surpoids. Pour moi ça a été facile après l’accouchement de perdre du poids, j’ai perdu une livre par semaine, comme j’avais pris une livre par semaine…’

Mais voilà que je pousse un peu plus ma réponse, car ça me chicote qu’il mentionne le mot ‘problème de poids’ à côté du mot grossesse. Et surtout, je voulais lui raconter à quel point j’étais heureuse d’être grosse!

Tout d’abord petite mise au point: c’est normal de prendre du poids quand on est enceinte!!! Selon les critères ‘normaux’, il est tout à fait sain de prendre de 25 à 40 livres pendant sa grossesse. Il ne faut pas oublier qu’il y a une autre personne qui nous pousse dans le ventre, ce n’est quand même pas rien. Des tas de petites cellules se multiplient à une vitesse incroyable, et la vie pousse là, en notre sein. C’est merveilleux, presque magique et miraculeux, mais tellement naturel! Le premier trimestre j’ai pris 5 livres, ce qui est tout à fait dans la norme, puis j’ai très régulièrement pris 1 livre par semaine, avec une légère accélération à la fin. Une seule fois ma sage-femme m’a dit que je devrais surveiller mon poids, et c’est lors des dernières semaines de ma grossesse. J’ai accouché à 42 semaines. Et c’est un peu avant la fête d’un an de ma fille que j’avais presque repris mon poids d’avant la grossesse, 5 livres en plus. Naturellement, sans faire d’effort si particulier pour perdre du poids, comme la prise de poids était venue, le poids est reparti, fondues les graisses maternelles avec les efforts de la maternité et de l’allaitement.

Mais c’est comment je me sentais pendant ma grossesse que j’ai envie de t’expliquer, Joss. Je me sentais tellement bien dans ma peau, je me sentais tellement belle et pleine comme une lune un soir de pleine lune! Je me sentais comme la reine de la fertilité, je me sentais invincible, forte et tellement fière d’être enceinte et d’être grosse dans toute la splendeur du mot ‘grosse’ (autrefois voulait dire enceinte). Dès le début de ma grossesse j’ai pu relâcher mon petit ventre, alors que je tenais toujours habituellement mes abdominaux ‘engagés’ comme on dit au yoga. Je pouvais dorénavant relâcher mon ventre aussi parce que j’avais une personne qui habitait là-dedans et je sentais mon ventre chaud et habité, je voulais l’endroit sans stress, Je relâchais aussi mon ventre, parce que je n’avais plus besoin, pour une fois dans ma vie, de viser la minceur. C’était normal et beau dans mon état d’avoir un ventre, et de le montrer fièrement! J’étais aux anges les premières fois qu’une personne m’a cédé sa place dans un autobus de San Francisco. Le regard brillant, les seins fièrement pleins et hauts, déjà gonflés par les hormones qui feraient venir le lait, le ventre bien rond dès le début. C’est face aux étrangers, dans leur regard, que j’ai d’abord été enceinte, même avant de l’annoncer à mes proches, à mes parents, à mes amis et ma famille. C’est face aux étrangers qui me disaient ‘congratulations’ avec un sourire fendu jusqu’aux oreille de voir mon bonheur rayonner, par ma grosseur. Je me voyais déjà grosse, avec grande fierté.

