Le calme

Je suis dans une phase très agréable et heureuse de ma vie, après quelques années plus difficiles. La vie est douce à San Francisco où je vis maintenant. Je savoure. Oui, je mijote bien des nouveaux projets d’écriture et de film. Et je m’étais jurée de reprendre plus régulièrement l’écriture de ce blogue. J’ai déjà été très prolifique ici-même, vous savez. En 2005, j’écrivais presque un nouveau billet tous les jours. Puis avec les années, la vie frénétique, le travail, la vie amoureuse, les épreuves, la maladie, les gens qu’on aime qui traversent aussi leur lot d’épreuves, les moments de bonheur, les enfants qui grandissent, le quotidien, tout cela a fini par avaler peu à peu mon temps d’écriture. Et maintenant je prends surtout le temps de vivre.Pour être parfaitement honnête, je passe beaucoup de temps qui fut jadis dédié à l’écriture sur les réseaux sociaux. J’y prends plaisir à me nourrir des nouvelles de mes ‘amis’, mais aussi de m’informer (pour vrai je vous jure). J’aime beaucoup le partage d’articles, d’information, d’images, de photos. Un peu mordue d’Instagram, je suis. Mais je me questionne sur l’impact de ce type d’activités sur ma vie. Avec un peu de recul, je constate bien que mon temps ‘créatif’ est littéralement avalé par mon activité sur le web, à parfois flaner, à regarder des vidéos politiques ou d’actualité, mais ausi parfois des vidéos de chats – à titre d’exemple (oui, je l’avoue). Bien des choses plutôt inutiles, il me semble. Aucun résultat concret de ces activités passives, où on ne construit rien, ou si peu. Pas très différent des heures trop nombreuses que les gens passaient autrefois devant leur petit écran. Le cerveau un peu apathique, les sens assoupis, le corps un peu oublié. Heureusement je fais du yoga, je me promène, je bouge dans la ville.

 « A Totalitarian State, due to an interconnected web of technologies, will not be forced upon you – it will be bought in a blind desire for convienience »


C’est justement en promenade dans mon quartier, que sur le trottoir près de chez moi, j’ai trouvé cette note fort juste, qui nous force à réfléchir à l’impact des technologies sur nos vies. Tellement de zombies qui marchent accrochés à leur téléphone, tellement de têtes penchées sur leur portable dans les cafés. C’est presque troublant de voir la ville si belle, ignorée par des hordes indifférentes de badauds technologiques assoiffés de nouvelles fraîches et de divertissement, asservis au travail dans les lieux publics, et probablement dans les moindres replis de leur intimité. Je fais partie de ces consommateurs de technologie, et je vis en plein paradoxe, mais je pense que notre dépendance à la technologie est sournoise en bien des points, et qu’elle nous déconnecte trop souvent de l’essentiel, la vie. Pour parfaire le paradoxe, j’ai pris la note rebelle en photo et je l’ai postée sur Instagram.

Tout ce temps brûlé, consummé, envolé, à flairer le vide et l’air du temps… me trouble. Pour revenir à un ton plus personnel, d’un côté, je me sens incroyablement heureuse et bien, probablement une des période de ma vie avec le plus bas taux de stress, sérieusement. Ma situation ‘d’épouse à la maison’, forcée par mon status de résidente américaine sans permis de travail, m’impose un rythme où je vois la vie et les saisons se dérouler. C’est fort agréable, je dois l’avouer. Je fais toutes ces choses remises à la semaine des 4 jeudis (c’est maintenant pour moi). Mais en même temps, je suis tiraillée par une forte impression de perdre un temps où je pourrais être beaucoup plus créative et productive, à faire des projets croncrets, à tisser des liens professionnels, à rencontrer des gens en chair et en os dans le cadre de projets. Je dois m’imposer une discipline et tenter de reconstruire mon réseau de contacts, déracinée de mon Montréal depuis quelques mois. Pour l’instant, je flâne dans la ville et j’observe, et c’est un moment magique, le temps suspendu. C’est un temps beaucoup plus précieux que des heures passées à scruter un écran.

Je me demande si le temps qui passe a elimé mon désir de prendre part activement au monde, si ce temps qui passe et les désillusions de la réalité n’ont pas un peu affaibli ma fougue et ma rage de vivre. Je ne porte plus la même urgence, il faut bien l’admettre. Mais je suis beaucoup plus calme et sereine. À vouloir porter le monde sur ses épaules, on se fatigue, forcément. C’est bénéfique pour moi de flairer le vent sans arrière-pensée, de laisser le bon temps rouler puisque j’ai cette chance de vivre une période de grand bonheur. Mais je dois me remettre à construire. Renouer avec l’écriture de ce blogue me semble une très bonne idée.

Publicités

2 réflexions sur “Le calme

  1. Beau billet qui me rejoins beaucoup. Je comprends ce tiraillement entre la désir de profiter de cette pause et l'impression de perdre du temps en n'étant pas « productive ». Mais la création se nourrit de ces pauses alors tâche de ne pas trop culpabiliser! Surtout que San Francisco invite depuis des générations à « flairer le vide » 😉

  2. Merci Martine… tu vises juste avec le mot culpabilité. J'essaie de bien profiter. Je sais que tu me comprends bien, et en plus tu connais tellement l'âme de San Francisco…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s