J’ai eu un premier trimestre difficile, avec beaucoup de maux de coeur, mais un corps assez semblable finalement. Mais je me voyais déjà énorme! Je voyais mon ventre que j’imaginais déjà gros, alors qu’il n’était pas apparent, mais j’étais si fière d’être enfin enceinte après des années d’espoir et d’attente. J’ai pleinement profité de ma grossesse, dans le sens plein: je me suis laisser le droit d’être aussi grosse que mon corps le réclamait, que ma fille le réclamait: je lui laissais toute la place qu’elle voulait prendre. Une fois mon premier trimestre passé, les maux de coeurs terminés, je me sentais tellement bien! Mais j’avais une faim de loup, de louve! J’avais toujours faim, et à la fin des repas je n’étais jamais rassasiée. Les hormones me creusaient l’estomac à un niveau fou! J’aurais mangé un camion à chaque repas. Heureusement, mes fringales étaient pour des bonnes choses: je mangeais tellement de fruits! La nuit, je devais garder une banane sur ma table de nuit car la faim me réveillait de façon aigüe. Je ne pouvais quitter mon appartement sans emporter une collation et de l’eau, toujours une barre-énergie et une pomme dans le sac, sinon c’était les étourdissements tellement j’avais faim et soif. Pendant mes cours de yoga, je devais prendre une bouchée de pomme en vitesse, sinon je me sentais mal, comme un trou-creu de plusieurs kilomètres dans mon estomac, à en faire mal. Très étrange comme sensation de faim puissante, je n’avais jamais vécu une telle faim de ma vie. Normal de prendre du poids en ces cas-là, et encore chanceux que je mangeais toujours bien, car c’est vrai que j’aurais pu devenir encore plus grosse. Je me souviens avoir pensé aux mère africaines en situation de famine, et leur douleur m’est apparue encore plus dramatique.

Pour moi, ce qui était drôle était mon appétit pour des repas très simples et très traditionnels: patates, viande, légume, sans chi-chi. J’avais faim pour les plats cuisinés par ma mère et mes grands-mères. Alors que ma cuisine est normalement assez élaborée, avec beaucoup d’épices, une grande variété de plats de toutes origines, beaucoup de plats végétariens, alors que j’étais enceinte: niet, rien, pantoute! La simplicité, un point, c’est tout (mais avec de la viande impérativement!). Moi qui débute toute préparation de repas en faisant griller de l’ail ou de l’oignon ou les deux, au moment où j’étais enceinte c’était purement impossible. L’odeur de l’ail me levait le coeur, même après le 1er trimestre. Donc, une alimentation saine, mais vraiment différente de ma diète normale. Au moment de tomber enceinte, j’étais strictement végétarienne depuis un mois. Dès le moment où j’ai été enceinte, j’avais faim pour de la viande et mon corps voulait des protéines! Ma grande sensation de faim était parfois désagréable, j’en ai parlé à mon médecin, qui m’avait recommandé de prendre des boissons protéinés au whey (petit lait), comme les athlètes qui s’entraînent. C’est ce qu’on est des athlètes, quand on est enceinte, non?

Puis au fil des semaines j’ai grossi, grossi, grossi. Pleine, ronde, je devenais très grosse! J’ai continuer à faire du yoga, de la natation et à pratiquer la marche jusqu’à la dernière semaine (bon j’avoue, je marchais difficilement à la fin). Je me sentais toujours belle même si me sentais lourde, je me sentais même très sexy auprès de mon homme même si je ne pouvais plus bouger aussi facilement et rapidement, ni même me pencher comme avant. Tellement heureuse et bien, ‘resplendissante’ qu’on me disait, avec cette lueur dans les yeux et ce ‘glow’ spécial qu’on attribue aux femmes enceintes. Pour provoquer mon accouchement (car je ne voulais pas me faire provoquer) la veille du jour J, j’ai annoncé à Sylvain: on va prendre une marche après le souper. Il était habitué à mon pas lent, dû à mon poids et mon ventre énorme et aussi à mon souffle court. Il fut très surpris de ma cadence ce soir-là, j’avais décidé que ça y était, fini le niaisage. Avec ma détermination, j’ai eu un regain d’énergie tel que je n’avais pas eu depuis des semaines, et je savais que je n’avais plus besoin de faire attention pour éviter de provoquer des contractions. J’ai entrepris de monter une rue très abrupte tout près de notre appartement San Franciscain: Hill Way, tel que le nom l’indique, est une côte à 45 degrés. Debout, tu peux presque toucher la côte en allongeant le bras. Et bien, la grosse madame enceinte avec ses grandes bottes rouges s’est mise à monter Hill Way à pleine vapeur: le mari avait de la misère à suivre!

Le jour de mon accouchement je pensais que j’allais exploser tellement la peau de mon ventre était tendue (mon nombril avait totalement disparu depuis le 6e mois, mais n’est pas ressorti, heureusement). Dans la salle d’accouchement, quand je me suis tenue en équilibre sur une jambe pour enlever mon pantalon, l’infirmière était impressionnée par mon grand équilibre et mon agilité. ‘Are you a dancer?’ m’a-t-elle demandé. Ça m’a fait vraiment plaisir. Elle pouvait deviner que la grosse madame enceinte que j’étais était en temps normal une femme plutôt athlétique et agile…

Cher journal, le temps passe, passe, passe (retour au Québec)

Nous sommes maintenant installés dans notre nouveau nid montréalais. Ouf, quelle année! Après avoir eu un enfant, quitté la Californie, un retour intense à Montréal, l’achat d’une nouvelle maison (un condo), nous voilà enfin attéris. J’ai eu une forte impression de trouver le bon endroit, le bon moment, que tout tombe en place. Tout cela s’est fait un peu de manière précipitée, nous avons décidé en avril de revenir vivre à Montréal à la fin de l’été. J’aurais bien savouré la Californie encore quelques mois, voire une autre année. Nous savions bien notre retour inévitable, pour se rapprocher de la famille.

Notre rêve était d’avoir un enfant ensemble (depuis 10 ans), de revenir au Québec, et d’acheter une maison à Montréal pour réunir la famille (depuis longtemps nous voulions acheter, mais il fallait le bon contexte). C’est très intense obtenir en une année tout ce qu’on désire depuis plus de 10 ans. J’ai été frappée par le bonheur comme un 10 roues qui me passe dessus. Quand on obtient ce qu’on désire depuis si longtemps, le bébé, la maison dont on rêve dans un chouette quartier, la vie familiale. C’est beaucoup de bonheur pour une seule personne. Quand on arrive au bout de se chemin, on cherche la direction. J’étais la biche dans les lumières du char. Disons que j’ai eu ‘un choc’. Une onde de choc. Tout d’abord le retour était accompagné d’une joie certaine de retrouver famille et amis. La famille a été au rendez-vous, très heureux de retrouver notre petite famille avec notre nouvelle enfant. Mais les amis étaient pour beaucoup pris dans leur quotidien, leur vie, leur travail. Moi qui suit en congé de maternité, j’aurais tellement aimé les voir davantage. À l’automne j’ai pu voir régulièrement quelques bonnes amies, mais une fois l’hiver arrivé, tout le monde retourne dans sa tanière… Avec le froid, notre déménagement de novembre, un mari trop occupé, j’ai accusé le choc.

J’ai trouvé la transition difficile, disons. Le moral à zéro, la maternité lourde, l’abscence de mon homme qui travaillait comme un fou pour son nouveau travail, cruelle, la solitude parfois aigüe. J’avais un contexte propice à la déprime; accepter l’hiver après un séjour de deux ans en Californie était déjà un gros morceau. Faire le deuil de ma vie Californienne, laisser une ville que j’aime d’amour (San Francisco se quitte très mal), laisser des bons nouveaux amis derrière soi, une vie, un rythme, un quotidien si différent, un endroit où nous avons été si heureux, un endroit qui a vu notre petite fille naître… quitter le rêve quoi! Disons que j’ai trouvé le Québec un peu terne au retour, et j’ai trouvé les montréalais peu sympathiques. Ce qui m’a frappé est le manque de chaleur dans les rapports humains, le grand nombre de fumeurs, le manque de gentillesse (en fait les gens sont plutôt neutres, mais quand on arrive de la Californie, le contraste est brutal). Ensuite le gris s’est installé, tout d’abord magnifique avec ses couleurs d’automne, puis glacial et terne; l’hiver comme un éteignoir à bonne humeur. J’ai accusé le choc. Ensuite j’ai été confrontée à la maternité en tentant de s’installer dans une nouvelle demeure (avec un bébé qui commence à marcher). Pour ajouter au challenge, je devais ‘réapprendre’ à vivre avec les fils de mon homme. Deux beaux jeunes hommes de 17 et 19 ans, charmants et gentils, mais encore adolescents par moments, bien sûr. Donc choc. Réapprendre à vivre avec des ‘colocs’ c’est une chose, mais disons que je suis et je vais toujours être ‘la belle-mère’ qui les a élevés à mi-temps. Donc re-choc… Puis il y a mes remises en question professionnelles; comment reprends-t-on le travail, avec un bébé, quand on travaille à la maison? Je suis déchirée entre l’envie de profiter de ma fille au maximum (je l’ai attendue 10 ans, je le répète); et le besoin de prendre un peu d’air, de faire mes projets à nouveau. Donc recherche de garderie…

Il m’a fallu une période des fêtes et un voyage dans le sud pour me remettre le moral au bon niveau, et me trouver maintenant du bon côté des jours qui allongent! Vivement le printemps, et en attendant j’espère quelques belles sorties d’hiver.

L’inévitable retour des choses (et des gens)

J’adore la Californie. C’est elle qui nous a donné la chance d’enfin avoir un enfant ensemble tout naturellement, mon homme et moi. Ce cadeau de vie est arrivé il y a 8 mois, notre petite fée, née entre les montagnes de la baie de San Francisco, un matin de lumière rose éclatante qui brûlait la brume de la mer. Pour sombrer dans le plus sucrés des clichés, ma vie n’a plus jamais été la même depuis. C’est un euphémisme: mon coeur veut exploser d’amour à chaque jour, chaque heure, chaque seconde. C’est une bénédiction que d’avoir cette enfant, une joie pure, un plaisir fou à la voir grandir, apprendre, explorer, se développer. Tout ça décuplé, car vécu avec mon Grand Amour.

C’est à cause de lui si nous avons choisi San Francisco pour notre vie Californienne. Comme vous savez, mon homme est venu y travailler, je l’ai suivi, trop contente de pouvoir vivre ‘ailleurs’. J’ai toujours aimé les voyages, et vivre hors Québec a toujours été pour moi un enrichissement et une chance à ne pas manquer. J’ai eu la chance de vivre en Europe il y a 15 ans, et je savais qu’un jour je quitterai à nouveau le Québec. J’étais partie pour deux ans en 1999, et nous sommes ici depuis deux ans. Il semble que ce cycle est la limite de ce qui me ramène à Montréal.

Je vis en ce moment des sentiments mélangés, mixed feelings, comme disent les anglais… Car nous rentrons au bercail à l’automne, juste avant le premier anniversaire de notre petite. Une occasion trop belle pour la laisser filer, Sylvain arrive là où voulait être professionnellement. Une proposition qui ne se refuse pas. Après le nécessaire saut en Californie pour ces deux merveilleuses années, c’est l’inévitable retour vers Montréal, pour les mêmes bonnes raisons. Nous savions que la Californie était une parenthèse de vie, car nos grands étaient restés là-bas, dans nos terres de neige et de froid, dans nos terres de canicules et d’orage. La petite arrivée, il était important pour nous de réunir la famille, notre petite et notre grande famille. Nous rentrons donc à Montréal pour l’automne, c’est bien vrai. Je suis un mélange de joie et de tristesse, tellement heureuse de voir notre famille réunie à nouveau, de me rapprocher des amis, de permettre à notre fille de grandir sur la terre de ses racines. Mais je suis aussi tellement triste de quitter la Californie, son soleil, ses gens easy goign, les rues et les maisons de San Francisco, les quartiers de Inner Sunset et de Cole Valley, la bouffe bio en abondance, les arbres et la verdure partout, le Golden Gate Park avec ses fleurs et ses grands arbres, la mer glacée, la côte sauvage, mon jardin-qui-donne-des-légumes-toute-l’année, l’excentricité de la ville et des gens, leur ouverture, le yoga de San Francisco, ma vie et mes amis d’ici, et même la brume. Oui, même la brume.  – Pour toujours, je vais laisser une racine d’amour qui a poussé à San Francisco, et inévitablement y revenir le plus souvent possible. –

Le mouvement de retour est tellement différent pour mon homme et pour moi, mais c’est un même mouvement, comme la voix et la musique d’une même chanson. On est toujours synchro, même si nos partitions sont différentes… Moi (comblée, dois-je dire) dans le rôle de Maman à la maison, lui à plein dans son élan de carrière, en feu. Même sans me sentir second violon, je me demande quelle sera ma route, professionnelle, on s’entends. Ici j’ai pu prendre du recul, dont j’avais pleinement besoin, je dois dire. J’ai beaucoup réfléchi à mon chemin, me demandant si je devais changer de route. Ici, j’ai presque tout mis sur la glace, ma caméra, mon ordi, mes cahiers d’écriture, je me suis donnée le droit de vivre un vrai temps d’arrêt, sans culpabilité aucune. Seulement ma tête qui voguait, remplie de bonheur, de rêves, de projets potentiels, de livres à écrire. J’ai pris une pause de tout, mais une pause pleine de vie, à créer la vie. Ma pause Californienne. Mais maintenant je rentre à Montréal, nous rentrons à la maison. Je ne vais pas reprendre la même route, mais un chemin différent, avec ma fée à mes côtés. Une chose est sûre, je veux prendre le temps là-bas à Montréal, comme je l’ai fait ici à San Francisco.

Mon premier objectif va être de reconstruire un nouveau nid propice à tous les possibles. On cherche sur l’Île. Si vous avec des pistes…

Un Gémeau pour ‘From Montréal’

Hier le documentaire ‘From Montréal’ que j’ai réalisé l’an dernier a remporté un Gémeau, prix de la télévision Québécoise. Gémeau du meilleur documentaire culturel de l’année. Je suis tellement fière! Tout cela me semble malgrès tout irréel, car je suis loin et je n’ai pas pu assister à la soirée ni prendre le fameux prix dans mes mains (encore). À un mois de mon accouchement, enceinte jusqu’aux yeux, comme on dit, je ne pouvais même pas prendre l’avion pour quitter San Francisco et aller vers Montréal cueillir le prix avec l’équipe du film. Mais je flotte quand même, pour ces deux raisons. Tant d’années de travail derrière la cravate, et tant d’années à me battre pour réussir à avoir un enfant. Le parallèle est facile à faire, et c’est sans me battre que les deux choses m’arrivent en même temps: la reconnaissance de mon travail de réalisatrice, et la réalité de la maternité. Tout cela avant le son de cloche de mes 40 chandelles l’an prochain. Je suis heureuse, comblée.

Étrange, comme tout cela me semble lointain. Je vois bien que mon ventre bouge, tout est prêt pour l’arrivée de la petite, mais je n’arrive pas vraiment à y croire. C’est comme pour le prix Gémeau, j’imagine qu’il faudra que je l’ai dans les mains pour me rendre compte que c’est bien vrai. Ah la vie, dites donc, elle en a des détours. Si 2010 fut une année difficile, avec son lot de deuils, d’échecs et de difficultés, disons que 2013 rachète tout. Donc, pour ceux qui trouvent que je tartine mon bonheur un peu trop épais, soyez patients, la roue de la chance tourne toujours, et ce qui aujourd’hui vous semble un jour sombre deviendra autre chose avec une bonne dose de patience et de persévérance. Faut seulement passer à travers, et autre chose vous attends au détour… promis!

Notre petite fille

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Nous attendons une fille. Ma joie est sans limites. J’ai l’impression de vivre un rêve. Après toutes ces années d’attente, nous allons enfin avoir un enfant. Nous vivons dans un monde tourmenté et difficile mais je vis le moment présent et l’arrivée de notre enfant empli mon coeur d’une joie difficile à décrire. Je viens d’une famille très aimante et affectueuse, et d’une lignée de femmes qui débordent d’amour. Ma mère et ma grand-mère maternelle ont été pour moi des fontaines d’amour maternel. C’est très fort pour moi au moment où je m’aprête à donner la vie à une petite fille à mon tour. J’ai l’impression d’une continuité, et je vais redonner tout cet amour à mon petit trésor qui va naître en octobre.